LITTÉRATURE ARPITANE



commencée début 2001

après la remise de la thèse


«Littérature francoprovençale» par Dominique Stich


Mas la berta tempéta

Chèsua sur la ta téta

Na fllor 'l at èpargnê…

Goulven Pennaod



NOËL de BESSANS

(Savoie, XVIIe siècle)


Le parler de Bessans, comme celui de Bonneval-sur-Arc (les deux derniers villages en amont de la vallée de la Maurienne), présente la particularité d'avoir maintenu dans la prononciation de nombreuses consonnes finales, spécialement le -s du pluriel des noms et des adjectifs, le -t de la 6e personne de tous les verbes, de la 3e de certains verbes de la 3e conjugaison, sous réserve que les mots soient devant voyelle ou devant une pause, par exemple en fin de phrase. Une autre particularité est l'évolution (que l'on retrouve aussi dans certains parlers valaisans, et en partie à Fribourg et dans la Tarentaise) de s latin suivi d'occlusive sourde (p, t, c), le résultat étant la fricative proche du point d'articulation de ladite occlusive : [f], [þ] et [x]. En graphie ORB localisée, cette particularité est difficile à rendre, les solutions retenues sont : ph, th et c'h. On constate aussi l'amuïssement du -r- intervocalique (même secondaire, comme dans le mot pae, père). Les pronoms sujets pluriels sont neutralisés en o(s), que l'on pourrait rendre par 'os (= nos), os (= vos), ils.

La version du texte et la traduction retenues sont tirées de Les Noëls de Bessans en Maurienne (traduits et annotés par Florimod TRUCHET, Chambéry, 1867 ; extrait des Travaux de la Société d'Histoire et d'Archéologie de la Maurienne, 2e volume ; d'après le manuscrit que M. Truchet a eu entre les mains, ces Noëls seraient plutôt antérieurs que postérieurs à la date de 1650 qu'il donne (précision donnée dans la bibliographie du Dictionnaire Savoyard d'A. Constantin et J. Désormaux).

Les explications dans le texte qui ont été données par Florimond Trucher, archiviste-adjoint de la Société d'histoire et d'archéologie de Maurienne sont précisées NdT (note du traducteur).

Ce texte peut parfois choquer un lecteur contemporain par sa vision puritaine, qui dénature en quelque sorte le message divin. On réalise combien la Réforme et la Contre-Réforme ont accablés des populations pour qui l'existence était déjà fort rude.


Précisions phonétiques :

ch [ts]

j, g devant palatale [dz]

ç, c devant palatale [s]

s(s) [s]

si/ci + voyelle [s]

s intervocalique, z [z]

cll [kF]

fll [fl]

pl [pl]

bl [bl]

ly [F]

r intervocalique habituellement amuï

rr [r]

t [t], mais ST > [þ], noté th

p [p], mais SP > [f], noté ph

c devant vélaire [k], mais SC > [x], noté c'h

in []

en []

an [ã]

on [õ]


ê [E(j)]

â [a]

ô [o]

voyelles inaccentuées finales :

-e [@]

-es [@(s)]

-a [a]

-o [o]

-os [o(s)]


NOË PER TSANTA À LA GRAND MESSA

NOÈL POUR CHANTAR A LA GRAND MÈSSA

NOËL POUR CHANTER À LA GRAND'MESSE


Laissin de France lo langadzo, Laissons le langage de France,

Lèssens de France lo lengâjo,

De Bessans au plaisant ramadzo Dans l'agréable idiome de Bessans

De Bèssans u plèsant ramâjo

Nos faut tsanta un noë novel ; Il nous faut chanter un noël nouveau ;

Nos fôt chantar un noèl novél ;

Tsantains tottes cettes bonnes fethes Chantons pendant toutes ces bonnes fêtes

Chantens totes cetes bônes fétes

féthes

Dès matennes tant qu'après vefrès Depuis matines jusqu'après vêpres

Dês matenes tant qu'aprés vépres

véphres

Tot cin quo nos' ain de plus bel. Tout ce que nous avons de plus beau.

Tot cen que nos ens de ples bél.


Si Adam et sa poa créthianna Plût à Dieu qu'Adam et sa pauvre épouse

Se Adam et sa poura crètiena

crèthienna

N'auchant pas creuy à la finna lanna N'eussent pas cru aux paroles trompeuses

N'ussant pas cru a la fina lana

finna lanna

Dou serpint que los' a trahi ; Du serpent qui les a trahis ;

Du sèrpent que los at trayis ;

Sa maladet pécha de goula Leur maudit péché de gourmandise

Sa mâladét pèchiê de gola

Nos a réduit a la malhoura, Nous a réduits au malheur,

Nos at rèduits a la malhora

Betta defau d'ou paradis. Mis dehors du paradis.

Betâs defôr du paradis.


créthianna : littéral. "chrétienne", désigne une femme (NdT), comme en ancien français.

finna lanna : "fine laine", patte de velours, paroles trompeuses (NdT).

serpint m, pécha f, malhoura f : ces trois mots sont ici d'un genre inhabituel en francoprovençal.


Mais nothron Seignou lo Saint Pae Mais Notre-Seigneur le Saint Père

Màs noutron-Sègnor lo Sent Pâre

nouthron

A betta recat à l'affae ; A rappelé de l'affaire ;

At betâ recâs a l'afâre ;

Sins lué nos éthians tuit perdus, Sans lui nous aurions été tous perdus,

Sen lui nos étians tôs pèrdus

éthians

Réduits à tant de malles peinnes Condamnés à tant de dures souffrances

Rèduits a tant de mâles pênes

Todzorn inferras per le tzeinnes Et toujours enferrés par les chaînes

Tojorn enfèrrâs per les chênes

De so maudits diablos cornus. De ces maudits diables cornus.

De céls môdits diâblos cornus.


Notre-Seigneur : ce terme ne s'applique habituellemet pas au Père, mais au Fils.

betta recat : rappeler d'une cause perdue (NdT).


Per delivra nothra por' arma, Pour délivrer notre pauvre âme,

Por dèlivrar noutra poura ârma,

O mande l'andze à Nothra Dama Il envoie l'ange à Notre-Dame

Il mande l'anjo a Noutra-Dama

In la cità de Nazareth ; Dans la ville de Nazareth ;

En la citât de Nazarèt ;

Lie contimplave de vios titros Elle contemplait de vieux titres

Lyé contemplâve de vielys titros elle lisait la Bible (NdT)

A dzeignous deivant in peupitro, A genoux devant un pupitre,

A genolys devant un pupitro,

Soletta din son cabinet. Seulette dans son cabinet.

Solèta dens son cabinèt.


Ici l'ange prend la parole (note du traducteur)


"Bondzorn, Maria, pleinna de grâce, "Bonjour, Marie, pleine de grâce,

Bonjorn, Maria, plêna de grâce,

Dze sus ice davant ta face Je suis ici devant ta face

Je su ice devant ta face

Manda per te dire comment Envoyé pour te dire comment

Mandâ por te dére coment

La volontà de Dieu lo pae La volonté de Dieu le Père

La volontât de Diô lo Pâre

T'ordonne que te seis la mae T'ordonne que tu sois la Mère

T'ordone que te sês la mâre

Dou bon Jesus son cher éfant. Du bon Jésus, son cher enfant."

Du bon Jèsus son chier énfant.


Maria trouve lo fait horriblo, Marie trouve la proposition horrible

Maria trôve lo fêt horriblo,



Et lie dit : "Ethre bien possiblo Et elle dit : "Est-il bien possible

Et lui dit : "Étre bien possiblo

éthre

Qu'un feuil é me faille infanta ; Qu'un fils il me faille enfanter ;

Qu'un fily il mè falye enfantar ;

Dès que dze me sus sou cognithre, Depuis que je me suis su connaître,

Dês que je mè su su cognetre,

cognéthre

Dzai promai a mon Dieu de vivre J'ai promis à mon Dieu de vivre

J'é promês a mon Diô de vivre

Et de moëre in vierdzenetà." Et de mourir en virginité".

Et de muere en virginitât".


Maria trouve lo fait horriblo : L'horreur de la sexualité, sur laquelle l'auteur insiste tant ici, est profondément enracinée dans la tradition catholique. Au XIXe siècle on entendait encore des homélies insistant sur le fait que même pour devenir Mère de Dieu, Marie ne peut se résoudre à perdre sa virginité, si bien que le miracle de la conception virginale est quasiment présenté comme une exigence de la Vierge. Ce qui est assez contradictoire avec l'humilité dont elle fait preuve et le principe même de l'Incarnation divine.

Dès que dze me sus sou cognithre : dès que j'ai eu l'âge de discrétion (NDT). Nous dirions aujourd'hui l'âge de raison. Une tradition très ancienne rapporte que Anne et Joachim, les parents de Marie, la confièrent au clergé du Temple de Jérusalem à l'âge de 7 ans, ce que l'Eglise fête encore le 21 novembre sous le vocable Présentation de la Vierge.


L'andzo refont : "Sainta pucella, L'ange répond : "Sainte pucelle,

L'anjo rèpond : "Senta pucèla,

rèphond

Ne te romps pas mais la cerveila, Ne te romps donc plus la cervelle,

Ne tè romps pas més la cèrvèla,

Lo Saint Espeheut totaa Le Saint-Esprit tout-à-l'heure

Lo Sent-Èsprit tot-ora

Vindra quem'un trait d'herbaretha Viendra comme un trait d'arbalète

Vindrat come un trèt d'arbalèta

arbalètha

Que te baillea su la tetha Qui te frappera sur la tête

Que tè balyerat sur la téta

tétha

Lo mysteo s'accomplia." Et le mystère s'accomplira".

Lo mistèro s'acomplirat".


baillea su la tetha : déjà chez Saint Augustin, on trouve l'explication de la Conception faite par l'oreille.


"Dze t'in vo poé die incoa euna "Je t'en vais puis dire encore une [chose

"Je t'en vâ pués dére oncor una étonnante]

Saint' Élisabeth, ta cuseuna, Sainte Élisabeth, ta cousine,

Senta Èlisabèt, ta cusena,

Infantea d'icé trais mais Enfantera d'ici à trois mois

Enfanterat d'ice três mês

Saint Giammatesta qu'a la grâce Saint Jean-Baptiste qui a la grâce

Sent Jian-Baptista qu'at la grâce

De vai ton feuil in tota place De voir ton fils en tous lieux

De vêr ton fily en tota place

Et lo mouthrea à tot los dais." Et de le montrer avec tous les doigts."

Et lo montrerat a tôs los dêgts."

mouthrerat


mouthrea à tot los dais : faire reconnaître avec la main ouverte (NdT); mais on pourrait imaginer : atot los dêgts : avec les doigts.


Maria refont : "Dze su continta Marie répond : "Je suis contente,

Maria rèpond : "Je su contenta

Dis lie que dze sus sa servinta, Dis-lui que je suis sa servante

Di-lui que je su sa sèrventa,

Et que dze ne refuso pas." Et que je ne refuse pas."

Et que je ne refuso pas."

Lo bon Jeusep, qu'em'ena laivra, Le bon Joseph, comme un lièvre,

Lo bon Josèf, come una liévra,

Dès l'houa prend quase la faivra Dès ce moment prend presque la fièvre

Dês l'hora prend quâsi la fiévra,

De vai cen quo n'attendet pas. En voyant ce qu'il n'attendait pas.

De vêr cen que n'atendêt pas.


Mais l'andze dou chel lu vint die : Mais l'ange du ciel lui vint dire :

Màs l'anjo du cièl lui vint dére : vint : signifie d'abord "vient"

"Grand fol que tés, ne te retie, "Grand fou que tu es, ne te retire pas,

Grand fôl que t'és, ne tè retire,

Crés que tés fort bien ethatia, Crois que tu es fort bien attaché,

Crê que t'és fôrt bien ètachiê,

èthachiê

Sa que l'espous' a din lo vintre, Ce que l'épouse a dans le ventre,

Cen que l'èposa at dens lo ventre,

Es lo bon Jesus que vin rindre C'est le bon Jésus qui vient rendre

Est lo bon Jèsus que vint rendre

Lo monde absous de tuit petia." Le monde absous de tout péché."

Lo mondo absous de tot pèchiê."


grand fol que tés : le personnage de Joseph a longtemps gêné les exégètes et les théologiens, et son culte ne s'est vraiment répandu qu'à partir du XIXe siècle, où l'on hésite entre père nourricier et père adoptif du Christ. Dès les premières icônes représentant la Nativité, on le voit abîmé dans ses pensées et tournant le dos à la Mère et l'Enfant. Cependant l'Evangile le présente comme un homme juste, qui se refuse à rompre publiquement avec sa fiancée enceinte, et que l'Ange rassure, en l'invitant à recueillir Marie et à reconnaître Jésus, dont il lui divulgue l'origine divine. L'adresse injurieuse de l'Ange dans ce noël traduit l'étrange regard que cette époque portait sur ce personnage, qui pourtant obéit, et à plusieurs reprises, à l'ordre divin pour protéger l'Enfant et sa Mère.

No meis après, o fant lo viadzo Neuf mois après, ils font le voyage

Nôf mês aprés, ils fant lo veyâjo

Pé à l'impehau rindre omadzo Pour, à l'empereur, rendre hommage

Por a l'emperor rendre homâjo

In la cità de Bethleem ; Dans la cité de Bethléem ;

En la citât de Bètelem ;

Per lou n'ia point de porta inverta, Pour eux il n'y a point de porte ouverte,

Por lor n'y at pouent de pôrta uvèrta,

Sont cothrains de fae retraita Ils sont contraints de faire retraite

Sont contrents de fâre retrèta

conthrents

In la grandze dou Careley. Dans la grange du Careley.

En la grange du Carrelê.


Pour, à l'empereur, rendre hommage : là encore l'auteur est pris en flagrant délit d'inexacti-tude : Marie et Joseph ne se rendent à Bethléem que pour le recensement imposé par l'occupant romain, et non pas pour rendre hommage à l'empereur.

Bethleem se prononce quelquefois Bellay (NdT).

Pour eux il n'y a point de porte ouverte : il semble qu'on ait toujours entretenu une injuste légende sur l'inhospitalité des habitants de Bethléem, due vraisemblablement à une erreur d'interprétation : le grec ne connaissant que l'article défini, on confond donc il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune et ce n'était pas une place pour eux dans la salle commune ; la naissance étant imminente, la célèbre étable représentait un endroit plus convenable pour s'isoler pendant l'accouchement.

Le Careley est une plaine qui se trouve au delà de l'église de Bessans, où le poète suppose que Jésus est né, et où il existe en effet des ruines (NdT).


A minüet, environ dogie houes, A minuit, environ douze heures,

A mi-nuet, enveron doge hores,

Nouthra Dama in lesant ses' houes Notre Dame, en lisant ses Heures,

Noutra Dama en liésant ses hores, ses Heures, livre de messe (NdT)

Accoutha de nothron Seignou. Accoucha de Notre-Seigneur.

Acuchiét de Noutron Sègnor.

Lo bon Jeusep ne sait que die, Le bon Joseph ne sait que dire,

Lo bon Josèf ne sât que dére,

S'o det ploa, o s'o det rie S'il doit pleurer ou s'il doit rire

S'il dêt plorar, ou s'il dêt rire

De la dzuë qu'o lat din lo caou. De la joie qu'il a dans le cœur.

De la jouye qu'il at dens lo côr.


lo bon Jeusep… : enfin le ton change vis-à-vis du bon Joseph.


Los andzes vaulont per le montagnes, Les anges volent par les montagnes,

Los anges volont per les montagnes,

Per lo vallons, per le campagnes, Par les vallons, par les campagnes,

Per los valons, per les campagnes,

Trovont lo berdiés endeurmis. Ils trouvent les bergers endormis.

Trovont los bèrgiérs endormis.


O tsantont clia come d'orgones, Ils chantent clair comme des orgues de Barbarie,

Ils chantont cllâr come d'orgones, c.à.d. avec harmonie (NdT)

Fant savai à totes personnes Ils font savoir à toute personne

Fant savêr a totes pèrsones

Que lo bon Dieu nos' é naquis. Que le Bon Dieu nous est né.

Que lo bon Diô nos est naquis.


naquis : forme rare, les plus courantes sont nâ / né et nèssu (cf infra naissu), mais dans de nombreuses régions on a simplement venu u mondo ou fêt, un peu trop familier pour un noël.


Dzué set in chel, pais set in terra, Joie soit au ciel, paix sur la terre,

Jouye sêt en cièl, pèx sêt en tèrra,

Sa que vint détruie la guerra Celui qui vient détruire la guerre

Cél que vient dètruire la guèrra,

Et betta à sac Lucifer, Et mettre à sac Lucifer,

Et betar a sac Lucifèr,

Satan et tant de mille diablos, Satan et tant de milliers de diables,

Satan et tant de mile diâblos,

Sa quès naissu din en ethrablo, Celui qui est né dans une étable,

Cél qu'est nèssu dens un ètrâblo,

èthrâblo

Ne se pout pas vai de plus bel. On ne peut rien voir de plus beau que toi.

Ne sè pôt pas vêr de ples bél.


Corrain tuit, sertsain cetta grandze, Courons tous, cherchons cette grange,

Correns tôs, chèrchens ceta grange,

O lo travarin, et tsauza ethrandze, Nous le trouverons, et chose étrange,

Nos lo troverens, et chousa ètrange,

'os èthrange

Au fond d'ena craipie à l'erhet, Au fond d'une crèche à l'étroit,

U fond d'una crêpe a l'ètrêt,

èthrêt

Couthea dessus in pou de paille, Couché dessus un peu de paille,

Cuchiê dessus un pou de palye,

Et n'y a qu'on ano, et en armaille Il n'y a qu'un âne et qu'une vache

Et n'y at qu'un âno, et una armalye

Per lo varanti de la fret. Pour le garantir du froid.

Por lo garantir de la frêd.

gouarantir


Lo bergamachs de la Lombarda Les Bergamasques de Lombarda

Los Bergamacs de la Lombârda paysans du hameau de ce nom (NdT)

Deserpont et fant bonna varda Descendent (de la montagne) et font bonne garde

Dèsarpont et fant bôna gouârda deserpont : fr. régional désalper.

De lou fès dasot lo piacos, De leurs fagots au-dessous des Piacos,

De lors fèx desot los piacots,

Crais qu'o n'ant pas raidi le dzuintes Croyez qu'ils n'ont pas les articulations raidies

Crêde qu'ils n'ant pas rêdi les juentes

crêds

Per corre adoa a mans dzuintes Pour courir adorer à mains jointes

Por corre adorar a mans juentes

Sa bia tseti quès tant falot. Ce beau petit qui est si falot.

Cél bél chetif qu'est tant falot.


piacos : on appelle ainsi les biens limitrophes aux communaux (NdT).

falot : vieux mot qui signifie charmant (NdT).


Tsacun lie porte in offranda, Chacun lui porte une offrande,

Châcun lui pôrte una ofranda,

Lo vious Perrot prind sa polinda, Le vieux Perrot prend sa polinta,

Lo viely Pèrrot prend sa polenta,

Robin se tzardze un gros agniel, Robin se charge d'un gros agneau,

Robin se chârge un grôs agnél,

Bartholomé de tommes grasses, Bartholomé de fromages gras,

Bartelomél de tomes grâsses,

Son compae Geors de marcrapes, Son compère Georges de brebis,

Son compâre Jôrg de mâre-crapes,

Et Dzaquet de fromadzo viel. Et Jacquet de fromage vieux.

Et Jaquèt de fromâjo viely.


polenda : gâteau de maïs, qui est la principale nourriture des ouvriers en Piémont (NdT)

tommes grasses : ce sont des fromages fabriqués avec du lait peu écrémé et prend une consistance coulante (NdT).

marcrapes : brebis de qualité inférieure (NdT). A noter que crapa désigne un résidu, un reste, un vaurien, et que le préfixe mâre- est une marque de superlatif (mâre-nu, tout nu, mâre-solèt, tout seul), à moins qu'il ne s'agisse ici du mot mâre, mère dans le sens (fréquent) d' animal femelle.


Et lo cardallins d'Avairoulla, Et les chardonnerets d' Avairolles,

Et los cardinalins d'Avèrôla,

cardalins

Dou Crai, dou Pret et de la Goulla, Du Crai, du Pret et de la Goulla,

Du Crêt, du Prèt et de la Gola,

Et o que sont in Paadis Et ceux qui sont en Paradis

Et ils que sont en Paradis

O descendont a belles flôttes, Descendent en grande foule,

Ils dèscendont a bèles fllotes,

flotes

Portant dix a doge marmôttes Portant dix ou douze marmottes

Portant diéx a doge marmotes

Qu'o l'ant tsava dasot lo Pis. Qu'ils ont déterrées dessous le Pis.

Qu'ils ont chavâ desot lo Pic. Pis : montagne élevée (NdT)


cardallins : chardonnerets, le traducteur insiste sur son plumage qui offre de riches couleurs, et dont le nom sert de sobriquet ironique aux habitants des diverses localités de Bessans évoquées ensuite, à cause de leur culte pour les gilets et les cravates de couleurs éclatantes qui les font ressembler à cet oiseau. Notons que le nom du chardonneret est généralement chardegnolèt < *CARDONIOLITTU, mais dans une petite partie du domaine on trouve la forme cardinalin, provenant soit du provençal (dauphinois), soit du piémontais (savoyard et valdôtain), mais dans tous les cas avec de nombreuses variantes.

fllôttes : écheveaux de fils, mot francoprovençal d'origine inconnue, utilisé ici au sens figuré.


Messieurs de la Petita Susa Messieurs de la Petite Suse

Mèssiors de la Petita Susa Petita Susa : nom d'un village (NdT).

Mèssiœrs

Placont bien d'adoa lou Pises. Cessent bien d'adorer leurs Pises.

Placont bien d'adorar lors Pises Pises : habitations, chalets (NdT).

Sautont aval per lo Grand Pra. Ils sautent en bas par le Grand-Pré.

Sôtont avâl per lo Grand Prât.

Tsacun lie porte sa prémisse Chacun leur porte ses prémices

Châcun lui pôrte sa prèmice lie : plutôt lui que leur.

Et n'ont pas plus tant d'avarice Et ils n'ont désormais pas plus d'avarice

Et n'ont pas ples tant d'avarice

Que mé a baillé la quitha au fra. Que je n'en ai à donner l'aumône au frère.

Que mè a balyér la quéta u frâr.

quétha

quitha : quête, pour aumône faite au frère quêteur (NdT).


Le bonnes dzens de l'Héhot dansont Les bonnes gens de l'Écot dansent

Les bônes gens de l'Ècot dançont

l'Èc'hot

Et los atros venont que tsantont : Et les autres viennent en chantant :

Et los ôtros venont que chantont :

"Viva Bonnaval tot solet !" "Vive Bonneval, lui seul !"

"Viva Bônavâl tot solèt !"

O deserpont in deledzence Ils descendent avec diligence

Ils dèsarpont en diligence

Per veni fae révérince Pour venir faire leur révérence

Por venir fâre rèvèrence

A l'éfant quès au maillolet. A l'enfant qui est au maillot.

A l'énfant qu'est u malyolèt.


L'Héhot : nom d'un village de la commune de Bonneval (NdT), anciennement Lescot, L'Escot, du nom d'homme SCOTUS, qui signifie "l'Ecossais".

Bonnaval : Bonneval, dernière commune de la Maurienne. Cette exclamation admirative est une marque énergique d'approbation pour l'enthousiasme et l'empressement dont les gens de Bonneval font preuve en venant adorer le Messie, que le poète suppose être né à Bessans (NdT).

maillolet : on a plutôt (surtout en savoyard) magnolèt.


Dzean Vincent martse après le fennes, Jean Vincent marche après les femmes,

Jian Vincent mârche aprés les fènes,

Porte un tsevrot et duës' erbennes Portant un chevreau et deux perdrix

Pôrte un chevrél et doves arbenes

àrbenes

Quo preit l'atron dzorn au Vallon, Qu'il a prises l'autre jour au Vallon,

Qu'il prét l'ôtro jorn u Valon,

ôtron

Et lué tot solet de la tropa Et lui seul de la troupe

Et lui tot solèt de la tropa

Fait los accomplements à la moda Fait les compliments avec l'élégance

Fét los compliments a la môda

acompliments

Dou citadin de l'Esseillon. Des citadins de l'Esseillon.

Du citadin de l'Èsselyon.


erbennes : perdrix blanches, de Albina, diminutif latin (NdT). On retrouve ce mot en romand.

Le Vallon : nom d'une montagne des environs de Bessans (NdT).

atron : forme analogique avec noutron, voutron, mais plutôt rare ailleurs.

fait los accomplements à la moda : c'est non seulement bien parler, mais parler avec galanterie (NdT).

Esseillon : village inhabité de Bessans (NdT).


De bon matin à première arba, Le matin, dès la première aube,

De bon matin a premiére ârba,

Tota la veulla fut in arta Toute la ville fut sur pied

Tota la vela fut en arta

Per alla vai so bia Seignou ; Pour aller voir son beau Seigneur ;

Per alar vêr son bél Sègnor ;

Nos irins prou lie rindre hommadzo, Nous irons bien tous lui rendre hommage,

Nos irens prod lui rendre homâjo,

Mais sis que farins pas bon viadzo, Mais ceux-là ne feront pas bon voyage,

Màs céls que faront pas bon veyâjo, farins : on pense plutôt à farens, nous ferons.

Qu'iant sa viel roudzeo su lo caou. Qui ont leur vieille rouille sur le cœur.

Que ant sa viely rogior sur lo côr.


la veulla : la ville, c'est-à-dire Bessans, le chef-lieu proprement dit, le village de l'église (NdT).

roudzeo : le roudzeo est, à proprement parler, le produit qui se trouve au fond d'un instrument de cuisine, alors qu'on y a laissé brûler l'apprêt qu'il contenait. Ce mot signifie ici la tache originelle laissée par le péché d'Adam, ou les fautes qui ont pu avoir été commises (NdT).


No no porrin rontre la tetha Nous nous pourrions rompre la tête

Nos nos porrians rontre la téta

tétha

Si l'éfant no det fae fetha Si l'enfant nous doit faire fête

Se l'enfant nos dêt fâre féta

énfant fétha

Et sa mae no carrecher. Et sa mère nous caresser.

Et sa mâre nos carèssiér.

Faut adé fae penetince Il faut de suite faire pénitence,

Fôt adés fâre pènitence


Bien remembra nothra conthince Bien réparer notre conscience

Bien remembrar noutra conscience

nouthra

Et nos alla tuit présenta. Et nous aller tous présenter.

Et nos alar tôs prèsentar.

tués


remembra : n'a pas ici le sens du mot anglais remember, se souvenir, mais celui de restaurer, remettre à neuf un vieil objet (NdT). Mais on rencontre aussi ce mot dans le sens du français remembrer, effectuer le remembrement dans une commune.


L'éfant ne vot pas d'atr' éthrainna ; L'enfant ne veut pas d'autre étrenne ;

L'enfant ne vôt pas d'ôtra ètrèna ;

èthrèna

N'iant pas pou de betta in peinna N'ayant pas peur de mettre en peine

N'èyant pas pouer de betar en pêna

Ni dom Péhot, ni dom Dzan Dzeors ; Ni dom Perrot, ni dom Jean George ;

Ni dom Pèrot, ni dom Jian Jôrg ;

Sa que Dieu vot ethre in grâce, Celui que Dieu veut qu'il soit en sa grâce,

Cél que Diô vôt étre en grâce,

éthre

Det fae bien quand ol a place Doit faire le bien quand il en a le loisir

Dêt fâre bien quand il at place

Et n'attindre pas qu'o set mort. Et ne pas attendre d'être mort.

Et n'atendre pas qu'il sêt môrt.


betta in peinna : mettre dans la peine, c'est-à-dire mettre en accusation, et punir au besoin (NdT).

Dom Péhot et dom Dzan Dzeors : on donnait en Savoie et l'on donne encore en Italie et en Espagne la qualification de dom, abréviation de dominus, seigneur, maître, à certains membre du clergé, mais surtout aux moines. Nous ne savons rien sur ces personnages ; il est probable qu'ils étaient le recteur et le vicaire de Bessans à l'époque où ces noëls ont été écrits, et peut-être même les auteurs de ces noëls…Nous savons que Bessans et les paroisses voisines ont été desservies par des moines de la Novalaise pendant assez longtemps (NdT).


Sainta Maria, benaitta Dama, Sainte Marie, benoîte Dame,

Senta Maria, benêta Dama,

Nos sains vothros de caou et d'arma, Nous sommes à vous de cœur et d'âme,

Nos sens voutros de côr et d'ârma,

vouthros

Preyez per lo poo Bessans, Priez pour le pauvre Bessans,

Preyéd por lo pouro Bèssans,

Que la dzeala et la croé aura Que la gelée et le mauvais vent

Que la gelâ et la crouye oura

Ne bettant pas à la malhoura Ne viennent pas détruire

Ne betont pas a la malhora

Lo bla quo nos' ains per lou tsans. Le blé que nous avons dans les champs.

Lo blât que nos ens per los champs.


Aura, mot latin qui signifie grand vent, mauvais vent. Dans quelques paroisses, on dit expressivement : court l'aura, le vent court (NdT). Le mot oura est bien représenté dans tout le domaine, où il signifie soit le vent du sud, soit n'importe quel vent ; il peut remplacer vent là où ce mot n'existe pas, en particulier à cause de l'homonymie avec vin (par exemple en fribourgeois).

Tsteti popon feuil dou Saint Pae Petit poupon, fils du Saint Père

Chetif popon fily du Sent Pâre

Et d'ena si devauta mae, Et d'une si dévote mère,

Et d'una si dèvôta mâre,

No vos' adoeins a dzegnous ; Nous vous adorons à genoux ;

Nos vos adorens a genolys ;

N'avaithaz pas nothra malice Ne regardez pas notre malice

N'agouétâd pas noutra malice ;

Au grand dzorn de vothra dzustice Au grand jour de votre justice

U grand jorn de voutra justice

Et no faites perdon à tous. Et nous faites pardon à tous.

Et nos féte pardon a tôs.


Il faut observer que les deux dernières strophes de ce noël sont des invocations à Marie pour obtenir la conservation des biens de la terre, et à Jésus pour implorer sa clémence. Les trois autres strophes qui les précèdent sont des invitations adressées aux gens de Bessans, pour qu'ils examinent leur conscience et fassent le bien pendant leur vie, pour être dignes ensuite de se présenter à Jésus. Le style et les pensées de ces strophes nous donnent à croire une fois de plus que l'auteur de ces noëls a dû être un recteur de la paroisse. Ceci cependant n'est qu'une manière de voir qui nous est particulière (NdT).




NOÈL POR LA MÈSSA DE MINUET


ORB, graphie serrée

os = vos "vous"

'os = nos "nous"


Gens qu'éthes dens vouthres mêsons

Atapis cœme des marmotes,

Ne chôciéds pas vouthros *sapons, *sabôt

Prenéds sœlament vouthres sôques.

Sortéds, defôr est chousa èthrange,

Os y vèrréds mielx qu'a mi-jorn,

Sortéds, 'os y vèrréds los anges

Que balyont a tués lo bonjorn.


Ils sont lé'n hôt sur Clapiér-Vèrd,

Tot a travers de l'Agouelye alègra,

Quâl *florètont un biô motèt *mènont

Tot per côr et non per lètra ;

Correns demandar a dom Pèrot,

Que sât de latin quârque pou,

Qu'il nos èxplique cél mistèro :

Gloria in excelcis Deo.


Cela chançon qu'ils ant chantâ

Por tot lo muens vengt-cinq viâjos,

Màs 'os nos y sens pas *plantâs *arrétâs

Nos n'entendians pas cél langâjo ;

Demandens-lor un pou la grâce

Qu'avant qu'ils quitont ceta place,

Ils la chantont en Bèssanês

Pas un viâjo, mais doux ou três.


Ô gens de ben, nos fôt a tôs

Nos rejouyér et batre pârmes,

Câr nos est nèssu un *felys, *fely au cas sujet singulier

Lo redemptor de nouthres ârmes ;

Est cél énfant que lo profètes

Ant tôs dét selon lors *avis, *ècrits

Qu'il panerat les fôtes fêtes

Nos balyerat lo paradis.


Il est nèssu en la citât

De Bètelem, dens un èthrâblo,

Rèduit en bâssa pouvretât,

Dens èthrêt bien misèrâblo ;

Hèlâs ! Mon Diô, la poura mâre

N'at rien que de pouets patins

Por pleyér lo fely du Sent Pâre

Qu'at tant grand frêd ux *pèconins. *petons, petits pieds


Una crêpe lui sèrt de brés

Quela ples grôssa mèrvelye

Fagotâ de branches de *biès *viârba ?

Sens avêr pèrtués, ni chevelyes,

Cél qu'est Rê de tôs los royômos,

Du ciél, du mondo Crèator,

U méten du bôf et de l'âno,

Plôre por nos ôtros pêchiors.


Corâjo, il nos fôt donc alar

Comandar a noutres crèthienes

De portar a la *pelyolâ *la petiolâ, l'acuchiê

Des cuvèrtures de fines lanes ;

Que lyés revouèjont los *tathiètes *cofrèt

Se lyés ant quârques biôs *chavons *fllotes

De lin et de sèrviètes nètes

Por fâre des piès u popon.


*Quéls que vêt rechêre lo diablot *qui, cél au cas sujet

Qu'avant-hièr prét tant de pêna

Por atrapar un *chamorsot, *petit chamôs

Et lui lo pôrte por èthrêna

A Josèf et a la pucèla,

Est chousa râra por cél temps.

Por mè je lor pôrto un' agnèla,

Qu'at siéx semanes por lo muens.


Et lo grand Jian et lo vielys Pèrot

Lor porteront des tomes grâsses,

Humbèrt de Giles et Garenot,

De burro frès et de *sèrâces. *sèrâ(s).

Chèrchens dedens noutres frutiéres

Tot cen que nos ens de melyor,

Correns sen fâre ôtres maniéres

Lyor-s en presentar de bon côr.


Corâjo vielys ! ice lo luè

Ont chetif énfant repôse,

Et mè semble de vêr lo fuè,

Câr il n'y at pouent de pôrta cllôsa.

Cél avôl que tint la chandèla

A pied la crêpe a doux genolys,

Rit cœme Soliére de Vêla

On lui vêt pas bugiér los uelys.






Énfants, se nos y *dens entrar *devens

Por fére nouthra rèvèrence ;

Est a lyé que nos fôt parlar ;

Màs brogens a nouthra conscience,

Demandens adés u Sent Pâre

De tôs nouthros pèchiês pardon,

Se nos ens enveya que la mâre

Nos monthre-t son chetif popon.


Est a lyé que nos fôt rèclamar

En ceta bôna senta fétha

Son èpox et ne pas oubliar

Nouthron patron sent Jian-Baptista ;

Se nos ens celes três pèrsones

Por protèctors et bons amis,

Ils seront de fèrmes colones

Por nos assuriér lo paradis.





NOÈL POR CHANTAR A LA MÈSSA DE L'ÂRBA


L'ange

Bèrgiérs que velyéds a southa,

Cuchiês dessot des *grobels, *petites buches

Tant u plan cœme a la coutha,

Quitâds tués vouthres tropels,

Je vos pôrto una novèla

Que vos dêt rejouyér.

D'una très dèvôta pucèla

Qu'est venua lo jorn d'hièr,

Lyé est nèssu un biô chetif

Por vos donar lo paradis.


Est l'énfant que les profètes

Ant dét qu'il devêt venir

Por panar les fôtes fêtes

Et por nos la môrt sofrir ;

Câr lo grand Diô, lo sent Pâre

Est tâlament corrociê

Que lo mondo at trop afâre,

Il n'at pas por l'apêsiér,

Se cél fely qu'il âme tant

N'y bete sa senta man.


Un berger

Compâre Jôrgs, que vos semble

De cél brâvo mèssagiér ?

Quant a mè, lo côr mè tremble,

De jouye mè fôt dèlogiér.

Mas, d'avant quitar la place,

Vos que sâds parlar latin,

Demandâds-lui ceta grâce :

Qu'il nos monthre-t lo chemin

Et onte est que fôt alar

Vêr cél fely por l'adorar.


Il n'est pas, rèphond l'ange,

Nèssu dens un biô palès,

Màs dens una crouye grange

Qu'at les muralyes crevês,

En luè du tot miserâblo

Ont il n'y at que de cuvèrt

Que les *cantons de l'èthrâblo *angllos

Tot dètruit et bien dèsèrt.

Una crêpe lui sèrt de brés,

Riortâ de branches de biès.




Os y vèrréds lo bon avôl

Josèf qu'atise lo fuè.

Lo flâr du bôf et de l'âno

Rechôdont un pou lo luè.

La poura brésa ne cèsse

Por tot cen tremolar.

La mâre chèrche una fàsce

De piès por lo malyotar,

Pués lo bete de son sen

Sus una braciê de fen.


Por vos balyér bon ègzemplo,

Il s'est bèssiê en pouvretât ;

Sos drapèts nen sont bien simplos

Que Diô nen prendrêt pediât.

Cependant los rês, los princes

N'ant pas viu son mèssagiér ;

La novèla de sa nèssence

N'est qu'a vos ôtros bèrgiérs.

Il vôt que seyéds los premiérs

Que lo veniâds fésteyér.


Une bergère

Je su ben ésa et jouyosa

Que j'é tant envéye d'alar

Et de portar quârque chousa

A la senta pelyolâ ;

Màs por fâre rèvèrence

Que plése u chetif popon,

Il fôt avêr la conscience

Blanche cœme lo coton ;

S'os éds d'ire dens lo côr,

Fédes-la sôtar defôr.


Un berger

Corâjo donc, Frâre Gile,

Et vos, compâre Jaquèt,

Châcun pregne sa vigile

Et sè charge-t son paquèt.

Nos ens tués de feyes *velyones *jouenes adultes

Qu'a Tôssents ont fêt l'agnél,

Nos ens tués de bônes tomes,

D'uefs frès, de fromâjo viely,

Portens a cél biô Sègnor

Tot cen qu'os ens de melyor.


Fasens salyir de lors bènes,

Oncora que sêt bon matin,

Nouthres crèthienes de fènes

Et les betens en chemin ;

Fasens-les vethir de fétha,

Prendre lyors biôs *garnachons, *habits

Lor côrna roge en la tétha,

U pieds lors ples biôs chôçons,

Et tôs lors ples biôs ators

Que lyés pôrtont los bons jorns.


Ense ordonens nouthron veyâjo

Por alar vêr cél énfant ;

Céls que sont ples vielys de *viâjo *âjo

Fôt qu'ils sè betont devant,

Lo ples viely sus tués los ôtros

Crie cœme un tot pèrdu :

Éfants ! j'é ja viu l'èthrâblo

Et lo fuè per un pèrtués,

Est ice que fôt entrar

Sensa ples nos promenar.


Màs fasens un pou de pousa,

Plantens-nos un pou bônes gens,

Je vâ vos dére una chousa

Devant qu' 'os entrens dedens :

L'énfant qu'est dens ceta grange,

Nèssu come os lo vèréds,

Fét u cièl tremblar los anges

Et ce-bâs lo ples grands rês,

Il vindra du paradis

Jugiér los môrts et los vifs.


Bèrgiérs donc, chiers camerâdos,

Ense nos y devens alar ;

A genolys la tétha bâssa,

Il nos y fôt presentar ;

L'honor, lo rèspèct, la crenta

Nos dêt surpoyér lo côr,

Cél qu'arêt un pou de *finta *feinte

Farêt mielx d'éthar defôr,

Il vôt pas de tâles gens,

Il vôt des côrs inocents.


Chiera felye du Sent Pâre,

Èposa du Sent Èsprit,

Qu'éd éthâ digna de fâre

Lo tot-pouessant rê de glouère

Por nouthron salut ;

A son èpox dèbonèro

Son Diô, son Sègnor,

Son *solas, son salutèro, *consolacion

Lyé balye son côr.

Et exultavit, etc.

Câr ceta majèstât senta

Sè complét de vêr

De sa fidèla sèrventa

L'inocent devêr.

Per sa via sâge et bontosa,

Vers la nacion

El serat benherosa

En tota sêson.

Quia respexit, etc.


Que lyé porrians nos ples fâre,

En ples grand honor

Que de l'honorar por la mâre

De nouthron Sègnor !

Câr cél énfant adorâblo

Per sa grand *vèrtu *fôrce

Fét tremblar des mile diâblos

Los ples *entendus. *habilos a fére lo mâl.

Quia fecit, etc.


Màs a nos, il nos acôrde

Por tôs a jamés

Pardon et misericôrde,

Sa benêta pèx,

Per cen que nos ens sa crenta,

Et fermos de fouè

Nos lo rèspèctens sen finta

Et suivens sa louè.

Et misericordia, etc.


Du chetif popon los membros

Rèduits a l'èthrêt,

Sos bras dèlicats et tendres

Qui gèlont de frêd,

Sont los bras qu'ont fêt la guèrra

Et que fant tremblar

Los *gegants desot la tèrra *g°èants, Titans

Lé-bâs enchênâs.

Fecit potentiam, etc.


Lo *supèrbo rê Hèrodes, *orgolyox (sens latin)

Que *lo volêt pas, *(lèssiér vivre)

Pense avêr les hôtes places ;

Màs il est *réthâ *arrètâ

Dens les ètèrnèles flames

Ont il est puni,

Et des inocents les ârmes

Sont en paradis.

Deposuit, etc.


Cél énfant de grand mistèro

Farerat en son jorn.

Il vat sè balyér ux pouros

En chèrn et en ôs.

Los grands rechârds dens lors ârches

Qu'amassont tot l'an

De dôblos et plênes quârtes* *13 litros (de blât)

Crèveront de fam.

Esurientes, etc.


Il at reçu en sa grâce

Israèl son fely,

Tant et quant qu'il vêt sa face

En plors et en duely,

Est de lui que sè recôrde* *sovint

D'avêr assurié

Sa senta misericôrde

A qui lo crèrêt.

Suscepit, etc.


Ensé cœme a nouthros pâres

Il a totés dét

Qu'a celos il serêt pâre

Que fant bien adrêt*, *qui siuvont lo drêt chemin

Abraham et sa semence

Ont reçu la pèx,

Son amitiât, sa clèmence

Por tués sen jamés.

Sicut, etc.


Glouère a cél Pâre adorâblo,

Nouthron crèator,

U fely nèssu dens l'èthrâblo,

Nouthron rèdemptor !

Glouère a cél* que ilumine *lo Sent-Èsprit

Tot cen que lui plét !

Tués três pèrsones divines

En Diô tot parfèt.

Gloria patri, etc.




UN ÔTRO NOÈL NOVÉL POR LO JORN DES RÊS


Chantens Noèl, la bèla èthêla

Des uelys el at levâ la têla

A três rês d'ètranjos payis,

Ils ont de lyé prês cognessence

De la bienherosa nèssence

Du fely de Diô du paradis.


Câr ils sont três grands àstrologos,

Tôs três doctors et filosofos,

Qu'entendont l'envèrs et l'adrêt,

Tôs los secrèts et les enquéthes

Que Moyise et tués los profètes

Lyor ant lèssiê per *èc'hrit. *dens la Bibla


Tant et quant qu'il plèyont bagâjo,

Rèsolus de fâre lo veyâjo

Por alar vêr cél bél énfant.

Ils ont tôs três l'uely sus l'èthêla

Que fét cœme una chandèla

Nuet et jorn lor mârchont devant.


L'un *s'atape sur un *corsèro, *sè jéte sur un chevâl

L'ôtro dessus un dromadèro,

L'ôtro monte sur un *guemely *chamél

Ils sont tôs três vethus de fétha ;

Lyors torchons qu'ils ant sus la tétha

Semblont tot ôtro qu'un chapél.


Ils entront en la citât senta,

Ils vant criant sensa avêr crenta

Come des magnens de plen jorn :

Nos sens ice a la bôn' hora

Por savêr du rê la demora

Que vos est nèssu l'ôtro jorn.


Hèrodes 'n at la mâla fiévra ;

Tot *èfardâ cœme una liévra, *èssarvagiê

Vàt dére ux doctors de la louè

Qu'un énfant du cièl plen de grâce,

Que vindrêt por avêr sa place,

Nêthrat sus la fin de *Belê. *Bètelem


Verament il sè la vit bèla

Quand il a sentu la novèla

Qu'il alâve éthre defôr.

Il chèrche tôs los malèficios

Les trahisons, los artificios,

De l'ire qu'il at dens lo côr.


Il dit ux três rês : Bon corâjo,

Alâds donc fâre vouthron veyâjo

Màs u retôrn sovenéds-vos

De mè venir contar l'afâre

Câr je su rèsolu de fâre

Et de l'adorar come vos.


Ils sont pas defôr que l'èthêla,

Enfâre cœme una chandèla

Los tôrne més passar devant.

Lo guemely ples lèsto que la pôsta,

Arreve enfin prés de la pôrta

Du luè ont est nèssu l'énfant.


Nouthra dama n'est pas *reprêsa *relevâ

Et lyé avêt ja la poura brésa

Tot nu sus sa fâda assetâ

Por fâre vêr a cetos mâjos,

A cetos três grands pèrsonâjos,

Du rê nèssu la pouvretât.


Lo vielys rê avouéc la tétha bâssa,

Presente l'or dens una tâssa

U popon por lor fâre vêr

Qu'il est venu cé-bâs en tèrra

Por betar fin a tota guèrra

Et règnér avouéc tot povêr.


L'ôtro sôrt de dens una bouètha

D'encens qu'il aduit d'Arabie,

Qu'il lui balye avouéc grand honor

Cœme a cél que crèat los âstros,

Lo cièl, la tèrra et tués nos ôtros,

Nouthron Diô, et nouthron Sègnor.


Cél qu'est tot nêr cœme una péla,

Qu'at la chèrn pas vero bèla,

Il n'at ren de blanc que la dent,

La mina doce, pas trop fiera,

Avouéc son present fêt de mirra,

Annonce son rèvèrament.


La nuet d'aprés qu'ils reposâvont ;

L'ange lyor dét quand ils ronflâvont :

Messiors, ne sêds pas èbayis,

Diô mè mande ice por vos dére

Que vos fôt prendre una ôtra *mire *rota, chemin

Por tornar a vouthron logis.


Cél brutâl lop-raviér d'Hèrodes

Par dèpit chôce ses garôdes,

Monte a chevâl avouéc ses gens ;

Il trace de Bètelem lo finâjo,

Il lui fét un si grand ravâjo

Qu'il tue-t doze mile inocents.








ÔTRO NOÈL EN BÈSSANÊS


Chantens Noèl de bon corâjo

Plen Bèssans et tués los velâjos,

A travèrs du Velaron,

Chantens ceta chançon novèla

Côsa d'una senta pucèla

Que nos rejouye d'un popon.


Cél grand Diô qu'ils diont lo Sent Pâre,

Por betar recôrd a l'afâre

Et sôvar los pouros pèchiors,

Mande Gabrièl en embassâda

A cela qu'est de tot son côr,

La sèrvir sens éthre de *bada. *son devêr


L'ange

Bonjorn, Maria, plêna de grâce,

Je su ice devant ta face,

Venu por t'anonciér coment,

Diô mande u mondo ceta ètrêna,

Que nos vint relevar de pêna

Vôt que te concevésses l'énfant.


Marie

O Diœ ! que poura mè que farê-je ?

Poura âma, que lui rèpondrê-je ?

Câr j'é vouâ virginitât,

J'é promês per justa conscience,

Por avêr de lui cognessence,

De jamés homo agouetar.


L'ange répond :

Maria, ne chèrche pouent d'obstâcllos,

Te vèrrés 'cor d'ôtros merâcllos :

Lo Sent-Èsprit descendrat,

Qu'en plen tèrmo de sa grâce,

Te serés vièrge en tota *place, *tot ton côrp

Je tè dio qu'il t'èposerat.


Je t'en vâ pués dire uncora una :

Senta Èlisabèt, ta cusena,

A conçu per vèrtu divina

Cél fely que serat lo ples grand ;

Te sâs ben qu'el at três-vengts ans

Et n'at jamés avu pouent d'énfants.





La pucèla tota jouyosa

Rèphond et n'est ples tant pouerosa :

Cœme Nouthron Sègnor l'at dét,

Sêsse fêta sa volontât senta,

Et di-lui que je su sa sèrventa

En tot, pertot, sen contradét.


Et lyé n'at pas lé-vers de dére

Que lo bon ange sè retreye

Et que lo mistèro fut fêt.

D'Adam lo viely pèchiê s'èface,

Nos entrens tués dens la grâce,

Lo mistèro fut setout fêt.


Lo bon Jœsèf cœme una liévra

Pouerox et quâsi prend la fiévra

Quand il vêt la Vièrge Maria

Qu'avêt un pou enflâ lo ventre

Màs l'ange lui balye d'entendre,

Il s'en volêt quâsi alar viâ.


L'ange lui dét : Poura pèrsona,

Maria, por tè dére a la *bôna, *en ami

Pôrte du mondo lo salut ;

Ne tè romps pas més la cèrvèla,

Lyé ne cèsse d'éthre pucèla,

Lyé at conçu du Sent Èsprit.


Nôf mês aprés, est chousa ètrange :

Ils sont rèduits dens una grange,

Por ne trovar pas ont logiér.

Sus la minuet la senta Mâre,

De l'héretiér de Diœ lo Pâre

Éra ja digna d'acuchiér.


Tôs los bèrgiérs de les montagnes

Et céls de les bâsses campagnes

Sè lèvont por lo venir vêr,

Ils côrront en grand diligence,

Rèspèct, amôr, obeyissence,

Por lui rendre tôs lors devêrs.


Entrâs qu'ils sont dedens l'èthrâblo,

Ils sont tôs changiês et afâblos

De tant cœme ils sont consolâs

De vêr permié tant de tristèsse,

Lyor fâre de si grandes carèsses

Et lo fely et la pelyolâ.



Aprés três rês d'ètrange tèrra,

Gens de pèx et non pas de guèrra,

Doctors de tôs arts libèrâls,

Avouéc grand tren et grand èquipâjo,

Venont a l'énfant rendre homâjo

Avouéc dromadèros et gueméls.


L'un a genolys la tétha bâssa,

Lui balye d'or dens una tâssa,

L'ôtro lui presente d'encens,

Et cél qu'at la mina ples fiera,

Que n'at rien de blanc que la dent,

Una bouètha de mirra.


Les bergers

Et nos, pouros nos, que farens-nos ?

Coment nos y presenterens-nos ?

Quand 'os sens de si grands pèchiors ;

Je sé ben cen que nos fôt fâre :

Fôt éthre devant a la mâre

Et l'énfant nos serat *d'acôrd. *favorâblo


A vos donc bienherosa dama,

Nos sens vouthros de côr et d'ârma,

Preyéds por lo pouro Bèssans,

Que la gelâ et la crouye oura,

Devant que la prêsa sêt môra,

Ne vegne flapir nouthros champs.


Que nos recuelyens a piro pêna

Fôrce de grans d'uerjo et d'avêna

Por sèrvir nouthros bons amis :

Martin Jorcin, Domègno Barre,

De Làns-lo-Borg sont los ples brâvos

Piérro Pèrot, Lôrent Bôdin.


Que tant en luè, cœme dens n'ôtro,

Vivians los uns permié los ôtros

En bons frâres et bons amis,

Et nos comportans de la sôrta

Qu' 'os trovans uvèrta la pôrta

Aprés la môrt, du paradis.


CHANSON DE VIGNERONS

Patois savoyard du XVIe siècle (1555)

(Mélanges Taverdet, G. Tuaillon, p. 577)

Noelz et chansons nouvellement composez

tant en vulgaire françoys que savoysien dict patoys

par M. Nicolas Martin, Musicien en la Cité

Saint Jean de Morienne en Savoye.


ORB serrée

reste de déclinaison (cas sujet : lyz glez, lbroz)


Sv su meyna alouraz [sy sy mKjna a l 'ovra

Lyuer sen est alla l iver s n Kt ala

Est cessa la crue ora K 'sKsa la krUe 'ora

La ney a decalla la nKj a dekala

Lyz glez est degalla li glez a dedzala

Et lbroz a prey vollaz e l 'broz a prKj 'vola

Lyz soley est leua li solKj K leva

Ey chante la nitolla. e 'tsãte la ni'tola].


Sus ! Sus ! garçons au travail ! Sus ! Sus ! menâts a l'ôvra !

L'hiver s'en est allé, L'hivèrn s'en est alâ,

Fini le mauvais vent, Est cèssa la crouye oura,

La neige a reculé, La nê at dècalâ,

La glace a fondu Le gllas est dègelâ

Et le brouillard s'est envolé, Et l'embros at prês vôla,

Le soleil est levé ; Le solely est levâ ;

Il chante le grand-duc. El chante la nuetôla.



Perrot pren ta poyretaz [perot pr ta pwK'rKta

Et alin to do puar et al to do pwar

Mermet et la mermetaz mKrmKt e la mKr'mKta

Vindrant essarmentar vdrãt esarmtar

Nico & Ioan girar niko e dzwã dzirar

Chercheron quarque liauraz tsKrtserã 'karke ~aç'yra

Per lier et emportar pKr ~er et portar

Encanet nostraz puouraz. kanKt 'nostra pwoç'yra]


Pierrot, prends ta serpette Perrot, prend ta pouerèta

Et allons tous deux tailler. Et alens tôs doux pouar.

Mermet et la Mermette Mèrmèt et la Mèrmèta

Viendront enlever les sarments. Vindront èssarmentar.

Nicot et Jean Girard Nicot et Jian Girârd

Chercheront des liens Chèrcheront quârque liyura

Pour lier et emporter Por liyér et emportar

Ce soir, ce que nous avons coupé. Enqu'a-nuet noutra pouura.



A pre trentaz dimenge [aprK 'trta di'mdze

Vole voz suuinir vole vo suvinir

Que noz arin vendenge kI noz ar v'ddze

Ni faillir di venir ni fa~ir d i vInir

Aporta per cultra apDrta pKr ky~ir

Pagnies coppes selliettes pabe 'kope sI'~Kte

Et per non pa fallir e pKr nõ pa fa~ir

Amolla le gogettes. amola le go'dzKte]


Après trente dimanches, Aprés trenta demenges,

Veuillez vous souvenir Volyéd vos sovenir

Que nous aurons vendanges Que nos arens vendenges

Et ne pas manquer d'y venir. Ni falyir d'y venir.

Apportez pour cueillir, Aportâd por cuelyir

Paniers, bennes, petites seilles ; Paniérs, copes, selyètes ;

Et pour bien travailler, Et por non pas falyir

Aiguisez les serpettes. Amolâd les gogètes.



Iorsina ioz tauisoz [dzDr'sina dzo t a'vizo

Vin quan no tirarin v kã no tirar

Et si en ren ioz te doisoz e sj r dzo tI dw'izo

Bin nos acorderin b noz akDrdar

Vinten & noz ririn v t e no rir

Chanterin a plaisansi tsãtar a plK'zãsi

Et quant noz trollierin e kã no tro~er

Noz berin a vtransi. no ber a u'trãsi]


Jorcine, je t'avertis, Jorcina, jo t'aviso,

Viens quand nous soutirerons ; Vin quand nos tirerens ;

Et si je te plais un petit peu, Et se en ren jo tè duiso

Nous nous accorderons bien. Ben nos acorderens.

Viens et nous rirons, Vin t'en et nos rirens,

Nous chanterons gaiement ; Chanterens a plèsance ;

Et quand nous presserons Et quand nos trolyerens

Nous boirons à outrance. Nos berens a outrance.




IK~

NOËL DE GORREVOD

(Pierre ?) BORJON

Patois de Pont-de-Vaux (Ain)


Gorrevod est une localité bressane proche de Pont-de-Vaux, dans l'Ain. Le noël a été composé, ainsi que huit autres concernant d'autres localités proches de Pont-de-Vaux, par un dénommé Borjon. La version présentée est tirée de l'ouvrage de Philibert LeDuc, les Noëls bressans de Bourg, de Pont-de-Vaux et des paroisses voisines, suivis de six Noëls bugistes, de trois anciens Noëls Français et des airs en musique, Librairie de Martin-Bottier, Bourg-en-Bresse, 1845.

D'après LeDuc, [Pierre ?] Borjon, né à Pont-de-Vaux, était avocat, auteur d'ouvrages de jurisprudence et d'un traité sur la musette organisée et sur le luth. C'est pendant l'hiver 1684 qu'il composa, en s'amusant, ses noëls auxquels il attachait si peu d'importance qu'ils ne furent publiés qu'après sa mort (survenue en 1691), vers 1738. Son arrière-petit-fils, Charles-Emmanuel Borjon de Scellery, gouverneur de Pont-de-Vaux, publia en 1787 une version rajeunie des noëls de son bisaïeul en substituant aux anciens noms des noms de personnes vivantes. Cette version n'a pas été retenue par LeDuc, qui précise toutefois que l'évolution du patois avait été telle qu'en 1845 ni lui ni les personnes les plus exercées ne comprenaient plus certaines expressions et certains mots vieillis. Malgré cela, quelques-uns de ces noëls bressans continuaient à cette date à être entonnés à la messe de minuit dans plusieurs paroisses. En préambule de l'ouvrage on trouve le texte suivant (sa traduction n'est pas totalement fidèle car elle est également versifiée) :


US ÉFAN DE BRAYSSE.

UX ENFANTS DE BRÊSSE.

AUX ENFANTS DE LA BRESSE.


Voutre pore qu'éran d'asse malin que vo,

Voutros pâres qu'érant d'asse malins que vos,

Vos pères qui savaient autant que vous savez,

Tui lou say de l'Avan, tan que lo foua deurove,

Tués los sêrs de l'Avent, tant que lo fuè durâve,

Tous les soirs de l'Avent, tandis que l'âtre fume,

Çantovan lou Noyé qu'an cho livro se brove

Chantâvont los Noèls qu'en cél lévro si brâvo

Chantaient les beaux Noëls qu'en ce joli volume

Vetia tretui sarvo. sarvo : littéralement "sauvés".

Vê-que très-tôs sârvâs.

Voilà tous conservés.


Dan voutra cafa don se quoque liar demore,

Dens voutra cafa donc se quârque liârd demôre,

Dans votre bourse donc si l'argent n'est chimère,

Açeto lou Noyé çanto per voutre gran ;

Achetâd los Noèls chantâs per voutros grants ;

Achetez les Noëls chantés par vos ayeux ;

O ne criyo po mai, se vo n'an bali ran,

Ou ne criâd pas més, se vos n'en balyéd ren,

Ou bien n'appelez plus, s'ils ne charment vos yeux,

La Braysse voutra more.

La Brêsse voutra mâre.

La Bresse votre mère.


Pre cho que fa se bin lou Noyé reflori,

Por cél que fât si ben los Noèls refllorir,

reflorir

Pour celui qui traduit ce pieux chansonnier,

Que ne sara po fiar de l'ouvra que 'l ébraysse, sans la traduction, on compren-

Que ne serat pas fier de l'ôvra qu'il embrace, drait difficilement : "qui ne tire

èmbràce aucune fierté de…".

Qui travaille sans gloire à l'œuvre qu'il caresse,

Men arm', antremi cé que cortijon la Braysse

Mon ârma, entre-mié céls que cortisont la Brêsse,

Assurément de ceux qui chérissent la Bresse,

I né po lo deri.

Il n'est pas lo dèrriér.

Il n'est pas le dernier.

Flebar LoDu.

Felibèrt LoDuc.

Philibert LeDuc.



Précisions phonétiques :


Dans le texte patois, les rimes féminines qui risquent d'être ambiguës sont notées en italique comme dans l'édition de LeDuc.

Les infinitifs en -ar, les 5e personnes en -âd sont en [e], noté àr, àd. Nous sommes dans le Nord du domaine.


ch [þ]

j, g devant palatale [ð]

ç, c devant palatale [s]

s(s) [s]

s intervocalique, z [z]

cll [kF]

gll [F]

pl [pl]

bl [bl]

ly [F]

r intervocalique [r] voyelles inaccentuées finales :

rr [r] -e [@]

in [] -es [@]

en [ã] -a [a]

an [ã] -o [o], parfois [@]

on [õ] -os [o]

ê [aj]

â [o], mais à [e]

ô [o]

NOËL DE GORREVOD


Amené voute muzette, Amenez vos musettes,

Amenâd voutres musètes,

amenàd

Me Motette ; mes Fillettes ;

Mes motètes ;

Vo, Meygna, voutres auboay ; vous, Garçons, vos hautbois ;

Vos, megnâts, voutros hôtbouès ;

E que la tropa zoyeusa et que la troupe joyeuse

Et que la tropa jouyosa

jouyœsa

De Résseuza de Reyssouze

De Ressosa (localité proche de Pont-de-Vaux et

Ressœsa de Gorrevod)

Veni' adoré ç'li gran Ray ! viennent adorer ce grand Roi !

Vegnont adorar celi grant Rê !

adoràr


Le motette de Corçale, Les fillettes de Corcelles,

Les motètes de Corcèles, Corçale : lat. CORTICELLA, morcellement de domaine, top. FP fréquent partout.

Le ple bale, les plus belles,

Les ples bèles,

Avoui ç'lé de Meyregna avec celles de Marignat

Avouéc celes de Maregnat

Màregnat

Furon, nostan la gran bise, furent, malgré la grande bise,

Furont, nobstant la grant bise, nostan : < nonobstant (très peu répandu)

Vé l'eylise, vers l'église,

Vers l'égllése,

Avoui çoquien' on meygna. avec chacune un garçon.

Avouéc châcuna un megnât.


Quant ell' uron viu l'étoblo Quand elles eurent vu l'étable

Quand els uront viu l'ètâblo

Miseroblo, misérable,

Miserâblo,

E la Mayr' é sen Anfan, et la Mère et son Enfant,

Et la Mére et son Enfant,

Elle ne suron ran faire elles ne surent rien faire,

Els ne suront ren fére

Que de braire, que de gémir,

Que de brère, braire : mot du Nord du domaine.

Lou veyan se pouvraman. les voyant si pauvrement.

Los veyant si pouvrament.

Tui lou vieu sère parliron, Tous les vieux sires parlèrent,

Tôs los vielys sires parléront,

tués

E deciron et dirent

Et desséront

De li porté dé presan ; de lui porter des présents ;

De lui portar des presents ;

portàr

Tote le clioce soniron, toutes les cloches sonnèrent,

Totes les clloches sonéront,

Qu'avartiron qui avertiront

Qu'avèrtéront

Tui lou ple reço paysan. tous les plus riches paysans.

Tôs los ples rechos payisans.


La fenna de l'onclio Piaro La femme de l'oncle Pierre

La fèna de l'oncllo Pierro

Fi du boaro, fit du beurre,

Fit du burro,

Dé graf' é dé matafan ; des gaufres et des mate-faim ;

Des gâfros et des mata-fams ;

Sa felie, se tray feliôtre, sa fille, ses trois belles-filles,

Sa felye, ses três felyâtres,

De le tôtre des tartes

De les tortes

Per aporté à l'Anfan. pour apporter à l'Enfant.

Por aportar a l'Enfant.

aportàr


Lo pér' à la Madelinna Le père de la Magdeleine

Lo pére a la Madelêna

Per étrinna pour étrennes

Por ètrêna

Comandi de li porté commanda de lui porter

Comandat de lui portar

comandét de lui portàr

Dé fago é de le brance des fagots et des branches

Des fagots et de les branches

De Maillance de Maillanche

De Malyanche (bois communal aujourd'hui défriché, NdT)

Per lo faire bin çarfé. pour le faire bien chauffer.

Por lo fére ben charfar.

charfàr


Tui lous autrou que vinciron Tous les autres qui vinrent

Tôs los ôtros que vegnéront

Presantiron firent des présents

Presentéront

Selon leu petiet meyan ; selon leurs petits moyens ;

Selon lors petiôts moyens ;

lœrs petiœts



Lo Popon lieu fi la féta le Poupon leur fit la fête

Lo Popon lyor fit la féta

lyœr

De la téta de la tête

De la téta

E d'on petiet tor de man. et d'un petit tour de main.

Et d'un petiôt tôrn de man.


Prequay plore-te, Mayria, Pourquoi pleures-tu, Marie,

Porquè plôres-tu, Maria,

Di, m'amia, dis, m'amie,

Di, m'amia,

An se bena compani ? – en si bonne compagnie ?

En si bôna compagnie ? –

bœna

Quan ze le vay que garlote, Quand je le vois qui grelotte,

Quand je le vèyo que grelote,

Que tramblote, qui tremblotte,

Que tremblote,

Ze ne m'an seray teni. je ne saurais me retenir.

Je ne m'en sarê tenir.


Quan ze lo vay dan la crèce, Quand je le vois dans la crêche,

Quand je lo vèyo dens la crèche,

Que ne prèce qui ne prêche

Que ne prèche

Qu'ena grant' umileté, qu'une grande humilité,

Qu'una granta humilitât,

humilitàt

Ze vedray, tan i me çarme, je voudrais, tant il me charme,

Je vodrê, tant il mè charme,

Fondr' an larme, fondre en larmes,

Fondre en lârmes,

Pre lo povay contanté. pour le pouvoir contenter.

Por lo povêr contentar.

contentàr


Tui cé que li vedran playre Tous ceux qui lui voudront plaire

Tôs céls que lui vodront plére

E li fayre et lui faire

Et lui fére

On presan qu'il omera, un présent qu'il aimera,

Un present qu'il âmerat,

N'an qu'à se bali say-mémo, n'ont qu'à se donner eux-mêmes,

N'ant qu'a sè balyér sè-mémos,

S'el an l'émo ; s'ils ont la raison ;

S'ils ant l'èmo ; émo : déverbal de AESTIMARE.

I lou recompansera. il les récompensera.

Il los rècompenserat.

LO CONTO DAU CRAISU

Récit villageois en patois de Pully (Vaud)

ORB serrée

Lo conto dau craisu.

Lo conto du crosuél.


Dieu vo lo baillai bon, monsu lo secrétéro,

Diœ vos lo balyey' bon, monsior lo secrètèro,

Asse bin qu'à ti vo, messieux lè coumisséro.

Asse-ben qu'a tués vos, mèssiors les comissèros.

Tant écrevains què clièrs, dzeins dè bantse et dè plhonma,

Tant ècrivens que cllèrcs, gens de banche et de pllomma,

Que fordzi ti l'ardzein sein marté nè eincllionma.

Que forgiéd tués l'argent sen martél ni encllena.

Mâ perdon, se vo plhé, ne s'agit pas dè cein :

Mas pardon, se vos pllét, ne s'ag∙it pas de cen :

Dait-on pas condamnâ à ti frais et dépeins,

Dêt-on pas condanar a tués frès et dèpens,

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra conchience,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Cé qu'étient lo craizu per malice et veindzeince ?

Cél qu'ètient lo crosuél per malice et vengence ?

– Pourro frare ! épei bin que vos ai bin réson,

– Pouro frâre ! èpêr ben que vos éd ben rêson,

Mâ no ne vyein pas îo va voûtra quiestion.

Mas nos ne veyons pas yô vat voutra quèstion.


– Quiè ! vo ne séde pas, messieux, qu'i'é onna felhe,

– Què ! vos ne séde pas, mèssiors, qu'il est una felye,

Dont on lâre tzi no volliai fére à la pelhe* ? *fére à la pelhe : prendre, voler, piller

Dont un lârro chiéz nos volêt fére a la pilye ?

Mâ, pardié, n'ein est pas inque iô voudrai bin ;

Mas, pardiu, n'en est pas inque yô vodrêt ben ;

N'a pas trovâ son fou : l'est mafai on biau tzin !

N'at pas trovâ son fôl : l'est ma fê un biô chin !

Dité, bravo messieux (moyennant bon saléro),

Déte, brâvos mèssiors (moyenant bon salèro),

Féde-mè on mandat per noûtro Consistéro :

Féde-mè un mandat por noutro Consistèro :

"A vo, messieux les dzudzo, menistré, lutenien,

"A vos, mèssiors les jujos, ministros, luètegnents,

Secrétéro, assesseux, et tot lo bataclien."

Secrètèro, assèssors, et tot lo batacllàn."


Que lau sait défeindu, et en boun'écretoura,

Que lor sêt dèfendu, et en bôn' ècritura,

Dè rin distribuâ dè noûtra procédoura.

De ren distribuar de noutra procèdura.

Pésa fer, se vo plhé, vo verrai lè résons,

Pesâd fèrm, se vos pllét, vos vèrréd les rêsons,

Quand i'ari dau galand racontâ les acchons.

Quand j'aré du galand racontâ les accions.

Vo sarai don, messieux, se vo plhé d'acutâ,

Vos saréd donc, mèssiors, se vos pllét d'acutar,

Què ma felhe et stu cor sè son dza z'u amâ ;

Que ma felye et çto côrp sè sont jâ z-yu amâs ;

Et que ne crayâ ti que sarai on mariâdzo

Et que nos creyans tués que serêt un mariâjo

Iô ne manquérai pas pan, buro nè fromâdzo :

Yô ne manquerêt pas pan, burro ni fromâjo :

Mâ vaique qu'est fini, car por li, orendrai,

Mas vê-que qu'est feni, câr por lui, orendrêt,

Ma felhe n'ein vâut rin, nè ein blhan, nè ein nai.

Ma felye n'en vâlt ren, ni en bllanc, ni en nêr.

Se lai a z'u bailli quôqué tracasséri,

Se y at z-yu balyê quârques tracasseries,

Por cein, n'a nè papai, nè partzemin écrit.

Por cen, n'at ni papiér, ni parchemin ècrit.

Baste ! enfin sè z'acchons einvers li son se nairè,

Bâsta ! enfin ses accions envers lyé sont si nêres,

Que n'ara pas l'honeu dè m'appèlâ biau-pairè.

Que n'arat pas l'honœr de m'apelar biô-pére.

Vos ein vé racontâ quoquiè z'échantillons,

Vos en vé racontar quârques èchantelyons,

Per iô vo verrai bin cein qu'est stu compagnon. compagnon : le texte a compaguon.

Per yô vos vèrréd ben cen qu'est çto compagnon.

On dzor, lai de : "No faut deverti stau veneindze ;

Un jorn, lyé dit : "Nos fôt divèrtir çtes venenges ;

Allein no promenâ à Montagny demeindze !"

Alens nos promenar a Montagni demenge !"

L'ôtra lo lai promet, et lo dzo arrevâ,

L'ôtra lo lui promèt, et lo jorn arrevâ,

Le sè laivè matin, sè vîtè, et s'ein va.

El sè léve matin, si vito, et s'en vat.

Le cria la Luzon, qu'ètai noûtra vesena,

El criat la Luzon, qu'étêt noutra vesena,

Brâva felhe, mafai ! l'irè noûtra cousena.

Brâva felye, ma fê ! l'ére noutra cusena.

Stau galandè s'ein vont contrè stu Montagny,

Çtes galandes s'en vont contre çto Montagni,

Stu cor ne lai fu pas ! N'est-e pas on mépris ?

Çto côrp ne lé fut pas ! N'est-il pas un mèpris ?

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !


On ôtro viadz oncor que cassâvon lè coquiè,

Un ôtro viâj' oncor que cassâvont les coques,

Noûtra felhe lai va : stu cor sein derè poquiè,

Noutra felye lé vat ; çto côrp sen dére porquè,

Laissè son martélet, s'ein va, lo vaiquiè fro,

Lèsse son martelèt, s'en vat, lo vê-que fôr,

Coumin se l'ire eintra on laû, obin on or.

Coment se l'ére entrâ un lop, ou ben un ors.

Tsacon crayai d'abord ein viein sa grimace,

Châcun creyê d'abôrd en veyent sa grimace,

Qu'à n'on verro dè vin l'allavè férè plhace.

Qu'a n-un vêrro de vin 'l alâve fére pllace.

Mâ sein cè qu'on reve, se bin qu'à la miné mais on ne le revit plus

Mas sen cél qu'on revit, si ben qu'a la mi-nuet

Lo pére fu contreint, lo viaudzo sur lo bré,

Lo pére fut contrent, lo viojo sur lo brés,

De la racompagni tzi no tota penausa,

De la racompagnér chiéz nos tota penosa,

Iô l'arrai bin volhu restâ tota merdausa,

Yô 'l arêt ben volyu réstâ tota mèrdosa,

Plhetou que d'allâ lé po avai stu affront

Plletout que d'alar lé por avêr çto afront

Et sè vêrè moquâ per on tô compagnon.

Et sè vêre mocâ per un tâl compagnon.

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !


Onna veillha, tzi no, l'étai pré dau mortai,

Una velyê, chiéz nos, 'l étêt prés du mortiér,

Iô fasai einseimblian dè sè tzaudâ lè dai :

Yô fasêt ensembllant de sè chôdar les dêgts :

Sein qu'on s'ein aperçut, ie sort dè sa catzetta

Sen qu'on s'en apèrçut, il sôrt de sa cachèta

Dè la pudra avoué quiè vo fâ onna guelhetta ;

De la pudra avouéc què vos fât una guelyèta ;

Et volheint la sétzi, la laissa tchaire au fû ;

Et volyent la sechiér, la lèssiét chêre u fuè ;

Se bein qu'ein foliein et fasein stu biau dju,

Se ben qu'en foleyent et fasent çto biô juè,

Tot d'on coup cein vo fe onna tôla voilâïe,

Tot d'un côp cen vos fêt un tâla voualâye,

Que ma méson risqua d'êtrè tot eimbrasâïe.

Que ma mêson riscat d'étre tot embrasâye.

Noûtra felhe était tie, lo vo deri tot net,

Noutra felye étêt que, lo vos deré tot nèt,

Sa conolhe à la man, faseint lo cafornet ;

Sa conolye a la man, fasent lo cafornèt ;

Et lo fû, que sautâ, alla preindre ès étopes,

Et lo fuè, que sôtat, alat prendre ux ètopes,

Dè quiè sa mère et li ne furon pas mô sottes.

De què sa mére et lyé ne furont pas mâl sotes.

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !


Nos aviâ onna boun' et balla galéri,

Nos avians una bôn' et bèla galerie,

Que i'é étâ contrint dè fére à déguelhi

Que y'é étâ contrent de fére a dèguelyér

(N'ein poivo pas dè mein por l'honeu dè ma felhe,

(N'en povévo pas de muens por l'honœr de ma felye,

Que vollhé conservâ eintire ein sa couquelhe) ;

Que volyê consèrvar entiére en sa coquelye) ;

Car veniai taquenâ per chautre autre la né, taquenâ : frapper à la porte

Câr vegnêt taquinar per ce-outre outre la nuet,

Dai viadzo lo matin, d'autro viad'à miné,

Des viâjos lo matin, d'ôtros viâjos a mi-nuet,

Por tzertzi l'occasion dè poai férè ripaille

Por chèrchiér l'ocasion de povêr fére ripalye

En forceint d'on certain cabinet la serraille.

En forcient d'un cèrtin cabinèt la sarralye.

Ma galéri m'avai cotâ cinquant'écus :

Ma galerie m'avêt cotâ cinquant' ècus :

L'è sa faut', oreindrai, se i'é tot cein perdu.

'l est sa fôta, orendrêt, se y'é tot cen pèrdu.

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !


Noûtro vesin avai aberdzi onna né

Noutro vesin avêt hèbèrgiê una nuet

(Por vo derè bin quand cein ne fâ rein au fé),

(Por vos dére ben quand cen ne fât ren u fêt),

On certain novieint qu'étai bon violâre.

Un cèrtin non-veyent qu'étêt bon violârd.

Lai sè rasseimblhan ti, lè felhe avoué lè mârè,

Lé sè rassembllont tués, les felyes avouéc les mâres,

Stu galand lai étai que fasai lo feindeint, feindeint : fanfaron

Çto galand lé étêt que fasêt lo fendent,

Sen férè einseimblhan dè pi vouaiti lè dzeins :

Sen fére ensembllant de pir gouétiér les gens :

Lai dansa, lai sauta stau qu'étian à sa pota, à sa pota : à sa guise

Lé danciét, lé sôtat çtes qu'étiant a sa pota,

Et lè molâve bin à la fin dè la nota. molâve : baisait

Et les molâve ben a la fin de la nota.

Adon, coumeint tzacon sondzive à s'ein allâ,

Adonc, coment châcun songiêve a s'en alar,

Ie fu tzi mon vesin noûtra felhe appèlâ ;

Il fut chiéz mon vesin noutra felye apelar ;

La pre, et la mena onna tota petita,

La prét, et la menat una tota petita,

Mâ sein slia que bésa, né mola onna mita.

Mas sen cela que bèsar, ni molar una miéta.

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !


Vo sarai don onco, et sta est la plhe forta,

Vos saréd donc oncor, et çta est la plles fôrta,

Qu'on dzor que la Zabet irè sur noûtra porta,

Qu'un jorn que la Zabèt ére sur noutra pôrta,

L'étai l'hiver passâ que fasai stu grand frai,

'l étêt l'hivèrn passâ que fasêt çto grand frêd,

Iô on ne savai plhe iô sè catzi lè dai,

Yô on ne savêt plles yô sè cachiér les dêgts,

Stu cor s'approutza, et poui sein derè porquiè,

Çto côrp s'approchiét, et pués sen dére porquè,

Apré quoquiè résons adon que lai marmottè,

Aprés quârques rêsons adonc que lyé marmote,

Et avai fé lè tor que font lè tzarlatans,

Et avêr fêt les torns que font les charlatans,

Volhai fourrâ sè dai dedein son catzeman….

Volyêt forrar ses dêgts dedens son cache-man…

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !


Vaitzé on ôtro tor que lai fe l'an passâ,

Vêde-cé un ôtro torn que lyé fit l'an passâ,

Auquiè n'é djamé pu dè san frai repeinsâ.

U què n'é jamés pu de sang frêd repensâ.


Lè felhe et lè valets s'étian boutâ ein téta

Les felyes et les vâlèts s'étiant betâ en téta

Dè s'allâ promenâ on certain dzor dè féta.

De s'alar promenar un cèrtin jorn de féta.

Coumein l'étian setiè an coutzet d'on recors,

Coment 'ls étiant setâs u cuchèt d'un recôrd,

Stu grivois l'embrassè per lo maitin dau corps.

Çto grivouès l'embraciét per lo méten du côrp.

Noûtra felhe, qu'étai dècoûta li setâïe,

Noutra felye, qu'étêt decouta lui setâye,

Est, dein lo mémo tein, tot d'on coup reinversâïe,

Est, dens lo mémo temps, tot d'un côp renvèrsâye,

Et poui, bredin, breda…, vo fon lo batacu,

Et pués, bredin, breda…, vos font lo bata-cul,

Tantou l'on est dézo, tantou l'ôtro est déssu ;

Tantout l'un est desot, tantout l'ôtro est dessus ;

Se bin que le montra, coumein vo paudè craire,

Se ben que lyé montrat, coment vos pouede crêre,

Dzerrotirè, dzénau…, tot cein qu'on volhai vaire !

Jarretiéres, genolys… tot cen qu'on volyêt vêre !

Apré avai risquâ dè sè fére assomâ,

Aprés avêr riscâ de sè fére assomâ,

Le sè relaive enfin avoué dou pi dè nâ.

El sè reléve enfin avouéc doux pieds de nâs.

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !


Acutâ vai, messieux, ein vaitzé na terriblha :

Acutâd vêr, mèssiors, en vêde-cé na tèrriblla :

Le diablho n'en pau pas fére onna plhe z'horriblha.

Le diâbllo n'en pôt pas fére una ples horriblla.

Vo preind de la verraire et la pilè au mortai…

Vos prend de la vèrriére et la pile u mortiér…

Que lo diablho lai pouisse dinsè pilâ lè dai !

Que lo diâbllo lui pouesse d'ense pilar les dêgts !

Et poui t'apportè cein dein lo lhi dè ma felhe,

Et pués t'apôrte cen dens lo liét de ma felye,

Iô vo la dépouaira du la téta à la grelhe*… *grelhe : cheville du pied

Yô vos la dèpouèrat dês la téta a la grelye…

Quand lai peinso, messieux, lâ ! se vos aviâ vu

Quand y penso, mèssiors, lâs ! se vos aviâd vu

L'état iô sè trova adon son pouro tiu !

L'ètat yô sè trovat adonc son pouro cul !

Vos arai fé pedhi, lo pouro miserablho !

Vos arêt fêt pediêt, lo pouro misèrâbllo !

L'énocein ne dai pas pâti por lo coupablho.

L'inocent ne dêt pas patir por lo coupâbllo.

L'è portant dza gari, mâ dè sein lo mein

'l est portant ja gouari, mas de sen lo muens

Que no z'ein a cotâ d'on biau pot d'égazein ?

Que nos en at côtâ d'un biô pot d'égouardent ?

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !


Lo conto dau craisu, per iô i'é quemeinci

Lo conto du crosuél, per yô y'é comenciê

Ne vo z'a pas étâ onco fé à demi.

Ne vos at pas étâ oncor fêt a demi.

Mè vé vo lo fini. – Messieux, vo paudè crairè

Mè vé vos lo fenir. – Mèssiors, vos pouede crêre

Qu'onna né que défio qu'on tza ussè pu vairè,

Qu'una nuet que dèfio qu'un chat usse pu vêre,

Stu grivois venie avoué de sè z'amis,

Çto grivouès vegnét avouéc de ses amis,

Einveron la miné, que n'étiâ ti drumis,

Environ la mi-nuet, que n'étians tués dromis,

Hormis noûtra Zabet que sè pudzive oncora.

Hormis noutra Zabèt que sè pugiêve oncora.

Lai criè : "Veni vai vers mè on pou tot-ora,

Lyé criat : "Venéd vêr vers mè un pou tot-hora,

Vo z'ein prio, Zabet, i'é oquiè dè presseint

Vos en prio, Zabèt, y'é oque de prèssent

A vo coumenicâ. Maude sai que vo meint !"

A vos comunicar. Môdit sêt que vos ment !"


Noûtra felhe qu'a z'u dés sa premire enfance

Noutra felye qu'at z-yu dês sa premiére enfance

Por ti lè grands valets què trau dè complhésance,

Por tués les grands vâlèts que trop de compllèsance,

Car tzin dè bouna race, à cein que tzacon dit,

Câr chin de bôna race, a cen que châcun dit,

Tsasse soveint solet sein qu'on l'ôssè dressi,

Chace sovent solèt sen qu'on l'usse drèciê,

Sen sè férè pressâ le revîtè son cheurtzo

Sen sè fére prèssar el revéte son *siœrcho

Et décheint ver stu cor qu'étai à noûtron poertzo.

Et dèscend vers çto côrp qu'étêt a noutron puercho.

Tot lo drai soubçouni que lh'y avai de l'ugnon.

Tot-lo-drêt soupçoné qu'il y avêt de l'egnon.

Ne mè trompâvo pas, car stu fin compagnon,

Ne mè trompâvo pas, câr çto fin compagnon,

Apré lai avai fé quoquiè faussè caressè,

Aprés lyé avêr fêt quârques fôsses carèsses,

Lai de que l'étai tein dè férè dei promessè ;

Lyé dit qu'il étêt temps de fére des promèsses ;

Que le dévai allâ tzi son cousin Debret,

Que el devêt alar chiéz son cusin Debrèt,

Iô trovérai dai plhonmè et l'écretéro pret ;

Yô troverêt des pllommes et l'ècritéro prèsts ;

Que n'arrai qu'à signi et que le dévai crairè

Que n'arêt qu'a signér et que el devêt crêre

Que quand cein sarai fé lai baillerai bin d'airè.

Que quand cen serêt fêt lyé balyerêt ben d'àrres.

Tot ein lai desein cein l'empougné per lo bré,

Tot en lyé desent cen l'empouegnét per lo brés,

Fasein ti sè z'efforts por la fére allâ lé.

Fasent tués ses èfôrts por la fére alar lé.

Medai, quand le ve cein, le sè su bin défeindrè

Medês, quand el vit cen, el sè sut ben dèfendre

En lo graffougniein fer, lai desein pi què pendrè.

En lo grafegnent fèrm, lui desent pir que pendre.

Le cria : Paire ! paire ! apportâ lo craisu !

El criat : "Pére ! pére ! aportâd lo crosuél !

Et dè voutr'autra man ne veni pas vouaisu.

Et de voutr' ôtra man ne venéd pas vouesif."

Sauto fro dè mon lhi sein boutâ mè culottè,

Sôto fôr de mon liét sen betar mes culotes,

Preigno on bon bâton, ne dio pas que cein cotté ;

Pregno un bon bâton, ne dio pas que cen cote ;

Empougno mon craisu, freinno avau lè z'égrâ ;

Empouegno mon crosuél, frono avâl les ègrâs ;

Savé bin què stu cor ne m'ein savai pas grâ.

Savê ben que çto côrp ne m'en savêt pas grât.

Quand ie fu su lo poient d'eintrâ dedein l'allâïe,

Quand ye fu sur lo pouent d'entrar dedens l'alâye,

Mon grivois que cheintai quoquiè malapanâïe,

Mon grivouès que sentêt quârque mâlapanâye,

En arroveint què fi, dévant que l'usso vu,

En *arrevent què *fit, devant que l'usso vu,

D'on coup dè son tzapé mè détient mon craisu.

D'un côp de son chapél mè dètiend mon crosuél.

Se bin que mè vailé sein verrè onna gotta,

Se bien que mè vê-lé sen vêre una gota,

Et poui ma lampa bas que sè toumavè tota !

Et pués ma lampa bâs que sè tomâve tota !

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !


N'est pas lo tot. – Quand vi ma lampa renversâïe,

N'est pas lo tot. – Quand vi ma lampa renvèrsâye,

Ie cru que ma Zabet étai déshonorâïe.

Ye cru que ma Zabèt étêt dèshonorâye.

Mè bouti à criâ, fenna, dépatze-tè,

Mè betàt a criar, "fèna, dèpache-tè,

Et prein l'ôtro craisu ; sauta frou ein pantet !

Et prend l'ôtro crosuél ; sôta fôr en pantèt !"

Le mè crai. Dein dou sauts ma fenna sè préseintè.

El mè crêt. Dens doux sôts ma fèna sè presente.

Stu compagnon*, qu'étai catzi derrai dei breintè, *compagnon : le texte a compagno.

Çto compagnon, qu'étêt cachiê dèrriér des brentes,

S'avancè tot d'on coup, et sein la respettâ…

S'avance tot d'un côp, et sen la rèspèctar…

Paf ! d'on coup dè tsapé vaiquie lo craisu bas !

Paf ! d'un côp de chapél vê-que lo crosuél bâs !

Se bein que no vailé oncora sein lumiére,

Se ben que no vê-lé oncora sen lumiére,

Sein savai iô allâ, craigneint lé z'étriviérè.

Sen savêr yô alar, cregnent les ètriviéres.

A la fin, lo galand, apré tot cé fraca

A la fin, lo galand, aprés tot cél fracas

Sè recoullhi tsi li, et s'ein va sonica, *sonica : gai, content (très localisé)

Sè recuelyét chiéz lui, et s'en vat sonicâ,

Conteint coumein on rai d'avai vu noûtra pouaire

Content coment un rê d'avêr vu noutra pouere

Et de no z'avai fé à ti veni la fouaire.

Et de nos avêr fêt a tués venir la fouère.


Lai yé onco gâgni on rhonmo violeint

Lé y'é oncor gâgnê un rumo violent

Que m'a bin tormentâ et que mè preind soveint.

Que m'at ben tormentâ et que mè prend sovent.

Ditè lo vai, messieux, ti per voûtra concheince,

Déte-lo vêr, mèssiors, tués per voutra conscience,

Se cein est onn'acchon ?

Se cen est un' accion ?

Se lo souverain dit que cein sai onn'acchon,

Se lo sôveren dit que cen sêt un' accion,

Pacheince !

Pacience !

La Parabole de l'Enfant Prodigue


Bridel, ORB serrée


III

Patois de Saint-Luc (Val d'Anniviers, Valais)


Oun hommo avéye dou féss.

Un homo avéve doux felys.

Donn lé plou zouvenno a détt à chon pâre : Moun pâre, donnâ-mè la part dou binn kè mè ditt

Donc le ples joueno at dét a son pâre : Mon pâre, dona-mè la pârt du ben que mè dêt échirre. Donn lé pâre lau j'a partagia chon binn.

èchêre. Donc le pâre lui z-at partagiê son ben.

Lé plou zouvenno féss ramacha tott, ch'ein alla foura ein oun pahik éloigna, e él y déssépa

Le ples joueno felys ramassat tot, s'en alat fôra en un payis-c èluegnê, et il y dissipat

chon binn ein vikveinn ein la debaucha.

son ben en vi(c)vent en la dèbôche.

Après k'él l'ouk tot deschpeinchâ, él è chourvenouk ouna groucha faminna ein chlik pahik, é

Aprés qu'il ut-c tot dèspensâ, il est survenu-c una grôssa famena en celi-ci payis-c, et

él a commeincia à éthre dan l'eindigence.

il at comenciê a éthre dens l'endig∙ence.

Adonn é ch'ein alla, e chè mettouk au chervicio d'oun di j'habiteinn de chlik païé-lé, ké l'a

Adonc il s'en alat, et sè metut-c u sèrvicio d'un des habetents de celi-c payis-lé, que l'at

einvouïa ein chè pochèchion po vouarda lè pouerr.

envoyê en ses possessions por gouardar les puercs.

E él ouri binn volouk chè rassassié di j'herbazo kè lé pouerr pikkavonn, mâ nioun ne li

Et il arêt ben volu-c sè rassassiér des hèrbâjos que les puercs picâvont, mas nion ne lui

ein donnavonn.

en donâvont.

Él reinntra donn ein glhik-mêmo e él ditt : Vouéro y a-t-è de zienn au gazo de moun pâre

El rentrât donc en lui-c-mémo et il dit : Gouéro y at-il de gens ux gajos de mon pâre

ké l'ann de pan ein abondance, e io, io mouro de fan.

qu'ils ont de pan en abondance, et yo, yo môro de fam.

Io me léveri é m'einn'iri vè moun pâre, é li diri : Moun pâre, i'é petzchia contre lo

Yo me léveré et m'en iré vers mon pâre, et lui deré : Mon pâre, y'é pêchiê contre lo

paradétt é contre tè ;

paradis et contre tè ;

É io chék pas mé dégno d'éthre appela ton féss : tratta-mè comme l'oun de tau domeschtiko.

Et yo su-c pas més digno d'éthre apelâ ton felys ; trèta-mè come l'un de tos domèsticos.

Él è donn partik, é él è venouk vè chon pâre. É comme él ire inkor glhein, chon pâre

Il est donc parti-c, et il est venu-c vers son pâre. Et come il ére uncore luen, son pâre

lo l'a iouk, é chè trovâ tozchia de compassion ; é courreinn à glhik, chè zettâ à chon cau é lo

lo l-at viu-c, et sè trovat tochiê de compassion ; et corent a lui-c, sè jetat a son côl et lo

l'a bijia.

l-at bèsiê.

É chon féss li a détt : Moun pâre, i'é petzchia contre lo paradétt é contre tè, é io chék pas

Et son felys lui at dét : Mon pâre, y'é pêchiê contre lo paradis et contre tè, et yo su-c pas

mé dégno d'éthre appela ton féss.

més digno d'éthre apelâ ton felys.

Mâ lé pâre a détt à chau chervitiau : Apportâ la plou bella roba é couvrik-lo, é

Mas le pâre at dét a sos sèrvitiors : Aportâd la ples bèla roba et cuvréd-c-lo, et

mettre-li ouna bagga au dèk é de botte i pia.

metréd-lui una baga u dêgt-c et des botes ux pieds.

É amenâ oun vé gras, é touâ-lo, minzin é amoujein-no ;

Et amenâd un vél grâs, et tuâd-lo, mengens et amusens-nos ;

Po cheinn kè moun féss, ké l'è ché ire mort é ké l'è revenouk à la viâ ; él ire perdouk,

Por cen que mon felys, qu'il est cé ére môrt et qu'il est revenu-c a la via ; il ére pèrdu-c,

mâ él è retrova. É él'an commeincia de ch'amoujâ.

mas il est retrovâ. Et ils ans comenciê de s'amusar.

Chpendann chon plou viou féss ké l'ire à la campagne è revenouk ; é comme

Cependant son ples viely felys qu'il ére a la campagne est revenu-c ; et come

él'approssiève de la mijon, él'a einteindouk lè zann et lè danse.

il s'aprochiêve de la mêson, il at entendu-c les chants et les dances.

É él appela oun di chervitiau à kouinn él demanda chein ké l'ire.

Et il apelat un des sèrvitiors a quin il demandat cen qu'il ére.

É lé chervitiau li détt : Ton frâre è de retor, é ton pâre a touâ oun vé gras, po cheinn

Et le servitior lui dit : Ton frâre est de retôrn, et ton pâre at tuâ un vél grâs, por cen

k'él l'a retrovâ ein bonna cheinndâ.

qu'il l'at retrovâ en bôna sàndât.

Mâ é ch'è mettouk ein colére é n'a pas volouk einntrâ. Chon pâre è don chourtik é l'a

Mas il s'est metu-c en colère et n'at pas volu-c entrar. Son pâre est donc sorti-c et l'at

préya d'einntrâ.

preyê d'entrar.

Mâ él a refondouk à chon pâre : Voilà, él y a tann d'ann ké io tè chervècho chein éthre

Mas il at rèphondu-c a son pâre : Vê-lé, il y at tant d'ans que yo tè sèrvésso sen éthre

jiamé contrevenouk à ton commandemeinn, é tou m'a jiamé donna on tzchiévré po me

jamés contrevenu-c a ton comandement, et tu m'âs jamés donâ un chevrél por mè

rézouïk avoué mou j'amik.

rejouyir avouéc mos amis-c.

Mâ ko ton féss kè voilà, ko l'a avouk minzia tot chon binn avoué de fenne

Mas com' ton felys que vê-lé, quâl at avu-c mengiê tot son ben avouéc des fènes

débouchiéïe, è revenouk, t'a fé touâ oun vé gras por glhik.

dèbôchiêyes, est revenu-c, t'âs fêt tuar un vél grâs por lui-c.

É chon pâre li a détt : Moun féss, t'é tozor avoué mè, é tot chein ké i'é, è t'à tè.

Et son pâre lui at dét : Mon felys, t'és tojorn avouéc mè, et tot cen que y'é, est a tè.

Mâ é falliéve binn fére oun festinn é chè rézouié, po cheinn kè ton frâre kè voilà, l'ire

Mas il falyéve ben fére un fèstin et sè rejouyir, por cen que ton frâre que vê-lé, il ére

mort é k'él è revenouk à la viâ, él ire perdouk, é él è retrovâ.

môrt et qu'il est revenu-c a la via, il ére pèrdu-c, et il est retrovâ.



IV

Patois d'Evoléna (vallée d'Hérens, Valais)


Uon hommo avek dau fiss.

Un homo avêt-c doux filys.

Li plou zoveno dé dau, ditti à chon parre : Moun parre, bailli-me chen que deck me veni de

Le ples joueno des doux, dit a son pâre : Mon pâre, balyéd-mè cen que dêt-c mè venir de

vouthri bin. Et li parre lau j'a faiti lo partazo de chon bin.

vouthro ben. Et le pâre lui z-at fêt lo partâjo de son ben.

Quâque zo apré, li fiss li plou zoveno, qui aveck ramachâ tot chen qu'i aveck

Quârques jorns aprés, le filys le ples joueno, que avêt-c ramassâ tot cen qu'il avêt-c

è th'allâ loin ein oun pahik ethrange, et lé i a mingia tot chon bin ein menain ouna via

esth alâ luen en un payis-c èthrangier, et lé il at mengiê tot son ben en menent una via

débauchaï.

dèbôchiêye.

Apré qu'il ou tot despenchâ, e venouk ouna grôcha famina en ché mîmo pahik et i l'a

Aprés qu'il ut tot dèspensâ, est venu-c una grôssa faména en cél mémo payis-c et il at

comminchia d'êthre den la michjeri.

comenciâ d'éthre dens la misère.

I ch'en alla donki au chervicho d'oun dé z'habitain de chi pahik, qui l'a cogna den cha

Il s'en alat donque u sèrviço d'un des habetents de cél payis-c, que l'at cognê dens sa

michjon de la campagni po allâ vouardâ lé caïon.

mêson de la campagne por alar gouardar les cayons.

Et lé, i l'oure ithâ prau countain de mingié de reschine que mingevon li poissi ma gnion

Et lé, il urêt étâ prod content de mengiér de ràcénes que mengiêvont les puercs mas nion

li en baillevon.

lui en balyêvont.

A la fin quant i l'a cognouk cha fauta, i l'è rintrâ en che mîmo, i ditti : Vouero y a-t-i de

A la fin quand il at cognu-c sa fôta, il est rentrâ en sè-mémo, il dit : Gouéro y at-il de

chervitau à gazo avoué moun parre, qui an plou de pan qu'i lau en fatti ; et io, io mouro

sèrvitors a gâjo avouéc mon pâre, qu'ils ant ples de pan qu'il lor en fôt ; et yo, yo môro

chillia de fan.

cé-lé de fam.

I me faut parti po allâ trovâ lo parre, et io voué li dire : Moun parre, io e petschia contre

Il mè fôt partir por alar trovar lo pâre, et yo vuel lui dére : Mon pâre, yo é pêchiê contre

lo chiel et contre vo.

lo cièl et contre vos.

Et io ché pa mi digno d'êthre appelâ vouthri fiss ; tretâ me comme l'on de vo chervitau

Et yo su pas més digno d'éthre apelâ vouthro filys ; trètâd-mè come l'un de vos sèrvitors

que vo paëssi.

que payéds.

Et adon, e partek, et è th'allâ trovâ chon parre. Et quant'i l'ire encor bin loin, chon parre

Et adonc, il partét-c, et esth alâ trovar son pâre. Et quand il ére oncor ben luen, son pâre

l'aperchouk et en e j'ouk tochi de compachion ; et courrain à louik, l'a embrachia.

l'apèrcut-c et en est z-yu-c tochiê de compassion ; et corent a lui-c, l'at embraciê.

Et chon fiss li a ditti : Moun parre, io e petschia contre lo chiel et contre vo, et io ché pa mi

Et son filys lui at dét : Mon pâre, yo é pechiê contre lo cièl et contre vos, et yo su pas més

digno d'êthre appelâ vouthri fiss.

digno d'éthre apelâ vouthro filys.

Mâ li parre, ditti à chon chervitau : Couësche-vo de me portâ lo plou biau perpouin et

Mas le pâre, dit a son sèrvitor : Couèthâd-vos de mè portar lo ples biô perpouent et

mette-lo à moun fiss, et mette-li topari ouna verzetta au dek et de botte è pia.

metéd-lo a mon filys, et metéd-lui tot-pariér una vèrgèta u dêgt et des botes ux pieds.

Amenâ topari foura lo vé engraschia et bauche-lo ; minzein et fagien bonna cheri.

Amenâd tot-pariér fôra lo vél engrassiê et bouchiéd-lo ; mengens et fasens bôna chiére.

Potchen que moun fiss, qui vo vede, ire mor, i l'è ressouscitâ, il ire perdouck ; ora io l'é

Por cen que mon filys, que vos vêde, ére môrt, il est rèssuscitâ, il ére pèrdu-c ; ora yo l'é

tornâ trovâ. I comminchevon de mingié.

tornâ trovar. Ils comenciêvont de mengiér.

Mâ quan li primié dé fiss qu'ire pè le zan e j'ouk tornâ pré de la michjon,

Mas quand le premiér des filys qu'ére per les champs est z-yu-c tornâ prés de la mêson,

i a avouik lo train dé dansse.

il at aoui-c lo tren des dances.

Adon i l'appela l'oun dé domestiko de la michjon et li demanda chen qui l'é avek et chen

Adonc il apelat l'un des domèsticos de la mêsons et lui demandat cen qu'il y avêt-c et cen

qu'i l'ire.

qu'il ére.

Li valetti li a refondouk : Vouthri frari e tornâ et li vouthri parre i'a bauchia lo

Le vâlèt lui at rèphondu-c : Vouthro frâre est tornâ et lé vouthro pâre il at boucheyê lo

vé grâ, potchen qu'i l'a trovâ en bonna chendâ.

vél grâs, por cen qu'il l'at trovâ en bôna sàndât.

Chen lo metti en coleri, i voleck pa intrâ ; mâ li parre e chaillek, et l'a pria d'intrâ.

Cen lo metéd en colère, il volét-c pas entrâ ; mas le pâre est salyi-c, et l'at preyê d'entrar.

Chou chen i'a prek la parola, i ditti à chon parre : Depouek tant de tein que io vo schervo,

Sur cen il at prês-c la parola, il dit a son pâre : Depués-c tant de temps que yo vos sèrvo,

io vo j'ié jiammi déjobéhek et vo m'aï jiammi baillia oun zevrek po m'amouzâ avoué

yo vos é jamés dèsobeyi-c et vos m'éd jamés balyê un chevrél-c por m'amusar avouéc

mé chj'iamik.

mes amis-c.

Mâ auchito que l'atri dé fiss e tornâ, qui a mingia tot chon bin avoué de

Mas asset-tout que l'ôtro des filys est tornâ, qu'il at mengiê tot son ben avouéc des

femele perdoué, vo z'aï bauchia oun vé grâ por louik.

femèles pèrdues, vos éd bouchiéd un vél grâs por lui-c.

Li parre loui a refondouk : Mon fiss, tou e tozo avoué me, et to schen que io é,

Le pâre lui at rèphondu-c : Mon filys, tu est tojorn avouéc mè, et tot cen que yo é,

è th'à te.

est a tè.

I fallek faire lo festin et no rezoye, potchen que toun frari que tou vek, ire mor, et

Il falêt-c fére lo fèstin et nos rejouyir, por cen que ton frâre que tu vês-c, ére môrt, et

i l'è tornâ en via, i l'ire perdouk, et io l'é tornâ trovâ.

il est tornâ en via, il ére pèrdu-c, et yo l'é tornâ trovar.



V

Patois de Vétroz (Bas-Valais)


On hommo l'avai dou matton.

Un homo 'l avêt doux matons.

Lo pfe dzouveno l'a de à papa : Papa, badhe-mè mon drai de bein ke mè veint. Et lo pâre

Lo plles joueno 'l at dét a papa : Papa, balye-mè mon drêt de ben que mè vint. Et lo pâre

liei partadze lo bein.

lui partagiét lo ben.

Et trai quatro dzo apri, lo pfe dzouveno, quand l'a zu tot ramacho, l'è partai por

Et três-quatro jorns aprés, lo plles joueno, quand 'l at z-yu tot ramassâ, 'l est parti por

allâ à l'étrandjai, et l'a tot peko en fasai bamboche.

alar a l'ètrangiér, et 'l at tot pecâ en fasent bamboche.

Quand l'a z'u tot peko, l'arrevo onna famena dein cé endrai, et s'è trovo dein la

Quand 'l at z-yu tot pecâ, 'l arrevat una famena dens cél endrêt, et s'est trovâ dens la

misére avoué pas mi rein.

misère avouéc pas més ren.

Adon l'è partai por allâ valet vè on hommo dè cé pahi, qué l'a assuéria por ître

Adonc 'l est parti por alar vâlèt vers un homo de cél payis, que l'at assuriê por étre

porquier.

porchiér.

Et sarai z'u bein conteint dè meindji lè rî que lè caïons meindjivon ; mi nion ne

Et serêt z-yu ben content de mengiér les réds que les cayons mengiêvont ; màs nion ne

li ein baillivè.

lui en balyêve.

Adon sè mousavè et desai : Vouéro l'y ein a-t-e vè lo pâre que l'on dè pan tant khe

Adonc sè musâve et desêt : Gouéro y en at-il vers lo pâre qu'il ont de pan tant que

veullhon ; et io, nou craivo dè fan.

vôlont ; et yo, nos crèvo de fam.

Mè leivérai et nou partérai vè lou pâre, et i'ei dirai : Mon pâre, n'î pétschia contre lo ciel

Mè leveré et nos partiré vers lo pâre, et ye lui deré : Mon pâre, nos é pêchiê contre lo cièl

et contre tè.

et contre tè.

Et vaut pas mi la peinna que tou mè dijèsse ton matton ; tratta-mè coumein ion de ton valet.

Et vâlt pas més la pênna tu mè desésses ton maton ; trèta-mè coment yon de tos vâlèts.

Adon l'è partai, et l'è venu vè son pâre. Et coumein l'eirè onco loin, son pâre l'a

Adonc 'l est parti, et 'l est venu vers son pâre. Et coment 'l ére oncor luen, son pâre l'at

iu, et l'a z'u pedja dè lui, et l'a galoppo vè lui et l'a serra pè lo cou po lo bijié.

viu, et 'l at z-yu pediêt de lui, et 'l at galopâ vers lui et l'at sarrâ per lo côl por lo bèsiér.

Et son matton l'y a dè : Mon pâre, n'i pétschia contre lo ciel et contre tè, et vaut pas mi

Et son maton lui at dét : Mon pâre, nos é pêchiê contre lo cièl et contre tè, et vâlt pas més

la peinna que tou mè dijesse ton matton.

la pênna que tu mè desésses ton maton.

Mî lo pâre l'a dè à son valet : Apportâ la pfe balla mousse et mettè-la-liei, et

Màs lo pâre 'l at dét a son vâlèt : Aportâd la plles bèla mousse et metéd-la-lui, et

mettè-liei onna verdzetta u dei et dei bottè u pia.

metéd-lui una vèrgèta u dêgt et des botes ux pieds.

Et menâ on vé grâ et étrandhâ-lo ; et meindzein et redzuyein-no ;

Et menâd un vél grâs et ètrangllâd-lo ; et mengens et rejouyens-nos ;

Parce kè lo matton que no contâvo mo, l'è torno, l'eirè perdu et nou l'i trovo.

Perce que lo maton que nos contâvo môrt, 'l est tornâ, 'l ére pèrdu et nos l'é trovâ.

Et l'on commeincia à sè redzouyi.

Et l'on comenciét a sè rejouyir.

Mî lo pfe vieux di matton que l'eirè travailli, l'è venu et quand l'è z'u protzo

Màs lo plles viely des matons qu'il ére travalyér, 'l est venu et quand 'l est z-yu prôcho

dè maïson, l'a auhi tzantâ et danfié.

de mêson, 'l at aoui chantar et danciér.

Et l'a khèrio ion di valet et l'y a dè : Kiè l'y a-t-e ?

Et 'l at criâ yon des vâlèts et lui at dét : Què y at-il ?

Et lo valet l'y a dè. Lo frarè l'è venu, et lo pâre l'a boutschia on vé grâ parce kè

Et lo vâlèt lui at dét : Lo frâre 'l est venu, et lo pâre 'l at boucheyê un vél grâs perce que

l'a trovo en bounna santé.

l'at trovâ en bônna santàt.

Mî l'a z'u radze et n'a pas voulu allâ dedein. Adon lo pâre l'è sortai et l'y a de dè

Màs 'l at z-yu rage et n'at pas volu alar dedens. Adonc lo pâre 'l est sorti et lui at dét de

veni dedein.

venir dedens.

Mî l'a repondu à son pâre : L'y a tant dè z'ans que nou travadho à maïson, sein avai

Màs 'l at rèpondu a son pâre : il y at tant des ans que nos travalyo a mêson, sen avêr

jami rein fi que cein que te m'a coumando, et tou m'a jami bailla on tzevrei po fire

jamés ren fêt que cen que te m'âs comandâ, et tu m'âs jamés balyê un chevrél por fére

ribotta avoué mè z'amis.

ribota avouéc mes amis.

Mî quand ton matton que l'a tot meindja son bein avoui lè puté l'è torno, t'a fé

Màs quand ton maton qu'il at tot mengiê son ben avouéc les putes 'l est tornâ, t'âs fêt

boutschi on vé gras por lui.

bouchiér on vél grâs por lui.

Et son pâre l'y a dè : Mon matton, t'é touti avoui mè, et tot cein kè n'i l'è à tè.

Et son pâre lui at dét : Mon maton, t'és totés avouéc mè, et tot cen que nos é 'l est a tè.

Fadhivè bein faire ribotta et sè rédzouyi, parce kè ton frarè l'eirè mo et l'a torno vivre ;

Falyéve ben fére ribota et sè rejouyir, perce que ton frâre 'l ére môrt et 'l at tornâ vivre ;

l'eirè perdu, et l'è torno trovo.

l'ére pèrdu, et 'l est tornâ trovar.



VI

Patois de Sembrancher (Val d'Entremont, Valais)


On homo avé dou boubo.

Un homo avêt doux bouèbos.

Lo pié zeuveno dit à son pire : Mon pire, baillez-me la porson du bin que dait me

Lo plles joueno dit a son pére : Mon pére, balyéd-mè la porcion du ben que dêt mè

revenir ; et lo pire leu fit lo partiazo de son bin.

revenir ; et lo pére lui fit lo partâjo de son ben.

Pou de zo apri, lo pié zoveno di dou boubo, apri avai amassô tot cein

Pou de jorns aprés, lo plles joueno des doux bouèbos, aprés avêr amassâ tot cen

que l'avé, parti po voyazer dein on paï étranzet, io ié l'a tot meza son bin ein éssès

qu'il avêt, partét por voyagiér dens un payis ètrangiér, yô il at tot megiê son ben en èxcès

et ein débauches.

et en dèbôches.

Apri que l'a z'u tot dépensô, ié l'arrovo ona grossa famena dein scé paï-li ; et

Aprés qu'il at z'yu tot dèpensâ, il arrevat una grôssa famena dens cél payis-lé ; et

commença à ître dein la necessitô.

comenciét a étre dens la nècèssitât.

Adon ié s'ein allô et s'è mettu u servisso d'on di z'habiteins de scé paï que l'a envoïa à

Adonc il s'en alat et s'est metu u sèrviço d'un des habetents de cél payis que l'at envoyê a

sa maïson di tzan por vouarda li caïons.

sa mêson des champs por gouardar les cayons.

Ié l'aré volu (ou souhaitô) eimpli son veintro di doufles que li caïons mezevan ; mi

Il arêt volu (ou souhètâ) emplir son ventro des dôrces que les cayons megiêvont ; màs

niou gli ein baillivan.

nion lui en balyêvont.

Apri que l'è z'u reintrô ein glui-mîmo, ié dit : Vouiro y a-t-è de serveteurs à gazo dein la

Aprés qu'il est z-yu rentrâ en lui-mémo, il dit : Gouéro y at-il de sèrvitœrs a gajo dens la

maïson de mon pire que l'an de pan tant que n'ein veûlont, et io mouro de fan scégliate.

mêson de mon pére qu'ils ant de pan tant que nen vœlont, et yo môro de fam cé-lé-outre.

Me faut de ci pas m'ein allâ trovâ mon pire et li dere : Mon pire l'i petza contre lo

Mè fôt de cél pâs m'en alar trovar mon pére et lui dére : Mon pére l-é pêchiê contre lo

ciel et contre vô.

cièl et contre vos.

Et ié sais pas mi digno d'ître appelô voutro boubo ; trettâ-mè commein ion di valets que

Et ye su pas més digno d'étre apelâ voutro bouèbo ; trètâd-mè coment yon des vâlèts que

sont à voutro gazo.

sont a voutro gajo.

Ié l'è parti et s'ein vin trovâ son pire. Quan ié l'ére onco bien glioin, son pire l'a apparçu

Il est parti et s'en vint trovar son pére. Quand il ére oncor bien luen, son pére l'at apèrçu

et l'è z'u totza de compachon ; et galoppa ver glui, sè zetta à son cou et lo baisa.

et 'l est z-yu tochiê de compassion ; et galopat vers lui, sè jetat a son côl et lo bèsiét.

Et son boubo li dit : Mon pire, ié l'i petza contre lo ciel et contre vô, et sais pas mi

Et son bouèbo lui dit : Mon pére, ye l-é pêchiê contre lo cièl et contre vos, et su pas més

digno d'ître nommo voutro boubo.

digno d'étre nomâ voutro bouèbo.

Adon lo pire dit à si serveteurs : Apportâ vito la pié bella roba et habeillez-lo

Adonc lo pére dit a ses servitœrs : Aportâd vito la plles bèla roba et habelyéd-lo

et mette-li ona bagua u dai et de bottè à si pia.

et metéd-lui una baga u dêgt et des botes a ses pieds.

Menâ on vé gras et tuiâ-lo ; fîsain on bon denâ et redzouïen-nô.

Menâd un vél grâs et tuâd-lo ; fesens un bon denâ et rejouyens-nos.

Porcein que mon boubo, que vô vaide scé, l'ére mort, ié l'è ressuscitô ; ié l'ère pardu, et

Por cen que mon bouèbo, que vos vêde cé, 'l ére môrt, il est rèssuscitâ ; il ére pèrdu, et

ié l'è rétrovô. Ié commeincheran don à fire on grand denâ.

il est retrovâ. Ils comenciéront donc a fére un grand denâ.

Portan lo pié vieu di boubo que l'ére i tzan revin, et quan ié l'a itô protzo de

Portant lo plles viely des bouèbos qu'il ére ux champs revint, et quand il at étâ prôcho de

la maïson, ié l'a avoui lo son di z'instrumeins et lo bri de glieu que dansevan.

la mêson, il at aoui los sons des enstruments et lo bruit de celœr que danciêvont.

Ié fit venir on di domestiques et glui a demandô cein que l'ére.

Il fit venir un des domèsticos et lui at demandâ cen que 'l ére.

Lo domestique li repondit : Ié l'è que voutro frére è revenu, et voutro pire a tiô on

Lo domèstico lui rèpondét : Il est que voutro frére est revenu, et voutro pére at tuâd un

vé gras, porcein que l'a retrovô ein bonna santé.

vél grâs, por cen que l'at retrovâ en bôna santàt.

Cein lo l'a einraza et ne volé pas eintrâ ; mi son pire alla feûra po lo preïer d'eintrâ.

Cen lo l-at enragiê et ne volêt pas entrar ; màs son pére alat fœra por lo preyér d'entrar.

Cice commeincha à preindre la parola et li dit : Y a za tant d'an que iô vô sêrvo,

Cél-ce comenciét a prendre la parola et lui dit : Y at ja tant d'ans que yo vos sèrvo,

et vô z'i toti fi à command, et portan vô m'ai jamais bailla on tzevri por me redzouïé

et vos é totés fêt a comand, et portant vos m'éd jamés balyê un chevrél por mè rejouyir

avoui mi z'amis.

avouéc mes amis.

Mi setoût que l'âtro di boubo, qui a meza tot son bin avoui de femalles parduiè,

Màs setout que l'ôtro des bouèbos, qu'il at megiê tot son ben avouéc des femèles pèrdues,

l'è venu, vô z'ai tiô po glui on vé gras.

'l est venu, vos éd tuâ por lui un vél grâs.

Lo pire dit : Mon boubo vô z'îtes toti avoui mè et tot cein que l'i è-t-â vô.

Lo pére dit : Mon bouèbo vos éte totés avouéc mè et tot cen que l-é est a vos.

Mi ié falive bin fire on denâ et nô rezouier, porcein que voutro frére que l'è scéglia

Màs il faléve ben fére un denâ et nos rejouyir, por cen que voutro frére qu'il est cé-lé

l'ére mort et ié l'è ressuscitô, ié l'ére pardu et ié l'è retrovô.

'l ére môrt et il est rèssuscitâ, il ére pèrdu et il est retrovâ.



XXIX


Patois du Val d'Illiez (Valais)

version fautive selon Frankhauser, qui en donne une plus exacte p. 187ss


Oun hommo avâ dou megnots.

Un homo avêt doux megnâts.

Et le pthe dzouveno de à son pâre : Mon pâre, bailli-me ma pâ d'éretadzo. Ainsi le pâre

Et le plles joueno dit a son pâre : Mon pâre, balyéd-mè ma pârt d'héretâjo. Ensé le pâre

lei y a partadzia son boain.

lui at partagiê son ben.

Quaque dzeu apré, le pthe dzouveno, quand l'a tot z'u ramasso, é l'è partei et l'è

Quârques jœrns aprés, le plles joueno, quand 'l at tot z'yu ramassâ, il est parti et 'l est

allo dein on paï éloignia ; et l'a tot meindia son boain ein menaint crouïe conduite.

alâ dens un payis èluegnê ; et 'l at tot mengiê son ben en menent crouye conduite.

Quand l'a z'u tot dépeinso, l'è veneu ouna granda famena dein cé paï-li ; et l'a

Quand 'l at z'yu tot dèpensâ, 'l est venu una granda famena dens cél payis-lé ; et 'l at

quemincia d'être dein la misère.

comenciê d'étre dens la misère.

Adon é l'è partei et s'è beto u servuiço dé on dé z'habitein du paï que l'a einvohia

Adonc il est parti et s'est betâ u sèrvico de un des habetents du payis que l'at envoyê

su sè terrè ein tzan ès caïons.

sur ses tèrres en-champ ux cayons.

Et l'arai bin vesu mindzi lou tzercot que lou caïons mindzivont, mais nion n'ein vesa

Et l'arêt ben volyu mengiér los chèrcots que los cayons mengiêvont, màs nion n'en volyêt

bailli.

balyér.

Adon l'a peinso et le s'è de : Vouéro y a-t-e de dzein u servuiço de mon pâre, que l'ont

Adonc 'l at pensâ et il s'est dét : Gouéro y at-il de gens u sèrviço de mon pâre, qu'ils ont

du pan ein abondance, et me craivo de fan.

du pan en abondance, et mè crèvo de fam.

Me lévèrâ et m'ein irâ trovo mon pâre, et la derâ : Mon pâre, i pétchia contre

Mè leveré et m'en iré trovar mon pâre, et lui deré : Mon pâre, ye pêchié contre

le bon Diu et contre veu.

le bon Diô et contre vœs.

Et é ne sâ pas mi digno d'être appello voutron fi ; tretto-me quemein on de

Et é ne su pas més digno d'étre apelâ voutron fily ; trètâd-mè coment un de

voutri domestiques.

voutros domèsticos.

Alo é l'è partei et veneu vê son pâre. Et quemein l'ire onco loin, son pâre l'a iu et

Alor il est parti et venu vers son pâre. Et coment l'ére oncor luen, son pâre l'at viu et

l'ein d'a j'u pedhia ; et l'a correi contre louei, et s'è dzeto à son cou et l'a bijia.

l'end at z-yu pediêt ; et 'l at coru contre lui, et s'est jetâ a son côl et l'at bèsiê.

Et son pairo lei y a de : Mon pâre, i pétchia contre le ciel et contre veu, et é sâ pas mi

Et son pouro lui at dét : Mon pâre, ye pêchié contre le cièl et contre vœs, et é su pas més

digno d'être appello voutron pairo.

digno d'étre apelâ voutron pouro.

Mé le pâre a de à sou domestiques (ou vâlets) : Apporto le pthe biau cottain et beto-la-le,

Màs le pâre at dét a sos domèsticos (ou vâlèts) : Aportâd le ples biô cotin et betâd-lui-le,

et beto-la na verdzetta u dâ et de lè bottè ès pias.

et betâd-lui na vèrgèta u dêgt et de les botes ux pieds.

Et ameno on vé gra et touo-lo ; meindzin-lo et redzeuïein-neu.

Et amenâd un vél grâs et tuâd-lo ; mengens-lo et rejouyens-nœs.

Parce que mon megnot, que l'è ce, et que me mousâvo que l'ire mô, l'è torno en via ;

Perce que mon megnât, qu'il est ce, et que mè musâvo que l'ére môrt, 'l est tornâ en via ;

é l'ire perdu, mé l'i retrovo.

il ére pèrdu, màs l'é retrovâ.

Mé le premi de sou megnots que travaillive ein la campagne, l'è torno, et quemein

Màs le premiér de sos megnâts que travalyéve en la campagne, 'l est tornâ, et coment

l'approtschive de la mison (ou de l'ottau), l'eintenda lou tzan et la danse.

'l aprochiêve de la mêson (ou de l'hotâl), 'l entendét los chants et la dance.

Et l'a crio on dé domestiques à cau l'a démando qu'è-t-e que l'ire.

Et 'l at criâ un des domèsticos a quâl 'l at demandâ qu'est-il qu'il ére.

Et le domestique lei y a de : Ton frâre è torno, et ton pâre l'a touo on vé gra, parce que

Et le domèstico lui at dét : Ton frâre est tornâ, et ton pâre 'l at tuâ un vél grâs, perce que

l'a trovo ein bouna santé.

l'at trovâ en bôna santàt.

Mé s'è beto ein avoi doua, et n'a pas vesu allo dedein. Adon son pâre è sortei

Màs s'est betâ en avêr duely, et n'at pas volyu alar dedens. Adonc son pâre est sorti

et l'a preya d'eintro.

et l'at preyê d'entrar.

Mé l'a répondu à son pâre : Voilà, lei y a tant d'an que vo z'i servei, sein vo z'avâi jami

Màs 'l at rèpondu a son pâre : Vê-lé, il y at tant d'ans que vos é sèrvi, sen vos avêr jamés

désobahia, et vo ne m'â jami bailla on tzevrei po me redzeuyi (ou déverti)

dèsobeyi, et vos ne m'éd jamés balyê un chevrél por mè rejouyir (ou divèrtir)

avoué mou z'amains.

avouéc mos amis.

Mé quand voutron megnot è reveneu, qui a tot meindia son boain avoué de lè crouïè

Màs quand voutron megnât est revenu, qu'il at tot mengiê son ben avouéc de les crouyes

fennè, vo z'â fi tuo on vé gra por louei.

fènes, vos éd fêt tuar un vél grâs por lui.

Et son pâre lei y a de : Mon pairo, t'é todzo avoué me, et tot cein que i è por te.

Et son pâre lui at dét : Mon pouro, t'és tojorn avouéc mè, et tot cen que y'é est por tè.

Mé fasâ bin fére on fricot po se redzeuyi, parce que ton frâre, que l'è inthie, é l'ire

Màs falyêt ben fére un fricot por sè rejouyir, perce que ton frâre, qu'il est inque, il ére

mo et l'è retorno ein via ; é l'ire perdu et ne l'in retrovo.

môrt et l'est retornâ en via ; il ére pèrdu et nœs l'ens retrovâ.




VII

Patois de Gryon (Vaud)


On homo avaî dou valet.

Un homo avêt doux vâlèts.

Lo pllhie dzouveno deja à son peiré : Mon peiré, baillhe-mé la part dé bein que me daî veni ;

Lo plles joueno desêt a son pére : Mon pére, balye-mè la pârt de ben que mè dêt venir ;

et lo peiré llhieur partadja son bein.

et lo pére lyœr partagiét son ben.

Quauquié dzor après quand lo dzouveno daî valet u tot ramassâ, é s'ein alla à l'étrandji

Quârques jorns aprés quand lo joueno des vâlèts ut tot ramassâ, il s'en alat a l'ètrangiér

iau l'é que meindja tot cein que l'avaî ein vivein dein la crapula.

yô il est que mengiét tot cen que l'avêt en vivent dens la crapula.

Après que l'u tot dépeinsâ, onna granta famena survein dein cé paï et sé trova dein

Aprés qu'il ut tot dèpensâ, una granta famena survent dens cél payis et sè trovat dens

onna granta misèré.

una granta misère.

Adon é l'alla sé bouetâ u serviço de l'on dei z'habitein du paï que l'einvoïa dein sé

Adonc il alat sè betar u sèrviço de l'un des habétents du payis que l'envoyét dens ses

terré por vouardâ lou caïons.

tèrres por gouardar los cayons.

Et l'are bein vollhiu meindji à sa fan daî gorfé que lou caïons meindjivon, mais nion ne laî

Il arêt ben volyu mengiér a sa fam des gorfes que los cayons mengiêvont, màs nion ne lui iein baillhivé.

en balyêve.

Adon é reintra ein lui-mêmo ein sé mouesein : Vouèro ne laî ia- t -é pas d'ovraî tchi mon

Adonc il rentrat en lui-mémo en sè musent : Gouéro ne lé y at-il pas d'ovriér chiéz mon peiré qu'ont du pan tant que volon, et mé, mé faut moueri de fan cé ?

pére qu'ont du pan tant que vôlont, et mè, mè fôt morir de fam cé ?

Je voaî tornâ vers l'otô dé mon peiré et ie laî deraî : Peiré, i'é pétcha contré le bon Diu

Je vuel tornar vers l'hotâl de mon pére et ye lui deré : Pére, y'é pêchiê contre le bon Diô et contré té.

et contre tè.

Je ne saî pas mê digne d'éitré appellâ ton valet, traita-mé quemein l'on de tou domestico.

Je ne su pas més digno d'étre apelâ ton vâlèt, trèta-mè coment l'un de tos domèsticos.

E parti don por allâ vers son peiré ; et quemein l'étaî ancora bein loin, son peiré le ve

Il partét donc por alar vers son pére ; et coment il étêt oncora ben luen, son pére le vit

veni et ein u pedia, et correin u dévant dé lui, s'arrotcha à son cou et le baija.

venir et en ut pediêt, et corent u devant de lui, s'arrochiét à son côl et le bèsiét.

Mais le valet laî deja : Mon peiré, i'é pétcha contré le bon Diu et contré té ; ie ne saî pas

Màs le vâlèt lui desêt : Mon pére, y'é pêchiê contre le bon Diô et contre tè ; ye ne su pas mê digne d'eitré appellâ ton valet.

més digno d'étre apelâ ton vâlèt.

Mais le peiré de à sou domestico : Apportâ la pllhie balla roba et metté-la lâi, metté-laî

Màs le pére dit a sos domèsticos : Aportâd la plles bèla roba et metéd-la-lui, metéd-lui

onna bagua u daî et dei botté ès pia.

una baga u dêgt et des botes ux pieds.

Amenâ-mé le vé gras et touadé-lo et no farein onna granta fêta ein lo meindzein.

Amenâd-mè le vél grâs et tuâde-lo et nos farens una granta féta en lo mengient.

Pasquié mon valet, que veteinquié, iré mort et que l'é ressuscitâ, l'étaî perdu et lé

Perce que mon vâlèt, que vê-t-inque, ére môrt et qu'il est rèssuscitâ, il étêt pèrdu et il est

retrovâ. Et quemeinhiron à fêtehi.

retrovâ. Et comenciéront a féteyér.

Mais quemein l'anhian dei valets, qu'iré u travô daî tsan, reintrâvé et

Màs coment l'ancian des vâlèts, qu'ére ux travâlys des champs, rentrâve et

que l'approtchivé dé l'otô, fut tot ébahi d'ouré tsantâ dei tsanfon et la bruison

qu'il aprochiêve de l'hotâl, fut tot èbayi d'aoure chantar des chançons et la bruison

dé la danfé.

de la dance.

L'appaîlé on domestico por laî démandâ cein qu'i en étaî.

Il apelat un domèstico por lui demandar cen qu'il en étêt.

Lo domestico laî de : Ton fraré est réveneu et ton peiré a boutséia le vé gras pasquié

Lo domèstico lui dit : Ton frâre est revenu et ton pére a boucheyê le vél grâs perce que

l'a rétrovâ san et sauvo.

l'at retrovâ san et sôvo.

Mais le valet sé corrohia gros et ne volaî pas eintrâ, et son peiré étein veneu foer le préia

Màs le vâlèt se corrociét grôs et ne volêt pas entrar, et son pére étent venu fôr le preyér

d'eintrâ.

d'entrar.

Mais le valet répondaî en desein à son peiré : Veteinquié, laî ia tant d'anâïé que ie té

Màs le vâlèt rèpondét en desent a son pére : Vê-t-enque, lé y at tant d'anâyes que ye tè

servo sein que jamé ie t'ausso désobéi ein rein, et portant te ne m'â pi jamé bailla on

sèrvo sen que jamés ye t'usso dèsobeyi en ren, et portant te ne m'âs jamés balyê un

tsevri por féré onna réjouissance avoué mou z'amis.

chevrél por fére una rèjouyéssance avouéc mos amis.

Mais quand sticé, ton valet, révint après avaî meindja tot son bein avoué dei fenné dé

Màs quand ceti-cé, ton vâlèt, revint aprés avêr mengiê tot son ben avouéc des fènes de

rein, t'â fé touâ le vé gras por lui.

ren, t'âs fêt tuar le vél grâs por lui.

Et son peiré laî de : M'n'einfan, t'â todzor itâ avoué mé et tot cein que i'é est à té.

Et son pére lui dit : Mon enfant, t'âs tojorn étâ avouéc mè et tot cen que y'é est a tè.

Ne fallhiai-te pas féré onna fêta et sé rédzoï diquié sticé, ton fraré, iré mort et que l'é

Ne falyêt-il pas fére una féta et sè rejouyir dês que ceti-cé, ton frâre, ére môrt et qu'il est

ressuscitâ ; que l'iré perdu et que l'é rétrovâ ?

rèssuscitâ ; qu'il ére pèrdu et qu'il est retrovâ ?



XXIV

Patois de Valangin (Neuchâtel), due à Georges Quinche, traduction libre


S'vo z'ai djamâ oï éna balla histoire q'fasse quasi a piorâ, mado, c'est sla qu'i

Se vos éd jamés aoui una bèla histouère que fasse quâsi a pllorar, madô, c'est cela qu'ye

vouai vo racontâ, tant bin que porri.

vuel vos racontar, tant ben que porré.

L'y avé on viâdge on monsieu qu'avé do bai djouvenn' valets, gros doucils, gros

Il y avêt un viâjo un monsior qu'avêt doux béls jouenos vâlèts, grôs docilos, grôs

d'façon. Le pére étai reutche, é l'avan tu la santâ, en sorte qu'é l'éran poui être

de façon. Le pére étêt recho, ils avant tôs la santât, en sôrta qu'ils érant pués étre

gros beurnâ.

grôs bœr-nâs.

Mâ, vo sâtet, à stu monde é faut qu'é l'y aye adé quauque racrot.

Mas, vos sâde, a ceto mondo il fôt qu'il y èye adés quârque racroc.

Le piet djouveunn' de steu boûbe oû évite de s'é d'allâ, pinsse bin qu'é s'éno-îve à

Le plles joueno de cetos bouèbos ut ènvéde de s'ènd alar, penses ben qu'il s'ènnoyêve a

l'otau ; alors de célaique, on djor q'son pére étai contet, djo-ieu, qmet d'avzi,

l'hotâl ; alor de cèn-lé-que, u jorn que son pére étêt contènt, jouyœx, comènt d'avisiér,

é s'metta à lli dire :

il sè metat a lui dére :

"Pére, sé vo pié, é vo faut m'bailli cet qu'i ai à préteddre à voûtre heurtance."

"Pére, se vos pllét, il vos fôt mè balyér cèn que y'é a prètèndre a voutra héretance".

Et l'est pru sur que l'poûr pére foû gros terbi quan é l'o-ia stu discours, et poui

Et il est prod sûr que le pouro pére fut grôs tourbi quand il aouét ceto discors, et pués

qu'é l'éré bin vlu dire na. Mâ é ne vla pâ contreleyî, et lli bailla son dré.

qu'il àrêt ben volu dére nan. Mas il ne volêt pas contreyér, et lui balyét son drêt.

Du stou qu'é l'oû s'n ardget, é dsa adieusivo, s'é d'alla, et poui cet foû bon.

Dês setout qu'il ut son argènt, il desét adiô-séd-vos, s'ènd alat, et pués cèn fut bon.

L'djouv'n homme s'é d'alla gros liouain, et n'étai pâ à l'âdge ivouët on an-me à réparmâ ;

Le joueno homo s'end alat grôs luen, et n'étêt pas a l'âjo yô on âme a r-èparmar ;

é l'avé d'l'ardget et poui é l'an-mâve gros à correyi.

il avêt de l'argènt et pués il amâve grôs a correyér (= s'amusar, corratar).

Et s'amouésa taulamet à corre de fian et d'autre, à baire, à m'dgî avoué det fennet,

Et s'amusat tâlamènt a corre de fllanc et d'ôtro, a bêre, a megiér avouéc des fènes,

à régâlâ let z'amis, à faire let cent coû, que l'tchavon lli vinia ; bintoû é n'oû piet ret,

a regalar les amis, a fére les cent côps, que le chavon lui vegnét ; bentout il n'ut plles rèn,

et poui cet foû bon.

et pués cèn fut bon.

Quan é n'oû piet pâ on crutche, adsivo let z'amis, é vriret let talons qmet

Quand il n'ut plles pas un crutse, ade-séd-vos les amis, èn verènt les talons comènt

d'avzî ; bintoû é n'soû piet de quîn-ne tcheveuille étordre.

d'avisiér ; bentout il ne sut plles de quina chevelye èntôrdre.

Et poui é vo faut craire que djustamet adon le tchâ tin eqminça det le paï. Cet

Et pués il vos fôt crêre que justamènt adonc le chôd-temps comenciét dèns le payis. Cen

s'racontrâve gros mau, mâ c'été deisse, d'façon qu'é lli foû force d'allâ démandâ

sè rèncontrâve grôs mâl, mas c'étêt d'ènse, de façon qu'il lui fut fôrce d'alar demandar

d'la bésogne à r'én'homme q'lli bâilla à voirdâ det pôr. Ouaieda,

de la besogne a-r un homo que lui balyét a gouardar des pôrcs. Ouè-da,

voirdâ det pôr.

gouardar des pôrcs.

L'poûr d'jouv'n homme été taulamet afauti, éfama, qu'é se séré cru pru beurnâ, d'poué

Le pouro joueno homo étêt tâlamènt afôti, àfamâ, qu'il sè serêt cru plles bœr-nâ, de pués

m'dgî à s'n apêtit de cet que let pôr avan, mâ nion n'lli et baillîve.

megiér a son apetit de cèn que les pôrcs avant, mas nion ne lui èn balyêve.

Cé foû adon qu'aprai avai, pinsse bin, gros piorâ, é d'sa :

Cèn fut adonc qu'aprés avêr, penses ben, grôs pllorâ, il desét :

"É l'y a tant de dget à l'otau d'mon pére qu'an du pan à m'dgî à lieu soû, et poui met

"Il y at tant de gèns a l'hotâl de mon pére qu'ant du pan a megiér a lyœr soul, et pués mè

i moûre de fan !… I n'chi reste piet, i voui me lévâ, allâ vers mon pére, et poui i

ye môro de fam !… Ye ne cé rèsto plles, je vuel mè levar, alar vers mon pére, et pués ye

lli deri : Mon pére, i'é gros manquâ contre le bon Dieu et poui contre vo ; i n'mérite

lui deré : Mon pére, y'é grôs mancâ contre le bon Diô et pués contre vos ; ye ne meréto

piet d'être non-mâ voûtre éfant, fâtet avoué met qmet vo fâtet avoué let valets

plles d'étre nomâ voutro ènfant, féte avouéc mè comènt vos féte avouéc les vâlèts

q'sont à voûtret gadges."

que sont a voutros gajos."

Cet q'foû dai foû fai, le djoûv'n homme, gros vergognieu, revenia du fian de l'otau.

Cèn que fut dét fut fêt, le joueno homo, grôs vèrgognœx, revegnét du fllanc de l'hotâl.

Du stoû q'son pére l'oû vu de tot liouain, tot son sang lli bailla on tor ; é coressa

Dês setout que son pére l'ut vu de tot luen, tot son sang lui balyét un tôrn ; il coréssét

u devant, é lli suta u cou et poui le rabrassa.

u devant, et lui sôtat u côl et pués le rèmbraciét.

Mâ l'boûbe, tot peneu, lli dsa :

Mas le bouèbo, tot penœd, lui desét :

"Pére, i'é gros manquâ, i l'sait pru, contre le bon Dieu, et poui dgîret contre vo ;

"Pére, y'é grôs mancâ, ye le sé prod, contre le bon Diô, et pués giére contre vos ;

i n'mérite pâ q'vo m'non-mî voûtre éfant, fâtet-me qmet à sleu

ye ne meréto pas que vos mè nomeyéd voutro ènfant, féte-mè comènt a celœr

q'sont à voutret gadges."

que sont a voutros gajos.

Laiquedessus, le monsieu dsa à la donzalle, i n'sait à quoui :

Lé-que dessus, le monsior desét a la donzèla, ye ne sé a qui :

"Apportâ citoquet det z'aîlion neu por le fti, éna bague u det, et poui det sulâr

Aportâd ceto-qué des hàlyons nœfs por le vetir, una baga u dêgt, et pués des solârs

è pî. Amenâ-me ci on vé q'seye gras, no vlin le tiouâ et poui galiar

ux pieds. Amenâd-mè cé un vél que sêye grâs, nos volens le tuar et pués galyârd

no tu regâlâ, por cet que m'n éfant que vélaique été mort, et l'est ressuscitâ,

nos tôs regalar, por ce que mon ènfant que vê-lé-que étêt môrt, et il est rèssuscitâ,

et l'été perdu, et l'est retrovâ."

il étêt pèrdu, et il est retrovâ".

Poui é l'eqminciret à s'rédjoï, qmet d'juste, poui cé foû bon.

Pués ils comenciéront a sè rejouyir, comènt de justo, pués cèn fut bon.

Stu det boûbe qu'étai restâ avoué l'pére, n'étai pâ à l'otau, é l'été i n'sait ivouët,

Ceto des bouèbos qu'étêt réstâ avouéc le pére, n'étêt pas a l'hotâl, il étêt ye ne sé yô,

crebin u tiozé, adon qu'on lli dsa de vite veni, que son frâre été laîque.

crê-ben u cllosèt, adonc qu'on lui desét de vito venir, que son frâre étêt lé-que.

É vnia, mâ du stoû qu'é l'o-ia le tambourin, la danse, tota sta bruchon,

Il vegnét, mas dês setout qu'il aouét le tambour, la dance, tota ceta bruisson,

é s'corossa.

il sè corrociét.

Son pére oû bai le smondre de veni, é n'y oû ret à faire, é n'vla pâ intrâ,

Son pére ut bél le semondre de venir, il n'y ut rèn a fére, il ne volêt pas entrar,

et dsa à son pére :

et desét a son pére :

"Vetci i n'sait combin d'ans qu'y cheu à voûtre service, sin qu'i vo z'aye djamâ

"Vête-cé ye ne sé comben d'ans que ye su a voutro sèrviço, sen que ye vos èyo jamés

contreleyî, et poui vo n'm'ai paîret pâ baillî on tchevri por régâlâ let z'amis ; alors de

contreyér, et pués vos ne m'éd por-o pas balyê un chevrél por regalar les amis ; alor de

célaique on chi tire tot'avau por mon frâre qu'est revenu tot patolieu, aprai avé

cen-lé-que on cé tire tot-avâl por mon frâre qu'est revenu tot patolyu, aprés avêr

tot deqplli."

tot dècopelyér."

Mâ le pére lli répongnia :

Mas le pére lui rèpondét :

"M'n éfant, t'ai adé avoué met, tot cet qu'i ai est à tet ; mâ é l'étai force d'faire

"Mon ènfant, t'és adés avouéc mè, tot cèn que y'é est à tè ; mas il étêt fôrce de fére

on galâ, et poui, mado, de gros s'rédjoï, por cet que ton frâre que vélaique

un galâ, et pués, madô, de grôs sè rejouyir, por cèn que ton frâre que vê-lé-que

été mort, et l'est reveni à la via ; é l'été perdu, et l'est retrovâ."

étêt môrt, et il est revenu a la via ; il étêt pèrdu, et il est retrovâ."

Se sta metchéta tête se rav'sa, i ne poui pâ le vo dire, é faut craire qu'ouaie.

Se ceta mèchiènta téta sè ravisat, ye ne pouè pas le vos dére, il fôt crêre qu'ouè.




Na disparichon (Une fugue au village), Simone Hyvert-Besson

Patois de Montagny (Tarentaise, Savoie)

ORB, graphie serrée


Na disparichon

Na disparicion


Chapitre 1, Page 2

Ên-avan ou ên-aryé, lou fèrâ pyoulon pamé. Y a p nyon pè vèryé la klo,

En avant ou en arriér, los ferrâs pioulont pas més. Y at pas nion por veriér la cllâf,

y a p nyon…

y at pas nion.

Y è le débu du syékle, è bin vaka, u vladz dè Vla Tuiye lè dzê sè tormêton.

Il est le dèbut du siècle, eh ben vê-que, u velâjo de vers la Tuilye les gens sè tormèntont.

Y è la fin dè l etan. I fo dza plujor dzor kè Florèta fo pamé dè foua, sa tsemno

Il est la fin de l'œton. Il fât ja plusiors jorns que Florèta fât pas més de fuè, sa chemenâ

fon-mè pamé, pwertan lè nué son frâdè, le matin y è te blan : louz orbre, lou

fumme pas més, portant les nuets sont frêdes, le matin il est tœt blanc : los ârbros, los

pro, lou tsmin, lou tâ son êplâ dè jivre. I fo dza plujor dzor k on la sin

prâts, los chemins, los têts sont èmplâs de gevro. Il fât plusiors jorns qu'on la sent

pamé marèlo* dê mâjon, k on la sin pamé trèpo. I fo dza plujor dzor *remuer

pas més marèlar dens mêson, qu'on la sent pas més trepar. Il fât ja plusiors jorns

k l vin pamé kri son lashé a la fromajeri, k on la vâ pamé féré la bya

qu'el vint pas més querir son lacél a la fromagerie, qu'on la vêt pas més fére la buya

vl odze ni tchakno* sou fôdo ou sè tsoshè dè lan-na chu la pô**. *tapoter ; **planche à laver

vers l'ôge ni chaquenar sos fordârs ou ses chôces de lanna sur la pôt.


Page 4

Lè dzê son po trantyile. L vi solèta la Florèta dâpoué kè sou parê son môr.

Les gens sont pas tranquiles. El vit solèta la Florèta depués que sos parènts sont môrts.

L poué pamé travèyé son bin. L kmâchè a sè férè viye, li mé, ma l a p

El puet pas més travàlyér son ben. El comènce a sè fére vielye, lyé més, mas el at pas

nyon pè la suksèchon.

nion por la succèssion.

Mémwe louz èfan dè l ékoula trouvon drôle dè pamé la vyé passo pêdê lè

Mémo los ènfants de l'ècoula trôvont drôlo de pas més la vêr passar pèndènt la

rékréyachon. L'avâ prê l abituda dè ni sè chatrè chu la murèta, ê lo dè la

rècrèacion. El avêt prês l'habituda de venir sè sietar sur la murèta, èn lât de la

tsarbonyire* dé métrè. Kan l revènyâ du bwé, l akotchévé** son fôtson*** a sa

*local à charbon **accrochait ***hachette

charboniére des mêtres. Quand el revegnêt du bouesc, el acochiêve son folçon a sa

sintuire u fon dè lè rê, l pwertovè na dzevèla chu l épola ou l trènovè na trêna awé

cinture u fond de les rèns, el portâve na jàvèla sur l'èpâla ou el trênâve na trêna avouéc

son kordé. L sè chatchâ tyeu pè soflo ou pano awé son fôdo la soua k dègoto

son cordél. El sè sietêt que por soflar ou panar avouéc son fordâr la suâ que dègotâve

chu sè trêplè totè rodzè. L fwerhyévè tèlamê !

sur ses tèmples totes roges. El forciêve tèlamènt !

Florèta l ptovè po la blouza, l omové myu sa rôba a guèrle*, son karakô è sou *fronces

Florèta el betâve pas la blousa, el âmâve mielx sa rôba a gouèrlèts, son caracô et sos

dué fôdo : le tchi pè tsavouyé sa rôba, l otre awé na bavèta pè tsavouyé le

doux fordârs : le chetit por chaouyér sa roba, l'ôtro avouéc na bavèta por chaouyér le

tchi. Dè kou ê rijê l djâ : "Sé tyeu y è mon marmiton*." Adon, y avâ po

*tablier pour les travaux salissants

chetit. Des côps èn risènt el disêt : "Cél-que il est mon marmiton". Adonc, y avêt pas

tan d arbyârè : la rôba dè lè dmêdzè, yina ou davè pè tô lou dzor, ma fjâ lè

tant d'harbelyes : la roba de les demènges, yena ou doves por tôs los jorns, mas falyêt les

gardo lontê.

gouardar long-temps.


Page 6

Fjâ nên-avâ du suê : po lèz égripo, po sè kontché pè po lavo, po tué lavo

Falyêt nen avêr du souèn : pas les agrepar, pas sè conchiér por pas lavar, pas trop lavar

pè po uzo.

por pas usar.

Kan Florèta l kmâchévè a sè sintrè mouê mafita l achournové* utor dè li, *observait

Quand Florèta el comènchiêve a sè sentre muèns mâlfiéta el assornâve u tôrn de lyé,

dèchu ou dèze la rota, l budjévè sè lovrè mê si l prèdjévè solèta ou mê si l djâ

dessus ou desœt la rota, el bugiêve ses lâvres 'mènt s'el prêgiêve solèta ou 'mènt s'el desêt

sè prèyirè. Awé sa man l alfovè sou pyâ dèze son fichu, l weyâ ke sè férè bèla

ses preyéres. Avouéc sa man el aliçâve sos pêls desœt son fichu, el velyêt que sè fére bèla

dèvan kè traverso le vladz. Kan l érè dzuêna, l érè bèla la Florèta, yeura mogré

devant que travèrsar le velâjo. Quand el ére jouena, el ére bèla la Florèta, ora mâlgrât

sn adze, l wedre po krouéjé kortchon awé sou pyâ ê* non* tsarkô*. Churamê, *défaits

son âjo, el vodrêt pas crouesiér quârqu'un avouéc sos pêls en un chèrcot. Sûramènt,

kan l kopovè le bwé dê lou bôchon ou lou tsènyâ l s étsarkotovè*. Lè *s'ébouriffait

quand el copâve le bouesc dèns los bouessons ou los chanêrs el s'èchèrcotâve. Les

brantsè y éran tèlamê pwerpu.

branches els érant tèlament porpues.

Dè kou dè la kor, lèz ékolyirè, plênè dè bouna grohe s arèrhovon dè dzouyé,

Des côps de la cort, les ècouliéres, plêns de bôna grâce s'arrèthâvont de jouyér,

l avétovon ê djê.

l'agouétâvont en desènt.

Alèfa tou pyâ

Aliça tos pêls

dèze ton fichu

desœt ton fichu

klou tou ju

clô tos uelys

nâr gri ou vèr

nêrs gris ou vèrds

fa* Jésus* pè non potèr… *joins tes mains

fâ Jèsus por n-un pâtèr…

Y érè na tchita tsanshon kè lè tchitè fiyè ayan êvêto pè Florèta.

Il ére na chetita chançon que les chetites filyes aviant ènvèntâ por Florèta.


Page 8

Dê le vladz, lè dzê korjon d on lo, dè l otre, louz on sè pouzon dè kèstyon.

Dèns le velâjo, les gèns côriont d'un lât, de l'ôtro, los uns sè pôsont des quèstions.

– Ma yâ k l è don ?

– Mas yô qu'el est donc ?

– Tché koui l a pju alo ? L a pdzin dè parê nyon sê.

– Chiéz qui el at posiu alar ? El at pas gint de parènts nion-sèns.

– L a tou prê non vèrtingô pè fwetrè le kan ? Sê, y è po dê sèz abitudè.

– L-at-el prês n-un vèrtingô por fotre le camp ? Cèn, il est pas dèns ses habitudes.

D otre sè lamêton.

D'ôtros sè lamèntont.

– Mon Dje ! Mon Dje ! Y è po pwessible. Y è po krèyoble !

– Mon Diô ! Mon Diô ! Il est pas possiblo ! Il est pas creyâblo !

– Y è tou arvo kotyè ryê ? I we fwe lou krule.

– L-est-o arrevâ quârque-rièn ? Il vos fot los grolèts.


Ên-alê férè la bya, ou ên-alê pwerto le lashé a la fromajeri, ên-atènyê kè lou

En alènt fére la buya, ou en alènt portar le lacél a la fromagerie, en atendènt que los

bidon s èplâjissan d éga frétse a la fontan-na ou vl odze, ê revènyê

bidons s'èmpléséssont d'égoua frèche a la fontanna ou vers l'ôge, èn revegnènt

d aparyé ou d abèro lè fènè prèdzon pi tyè dè Florèta. Louz omwe, mémwe si son

d'apareyér ou d'aberar les fènes prèjont ples que de Florèta. Los homos, mémo sé sont

po êdifèrê, lâ, son p pachê. On lè vâ passo dê le vladz awé lou

pas èndifèrènts, lor, sont ples paciènts. On les vêt passar dèns le velâjo avouéc los

levète, lè tson, ou lou mèye chu l épola. I préssè dè férè le bwé dèvan la nâ.

levètes, les hachons, ou los malyèts sur l'èpâla. Il prèsse de fére le bouesc devant la nê.

L vér â va po tardo. Nê fo tèlamê dè bwé ! Lou dzor, lou mâ dè la môvéza

L'hivèrn il vat pas tardar. Nèn fôt tèlamènt de bouesc ! Los jorns, los mês de la môvésa

sâjon son lon.

sêson sont longs.


Page 10

D on lo, dè l otre on sin pyoulo lè ressètè, on sin kounyé chu lou koin, on sin

D'un lât, de l'ôtro on sent pioular les ressètes, on sent cognér sur los couens, on sent

fêdrè lou byon. Lou sapin s éklapon, dèdê, le bwé âl è blan, u tor, la pèlâra

fèndre los belyons. Los sapins s'èclapont, dedèns, le bouesc il est blanc, u tôrn, la pelura

l è maron, na ouita rodze.

el est marron, na vouita roge.

L apâ dègotè chu lou ressèyon è chu louz éklapon. Louz èfan k lè sènon ê

La pêx dègote sur los resseyons et sur los èclapons. Los ènfants que les sènont èn

s amzê, y on lou dâ te parhoya*. Ma lou ressèyon sintchon tèlamê bon le flo *barbouillés

s'amusènt, ils ont los dêgts tœt patholyês. Mas los resseyons sentiont tèlamènt bon le fllâr

dè la fweré ! Lou byon son kepo ê biyè, lè biyè dèvènyon dèz éshèlè, lèz

de la forèt ! Los belyons sont copâs en bélyes, les bélyes devegnont des èthèles, les

éshèlè son êbotcha le lon dè la rota pè sètché, lou lô dè bwé burlèron dê

èthèles sont embuchiês le long de la rota por sechiér, los lots de bouesc bourleront dèns

lè gran tzemné ou dê lou fwernyô a dué, trâ ou katre bron. Le foua â

les grands chemenâs ou dèns los fornéls a doux, três ou quatro bronz. Le fuè il

tsalnèra la nué dê lè koujnè pè bèyé na ouita dè ljâ.

chalenerat la nuet dèns les cusenes por bàlyér na vouita de luisiê.


Dè dzor mê dè nué kan passon dèvan tché Florèta lè dzê dyéton dèryé sa

De jorn 'mènt de nuet quand passont devant chiéz Florèta les gèns gouétont dèrriér sa

pourta ou êtrè lè parâ dè sou botmê.

pôrta ou èntre les parêts de sos bâtimènts.

– S l érè maloda, dê sa tyutse, on la sintre prô plêdrè ou rofo, di la Fine dè Djan dè Jules.

– S'el ére malâda, dèns sa cuche, on la senterêt prod plendre ou râfar, dit la Fine de Jian

[de Jule.

– L è tou mourta solèta, la Florèta ? sè dèmandè Jliyè dè Dzezè du kor.

– El est tot môrta solèta, la Florèta ? sè demande Julie de Josèf du cârro.


Page 12

– Fo alo aprèsto dè tisan-na ? Dè gota ? di Toinète dè Djan bourna.

– Fôt alar aprèstar de tisanna ? De gota ? dit Touènèta de Jian bôrna.

– A tsokon son reméde. Lè fènè nê sovon plon tyè louz omwe pè sê.

– A chacun son remédo. Les fènes nèn sâvont ples long que los homos por cèn.

– Fine, alo dirè a Mène d aprèsto le bouyon blan. Li l nê ramassè tô louz an. Sê yè

– Fine, alâd dére a Mène d'aprèstar le boulyon-blanc. El nen ramasse tôs los ans. Cèn est

bon pè lou pwermon, ma foz ou prêdrè ê dèkokchon otramê ên-êfujon i we ropè

bon por los pormons, mas fôt z-o prèndre èn dècoccion ôtramènt en enfusion il vos râpe

la kornyoula.

la corniôla.

– Jliyè, alo tché Mariyè, li, l a tota sourta dè plantè. Lè fo sètché chu mâjon. La

– Julie, alâd chiéz Marie, lyé, el at tota sôrta de plantes. Les fât sechiér sur mêson. La

bourache blu y è prô bon pè lou kou dè frâ, lè pensé sarvodzè pè le san, lè

borrâche blue el est prod bon por los côps de frêd, les pensâs sarvâges por le sang, les

rondzè pè la kornyoula.

ronzes por la corniôla.

La Fine dè Pyârè li s êtèrèchè myu a la gota.

La Fine de Pierro lyé s'èntèrèsse mielx a la gota.

– La gota dê le larhé byê, y è mé prô bon pè sè suényé, myu on nê bètè,

– La gota dèns le lacél bolyènt, el est més prod bon por sè souegnér, mielx on nèn bète,

myu i wez étsôdè… I bèyè dè fourse… Dze, nê bâve mémwe kan dzé mo a l estoma…

mielx el vos èchôde…El bàlye des fôrces… Je, nèn bêvo mémo quand j'é mâl a l'èstoma.

– Hum ! Hum ! Lèz otrè fènè s avéton è rijê pèr dèze. L sovon prô kè la

– Hum ! Hum ! Les ôtres fènes s'agouétont èn risènt per desœt. Els sâvont prod que la

Fine l a prê gou a la gota, pè non oua, pè non na, l nên-a tedzor bèzuê.

Fine el at prês gôt a la gota, por n-un ouè, por n-on nan, el nen at tojorn besouèn.

Ma Fine nê fo po dè ka :

Mas Fine nèn fât pas de câs :


Page 14

– Louz èfan, lâ fon la gônye kan on lèz ê bèyè. K sussè dè gota ou dè tizan.na,

– Los ènfants, lor font la gogne quand on les èn bàlye. Que susse de gota ou de tisanna,

dè tota fashon wélon ryê. Son tèlamê dèfsile yeura ! Dè kou, dz bète na gota dè vin

de tota façon vôlont rien. Sont tèlamènt dificilos œra ! Des côps, je bèto na gota de vin

dê l éga shkro, apré dron-mon myu. Kan wélon po mdjé, dz lè dje : "Mèdz

dens l'égoua sucrâ, aprés drommont mielx. Quand vôlont pas megiér, je les dio : "Mege

kan t aré" (kan t aré byin fan, t mèdzèré bin sê k tè bèye). Dz oui po lè nyoulo.

quand t'arés" (quant t'arés bien fam, te megerés ben cèn que te bàlye). Je vuel pas les

[nialar.


Chapitre 2, page 16


Souvenirs d'enfance : vacances à

La Carnire de

Varennes-Saint-Saveur (Saône-et-Loire)

dans Mélanges de dialectologie, toponymie, onomastique, offerts à Gérard Taverdet,

volume 2, pp. 335-345, A.B.E.L.L., Dijon, 2001.


ORB serrée :

à : [K]

àn : []

in : souvent [ã]

à l'imparfait de la 3e conjugaison, la terminaison (-êt) est souvent muette

l'imparfait sert souvent de conditionnel

les posttoniques sont souvent amuïes, certains féminins semblent avoir une désinence masculine.


[suvni d' fs : vaks a la karnir dI vKrnI]

Sovenirs d'enfànce : vacànces a La Carroniére de Vàrenes


[é y a:v lø mα:sõ, lé fwã, lé swã baya ø z nimo dI la fKrma, a

Il y avêt les mêssons, los fens, los souens balyês ux ànimâls de la fèrma, et

Il y avait les moissons, les fenaisons, les soins dispensés aux animaux de la ferme, et

pi, lu dœri dyumθ d u, é y av la fé:ta dü vlo:δu]

pués, lo derriér demenche d'oût, il y avêt la féta du velâjo.

puis aussi, le dernier dimanche d'août, il y avait la fête du village.

[lu δødi a sæ, ma gr surtiv la mα. al fKy dø surt dI po:ta. al

Le jœdi a sêr, ma grànd sortéve la mêd. El fesêt doux sôrtes de pâta. El

Le jeudi soir, ma grand-mère sortait la maie. Elle préparait deux sortes de pâte. Elle

pItriv la fœrna, l K:d'yI, lu bwa:ru, lI jwa, a pi lu lIv, I nu dœy kI lu

pètréve la farena, l'égoue, lo burro, los uefs, et pués lo levàm, et nos desêt que lo

pétrissait la farine, l'eau, le beurre, les œufs et la levure et nous disait que le

ldm, la po:ta òr gõflo é rplœrK la mα]

lendemàn, la pâta arêt gonfllâ et remplirêt la mêd.

lendemain la pâte aurait gonflé et remplirait le pétrin.

[é fay rIturnK s òküpK dla fKrma, é nu lé z f õ n alKv θærθi

Il falyêt retornàr s'ocupàr de la fèrma, et nos los enfànts on alàve chèrchiér

(Puis) il (lui) fallait retourner s'occuper de la ferme, et nous les enfants, nous allions chercher

lø vaθ d õ pro, dœri la θœrmœta. õ partiv armo dI nøtrI botõ,

les vaches dens un prât, dèrriér la Charmèta. On partéve armâ de noutros bâtons, en

les vaches dans un pré, derrière La Charmette. Nous partions armés de nos bâtons, en

θt na (θθõ), I byã cwi akõpaño dI la lulKt, lu θã, k al krøñiv

chàntent na (chànçon), et ben sûr acompagnê de la Loulète, lo chin, qu'els crègnévont

chantant, et bien sûr accompagnés de Loulette, le chien, qu'elles craignaient

mé kI nu]

més que nos.

plus que nous.

[k õ n arœvKv a la fKrm, lI trupo rtrKv n òrdr d la büδ. a par lα:t'yI

Quànd on arrevàve a la fèrma, lo tropél rentràve en ôrdre dens la buge. A pârt cela-que

Lorsque nous arrivions à la ferme, le troupeau discipliné rentrait à l'étable. Sauf celle

k õ n apalKv la lünKt pIrskI al a:v na ta:θ nar latu dõ δü. al Isayiv

qu'on apelàve la Lunèta perce que el avêt na tache nêre l-atôrn d'un z-uely. El èssèyêve

qui s'appelait Lunette – parce qu'elle portait une tache noire autour d'un œil – qui tentait

dI s atardé õ pto pø, a pi, a l okazyõ, al prInKv õ lãδu kI θœθiv su õ

de s'atardar un petit pou, et pués a l'ocasion, el prenéve un linjo que sèchiêve sur un

de s'attarder quelque peu, et, à l'occasion, elle dérobait un linge qui séchait sur une

bwasõ d la ku, pIskI al n Kr grumd]

bouesson dens la cort, perce que el en ére gromànda.

haie, dans la cour, car elle en était friande.

[la pœ δtiy dlœ va:θ dü trupo s apalKv mutõ, a koza dI sõ karaktKr

La ples gentilye de les vaches du tropél s'apelàve Mouton, a côsa de son caractèro

La plus docile des vaches du troupeau était nommée Mouton, à cause de son caractère

bra:m du, mK ari pœskI sõ pIloδu ér õ pθõ friya, s k Kr

brâvament dox, màs arriér perce que son pelâjo ére un *pechon frisiê, ce qu'ére

très doux, mais aussi parce que son pelage était un peu frisé, ce qui n'est

pø kur pø na vaθ. lø bé:t prIñ lø plas dv lø mδyòr é lé

pou corrent por na vache. Les bétyes pregnant lœr place devànt lœr mengiore et les

pas commun pour une vache. Les bêtes prenaient leur place devant leur mangeoire et les

rotali a pi la trKta kmsiv]

râteliérs et pués la trèta comenciêve.

râteliers, et la traite commençait.

[õ n a:v dIpi lõt rInõsa a trKr lø vaθ, pœskI nøtrœ pøtœtI m

On avêt depués long-temps renonciê a trère les vaches, perce que noutres petites màns

Nous avions depuis longtemps renoncé à traire les vaches, car nos petites mains

nI p®iy po fKr kulK lu lK dI zo grø pi. mK o nu z a:v kõfyo lu swã dI

ne povêt pas fére colàr lo làt de lyors grœs pés. Màs on nos avêt confiâ lo souen de

ne pouvaient faire couler le lait de leurs lourds pis. Mais on nous avait confié le soin de

bayi lu bibrõ é pœtœ vé K õ s amüzKv a glisK nøtrI da sü zø

balyér lo biberon ux petits véls et on s'amusàve a glissàr noutros dêgts sur lyor

donner le biberon aux petits veaux et nous nous amusions à glisser nos doigts sur leurs

lga rügøz av dI lé nüri]

lengoua rugœsa avànt de les nurrir.

langues rugueuses avant de les nourrir.

[mé gr nI θomKv po. θKk sœy rpli Kr vKrso d õ bidõ, a pi,

Mes grànds ne choumàvont pas. Chàque sèlye rempli ére vèrsâ dens un bidon, et pués,

Mes grands-parents ne chômaient pas. Chaque seau rempli était déversé dans un bidon, et,

sli travo tKrmino, lI bidõ KrI dépüzo ü bòr dI la rüta, u il ét ramaso

celi travâly tèrminâ, los bidons éront dèposâs u bôrd de la rota, yô ils étant ramassâs

ce travail achevé, les bidons étaient déposés au bord de la route, où ils seraient ramassés

é trspurto a la kòpérativ lKtyKr dI la kòmün]

et trànsportâs a la copèrativa lètiére de la comuna.

ensuite et transportés à la coopérative laitière de la commune.

[aprK, yKr lu mòm dI dãnK. õ mδKv dI bòn apIti lø pøs, sta fœrna dœ

Aprés, il ére lo moment de denâr. On mengiêve de bon apètit les *pœls, ceta farena de

Il était alors temps de dîner. Nous mangions de bon appétit les gaudes, cette farine de

pKnI dIlaya d dü lK, lu bõ lK dI la fKrma. lu frumoδu k õ omKv t purtKv

pànèt dèleyê dens du làt, lo bon làt de la fèrma. Lo fromâjo qu'on âmàve tànt portàve

maïs délayée dans du lait, le bon lait de la ferme. Le fromage que nous aimions tant portait

õ nyõ pø apétis, lu puri, õ l apalKv km s pœskI õ lu lKsKv

un niom pou apètissent, lo purri. On l'apelàve coment cen perce que on lo lèssiêve

un nom peu appétissant, le pourri. Il était ainsi nommé car on le laissait

fKrmtæ d dé tI gré. õ lI mδiv sü dlø grøsø brøka]

fèrmentàr dens des tupins en grès. On le mengiêve sur de les grœsses brecâs.

fermenter dans des pots de grès. On le mangeait sur de grosses tartines de pain.

[õ s rIgalKv ari davwi lu bõ frumoδu bl k av Ito rølo d õ lãδu é

On sè regalâve arriér d'avouéc lo bon fromâjo blànc qu'avêt ètâ roulâ dèns un linjo et

Nous nous régalions aussi avec le bon fromage blanc qui avait été roulé dans un linge et

éguto d la sãdru. y Kr l òra d alK nu küθi. õ rIgañiv nøtré yø é

ègotâ dens la cindre. Il ére l'hora d'alàr nos cuchiér. On regâgnêve noutros liéts et

égoutté dans la cendre. Il était l'heure d'aller nous coucher. Nous regagnions alors nos lits, et

nøtré gr vœñ nu mo:mK nu switã bwina næ]

noutros grànds vegnant nos mâmar en nos souhètant na buena nuet.

nos grands-parents venaient nous embrasser en nous souhaitant une bonne nuit.

[la ma Kr puza sü dlø sal, ü mwat dI nøtra gr θbr. la sürvKys

La mêd ére posâ sur de les sèles, u méten de noutra grànd chàmbra. La survelyence

Le pétrin était posé sur des chaises, au milieu de notre vaste chambre. La surveillance

kõ n av dIsido dI fKr sü la po:ta ki rfrœmKv, é kI dœv gõflo, p®iv

qu'on avêt dècidâ de fére sur la pâta qu'il renfremàve, et que devêt gonfllar, povêt

que nous avions décidé d'exercer sur la pâte qu'il renfermait, et qui devait gonfler, pouvait

kmsi. õ av dIsido kI mõ küzã pyα:ru kmsiv lu tu dI gard.

comenciér. On avêt dècidâ que mon cusin Pierro comenciêve lo tôrn de gouârda.

alors commencer. Il avait été décidé que mon cousin Pierre commencerait le tour de garde.

õ atdiv pasyam d l òbskürité, é, õ kar d òr pœ tæ, õ l tdiv

On atendéve paciement dens l'obscuritàt, et, un quârt d'hora ples tàrd, on l'entendéve

Nous attendions patiemment dans l'obscurité, et un quart d'heure plus tard, nous l'entendions

sI lIvK pi nu dir d lu sils dI la næ "r"]

sè levàr pués nos dére dens lo silence de la nuet "Ren !".

se lever, puis nous annoncer dans le silence de la nuit "Rien !".

[õ lKsiv posK õ pø dI t, é kKk minüt pœ tæ, ma küzœna martin

On lèssiêve pâssàr un pou de temps, et quàrques minutes ples tàrd, ma cusena Martine

Nous laissions passer un peu de temps, et quelques minutes plus tard, ma cousine Martine

alKv sils sulvK lu bœθõ dI la ma "r"]

alàve en silence solevàr lo bouchon de la mêd "Ren !".

allait silencieusement soulever le couvercle du pétrin : "Rien !".

[õ sI lIvKv a tur dI rol, K sI pItI manKj dürKv pd dø u tra z òr]

On sè levàve a tôrn de rolo, et cél petit manèjo duràve pendent doux ou três hores.

Nous nous levions ainsi à tour de rôle, et ce petit manège durait pendant deux ou trois heures.

[y Kr la vwa dI nøtra gr kI nu révKyiv. a la pøkøto du δu, pépé é mémé

Il ére la vouèx de noutra grànd que nos rèvelyêve. A la pequetâ du jorn, Pèpè et Mèmè

C'était la voix de notre grand-mère qui nous réveillait. A l'aube, Pépé et Mémé

sI lIvKv pø batr la po:ta ; al av lIvo ! õ n av rInuvlo st Kspéryãs

sè levàvont pœr batre la pâta : el avêt levâ ! On n'avêt renovelâ ceta èxpèrience plu-

se levaient pour battre la pâte : elle avait levé ! Nous avons renouvelé cette expérience

plüzyœr no dI s®it, é tuδu la po:ta a lIvo km par maji pd nøtrõ sImœy]

siœrs ànâs de suite, et tojorn la pâta at levâ coment per magie pendent noutron somely.

plusieurs années de suite, et toujours la pâte a levé comme par magie pendant notre sommeil.

[na grøsa δurno kmsiv . mé gr stalKv dlø gr plθ

Na grœssa jornâ comenciêve. Mes grànds enstalàvont de les grànds plànches

Une longue journée commençait alors. Mes grands-parents installaient de longues planches

sü dlø sal, karé. ma gr sI tœñ d l st é

sur de les sèles, en carràs. Ma grànd se tegnêt dens l'encenta et

de bois sur des chaises, en carré. Ma grand-mère se tenait à l'intérieur de cette enceinte et

dIpüzIv sü lø plθ dI lø bul dI po:ta]

dèposàve sur les plànches de les bôles de pâta.

disposait sur les planches des boules de pâte.

[lø briyuc ér étiré bodã, latu d õ bòl ; dIsü, õ bayiv dI

Les brioches érant èteriêes en bodins, l-atôrn d'un bol ; dessus, on balyêve de

Les brioches étaient étirées en anneaux, autour d'un bol ; elles recevaient sur le dessus de

pItI kò dI sizo, é ér badijuno davwi dü jon dI jwa. lø z o:tru bul

petits côps de cisâlys, et érant badijonâs d'avouéc du jôno de z-uef. Les ôtres bôles

légers coups de ciseaux, et étaient badigeonnées de jaune d'œuf. Les autres boules de

ér aplati é dIvœñ dI lø tK:tr… a la kra:mu, ü sœkru, ü frumo:zu bl]

érant aplaties et devegnant de les tàrtes… a la crâma, u sucro, u fromâjo blànc.

pâte étaient aplaties et devenaient des tartes… à la crème, au sucre, au fromage blanc.

[pd sli t, mõ gr préparKv lu fwæ d lu pItœ fu dI la karnir. il

Pendent celi temps, mon grànd prèparàve lo fuè dens lo petit forn de la carroniére. Il

Pendant ce temps, mon grand-père préparait le feu dans le petit four de la tuilerie. Il

lu rpliv dI fagu k il alümKv pø θarfK la vøta dü fu

lo rempléve de fagots qu'il alumàve pœr charfàr la vouta du forn

l'emplissait de fagots qu'il enflammait pour chauffer la voûte

k Kr fα:t davwi dlé karõ tara k®it]

qu'ére fête d'avouéc de los carrons en tèrra couéta.

de briques en terre cuite.

[pépé é mémé finiv zò prIparatif mKmu t. i prœñ θIt'yõ pœ õ

Pèpè et Mèmè finévont lyors prèparatifs en mémo temps. Ils pregnant châcun per un

Pépé et Mémé achevaient leurs préparatifs en même temps. Ils prenaient alors chacun par un

bò lø lõg plθ kwart dI briyuθ é dø tKtr. õ kuriv otur dI zo

bout les longues plànches cuvèrtes de brioches et de tàrtes. On coréve utôrn de lyor en

bout les longues planches couvertes de pâtisserie. Nous courions autour d'eux en

rœy é pyay]

rient et en pialyent.

riant et piaillant.

[i travœsKv la ku I alKv dépüzK zo sarj d la pyKs dü pItœ fu. õ

Ils travèrsàvont la cort et alàvont dèposàr lyor chârge dens la piéce du petit forn. On

Ils traversaient la cour et allaient déposer leur charge dans la pièce du petit four. Nous

l apalKv lu pItœ fu, pIskI lu gr fu dI la karnir mIsœrKv katru mKtr dI

l'apelàve lo petit forn, perce que lo grànd forn de carroniére meseràve quatro mètres de

l'appelions le petit four, car le grand four de la tuilerie mesurait 4 mètres de

y]

fllànc.

côté.

[mõ gr uvriv la pwα:rta dü pItœ fu é õ sI prIsiv pœ rIgardK

Mon grànd uvréve la puerta du petit forn et on sè prèssiêve pœr regardàr

Mon grand-père ouvrait alors la porte du petit four et nous nous pressions pour regarder

dId. la gœl dü fu Kr jüst a nøtra œt'yo, si õ sI mKtiv sü la pwãta dé

dedens. La gœla du forn ére justo a noutra hœtior, sé on sè mètéve sur la pouenta des

à l'intérieur. L'ouverture était à notre hauteur, à condition de nous hisser sur la pointe des

pi pø ma küzœna K ma. i sI dégaδiv dI l uvKrtür dmi sKrkl na fwα:rta

pieds pœr ma cusena et mè. Il sè dègagiêve de l'uvèrtura en demi-cèrcllo na fuerta

pieds pour ma cousine et moi, et il se dégageait de cette ouverture en demi-cercle une intense

θalø kI nu brülKv lø δœv]

chalœr que nos broulàve les joues.

chaleur qui nous brûlait les joues.

[pépé püzKv a la gœl dü fu la po:la a furnK ; yKr na po:la bø, k Kr rœyõd,

Pèpè posàve a la gœla du forn la pâla a enfornàr ; il ére na pâla en bouesc qu'ére rionda,

Pépé posait à l'entrée du four la large pelle en bois, dont la plaque ronde

kI mœzürKv kart a skt stimKtr, é davwi õ gr mθ dI tra

que meseràve quarànta a cinquànta centimètres, et d'avouéc un grànd màncho de três

mesurait quarante à cinquante centimètres, avec un grand manche de trois

mKtr dI lõ. mémé dépüzKv sü sla po:la na briyuθ é pépé l furnKv. y n av

mètres de long. Mèmè dèposàve sur cela pâla na brioche et Pèpè l'enfornàve. Y en avêt

mètres de long. Mémé déposait sur cette pelle une brioche et Pépé l'enfournait. Il y avait

bram, ptKt by na duzãna, pœtItrI mI]

brâvament, pœt-étre bien na dozêna, pœt-étre més.

un grand nombre de brioches, peut-être une douzaine, ou peut-être plus.

[pd la k®isõ dlø briyuθ, õ apurtKv lø tKtrœ pœ fKr n o:tra furno.

Pendent la couésson de les brioches, on aportâve les tàrtes pœr fére un' ôtra fornâ.

Pendant la cuisson des brioches, nous apportions les tartes pour faire une nouvelle fournée.

k lø briyuθ ér k®it, davwi la gr po:la, pépé lé défurnKv :

Quand les brioches érant couétes, d'avouéc la grànd pâla, Pèpè les dèfornàve :

Quand les brioches étaient cuites, avec la grande pelle, Pépé défournait les brioches

stiv bõ é Kr by dòré]

sentévont bon et érant bien doràs.

odorantes et brunes.

[k lø briyuθ Kr k®it, õ lé désdiv a la mα:zõ. aprK õ fœj la

Quand les brioches érant couétes, on les dèscendéve a la mêson. Aprés on fesêt la

Au fur et à mesure de la cuisson, les fournées étaient descendues à la maison. Puis c'était le

furno dø tKtr. õ lé dIsdiv ari a la fKrma, é al kuvriv tutI lø tro:blu,

fornâ de tàrtes. On les dèscendéve arriér a la fèrma, et els cuvrévont toutes les trâbles

tour des tartes. On les descendait aussi à la maison, et elles couvraient toutes les tables,

lø kòmòd, d lø tra grd pyœs dla mα:zõ]

les comôdes, dens les três grànds piéces de la mêson.

toutes les commodes, dans les trois grandes pièces de la maison.

[i fay a mé gr õ gru matã pœ fKr sli travo. δI nI mI si δamK

Il falyêt a mes grànds un grôs matin pœr fére celi travâly. Je ne mè su jamés

Mes grands-parents consacraient à ce travail une longue matinée. Je ne me suis jamais

dmdo si sli travo lé losKv, u s il i prœñ plKzi. mK δI mI suvœñü kI lu

demàndâ sé celi travâly les lâssàve, ou s'ils y pregnant plèsir. Màs je mè sovegno que lo

demandé si ce travail les fatiguait, ou bien s'ils y prenaient plaisir. Mais je me souviens que le

t nI mI sblKv po lõ, slI mom ér 'majik' ; δ a:v pœtétr

temps ne mè semblàve pas long, celos moments érant 'magicos' ; j'avê pœt-étre

temps ne me paraissait pas long, car ces instants me semblaient magiques ; peut-être avais-je

kõsys dI vivr dé mum raru é présyø]

conscience de vivre des moments râros et prèciœx.

alors conscience de vivre des moments rares et précieux.

[a la f dü rpo dI midi, pri õ po tæ, mémé kœpKv na tK:tr K na briyuθ é

A la fin du repâs de midi, prês un pou tàrd, Mèmè cœpàve na tàrta et na brioche et

A la fin du repas de midi, pris un peu tardivement, Mémé coupait une tarte et une brioche et

nu lIz øfriv ø dIsKr. løz o:tr sr sœrvyœ lu ldm k nøtrI parã

nos les œfréve u dèssèrt. Les ôtres serant sèrvies lo lendemàn quànd noutros parents

nous les offrait au dessert. Les autres seraient servies dès le lendemain, quand nos parents

arœvr, é lé δu s®iv]

arrevrant, et les jorns siuvents.

arriveraient, et les jours suivants.

[apré mé gr rIprœñ lé travo dla fKrma é nu õ rIturnKv δuyi su

Aprés mes grànds repregnant los travâlys de la fèrma et nos on retornàve jouyér sot

Puis mes grands-parents reprenaient leurs travaux quotidiens, et nous retournions jouer sous

la karnir. sla gr karnir Kr nøtrõ kwã prIfIro pœ δuyi. sli

La Carroniére. Cela grànd carroniére ére noutron couen prèfèrâ pœr jouyér. Celi

La Carnire. Cette vaste tuilerie était notre lieu préféré de jeu.

botim mIzœrKv karta mKtr dII diz ®i mKtr dI lα:rδu, s ki fy

bâtiment meseràve quarànta mètres de long et diéx-huét mètres de lârjo, ce qui fesêt

Ce bâtiment mesurait 40 mètres de long et 18 mètres de large, ce qui représentait

õ brIvu Kspo:su dI δø]

un bràvo èspâço de juè.

un bel espace de jeu.

Kr ørø dI rIva nøtré parã lu ldm mK õ psõ tristu dI savæ k

On ére herœx de revêr noutros parents lo lendemàn màs un *pechon tristos de savêr que

Nous étions heureux de revoir nos parents le lendemain, mais un peu tristes de savoir que

y Kr yõ dé dœri sørno a δuyi d lu séθwar a pKnœ k õ n av trsfurmo

il ére yon des dèrriérs serenâs a jouyér dens lo sèchouèr a pànèt qu'on avêt trànsformâ

c'était un des derniers après-midi à jouer dans le séchoir à maïs que nous avions transformé

na ma:zu dI tra "étaj", a péθi lø rœnuy dθa:rvI, a nüri lé

en na *mêson de três 'étâjos', a pêchiér les renolyes dens les *sèrves, a nurrir los

en immeuble de trois étages, à pêcher en vain les grenouilles dans les mares, à nourrir les

lépã, lø pulay é lé vé]

làpins, les polalyes et los véls.

lapins, les poules et les veaux.

[mK õ sI kõsulKv ps kI dK lu mwa dI jwã õ rœvãdrœ pœ lI

Màs on sè consolàve en pensent que dês lo mês de jouen on revindrêt pœr los

Mais nous nous consolions en pensant que dès le mois de juin nous reviendrions pour les

fwã, I pi j®iyK pœ fK:r lø ma:sõ]

fens, et pués en julyèt pœr fére les mêssons.

fenaisons, puis en juillet pour les moissons.

[yK:r dãs. y Kr s:t'yI, lé vaks a la karnir dI vKrnI]

Il ére d'ense. Il ére cen-que, les vacànces a La Carroniére de Vàrenes.

C'était comme cela. C'était cela, les vacances à La Carnire de Varennes.


[trad®i patwα davwi mõ pér, abKl marici]

Traduit en patouès d'avouéc mon pére, Abèl Marich∙i.

Texte traduit en patois avec mon père, Abel Marichy.



[δI rImKrsyu møsi lu pròfKsœr Gérard Taverdet pœ lI kur dI patwa k i

Je remârcio Monsior lo profèssœr Gérard Taverdet pœr los cors de patouès qu'il

Je remercie monsieur le professeur Gérard Taverdet pour les cours de patois qu'il

dispsKv a l ünivKrsité dI Dijon k δI prIparKv mõ D.E.U.G., sI k a òryto

dispensàve a l'Univèrsitàt de Dij∙on quànd je prèparàve mon D.E.U.G., ce qu'at orientâ

dispensait à l'Université de Dijon, quand je préparais mon D.E.U.G., ce qui a orienté

dI fasõ 'dIsiziv' mé travo. s®it, é davwi õ gr plKzi kI δa kõsakro,

de façon dècisiva mes travâlys. Ensuite, est d'avouéc un grànd plèsir que j'é consacrâ,

de façon décisive mes travaux. Ensuite, c'est avec un grand plaisir que j'ai consacré,

su sa dirKksyõ, mõ mImwar dI mKtriz a l étüd dü patwa dI mé gr.

sot sa dirèccion, mon mèmouère de mêtrise a l'ètude du patouès de mes grànds.

sous sa direction, mon mémoire de maîtrise à l'étude du patois de mes grands-parents.

davwi sli travo, δI li duv dI m ava baya lu gu dI la rœθarθ]

D'avouéc celi travâly, je lui *dêvo de m'avêr balyê lo gôt de la rechèrche.

Avec ce travail, je lui dois de m'avoir donné le goût de la recherche.

UNE LEÇON D'HISTOIRE ANCIENNE

(Ouna Fourdèrâ dè-j-Èlyudzo, 1906, p. 95)


ORB serrée


Figurez-vous un vieux paysan gruyérien, qui dans sa jeunesse a beaucoup lu l'histoire de la République Romaine. Maintenant qu'il est octogénaire, il prend plaisir à raconter ce qu'il sait, mais malheureusement ses souvenirs se confondent, i mèhlyè, i fâ d' la choupa a la batalye (il mélange, il fait de la soupe à la bataille, il mèclle, il fât de la sopa a la batalye). Représentez-vous donc bien notre bon vieillard, entouré d'une foule de paysans, jeunes, vieux et moyens, din on grô pêlyo to tzouhyi dè dzin (dans une grande chambre toute pleine de gens, dens un grôs pêlyo tot chociê de gens ; les uns sont ses fils ou petits-fils, les autres, des voisins qui viennent là pour s'instruire. Dans une de ces longues soirées d'hiver, il leur donne un petit cours d'histoire romaine à peu près en ces termes :

Kan on è chuti, on'a bin dou plyéji è bin dou bouneu. Chi ke ne châ rin,

Quand on est subtil, on at ben du pllèsir et ben du bonhœr. Cél que ne sât ren,

Quand on est adroit, on a bien du plaisir et bien du bonheur. Celui qui ne sait rien

n'è rin, ly-è mè ke le vo dio. Mè, kan iro dzouno ly'amâvo tzankramin lyêre, bin

n'est ren, il est mè que lo vos dio. Mè, quand éro joueno y'amâvo chancrament liére, ben

n'est rien, c'est moi qui vous le dis. Moi, quand j'étais jeune j'aimais beaucoup lire, bien

tan ke nothron inkourâ, le boun'anhyan ke no-j-an intèrâ ly-a dè chin karant'an,

tant que nouthron encurâ, le bon ancian que nos ens entèrrâ il y at de cen quaranta ans,

autant que notre curé, le bon ancien que nous avons enterré il y a de cela 40 ans,

mè voli fére a rèkordâ po vigni kuré. Ma n'a rin balyi fro ; a vintèdou-j-an

mè volêt fére a recordar por vegnir curà. Mas n'at ren balyê fôr ; a vengt-et-doux ans

il voulait me faire étudier pour devenir curé. Mais il n'en est rien ressorti ; à 22 ans

mè chu maryâ avi Lyôdina dè vê lè Petzon (Diu ôchè cha pour'ârma), du adon,

mè su mariâ avouéc Gllôdina de vers les Pechon (Diô usse sa poura ârma !), dês adonc,

je me suis marié avec Claudine de chez les Pechon (Dieu ait sa pauvre âme !), depuis lors

adiu lè lèkturè ; ly-é-j-ou tan a batalyi, tan dè mô po gâgni ma poura ya ; è

adiô les lèctures ; y'és yu tant a batalyér, tant de mâl por gâgnér ma poura via ; et

adieu les lectures ; j'ai eu tant à batailler, tant de mal pour gagner ma pauvre vie ; et

puthè kan lyêjé ma fèna l'avi rin a grâ ; irè bin bouna dzin, ma pethou

puethe quand liésê ma fèna el avêt ren a grât ; ére ben bôna gent, mas pletout

après quand je lisais ma femme n'était pas contente ; c'était une bonne personne,mais aussitôt

ke ly-avé fetchi le nâ din kotiè-j-èkreturê, mè fajè di voulâyè d'la mètzanthe.

que y'avê fechiê le nâs dens quârques ècritures, mè fasêt des voualêyes de la mèchance.

que j'avais mis le nez dans quelques écrits, elle me faisait des réprimandes terribles.

Kan volé lyêre ôtiè in katzon, a l'ètzeka, mè falyi mè chôvâ a la kanpina, ora

Quand volê liére oque en cachon, a l'ècheca, mè falyêt mè sôvar a la campina, ora

Quand je voulais lire qqch en cachette, même peu,je devais me sauver aux WC, maintenant ce

chin ke chavé, le chavé ; ly-é prou oublyâ ôtiè, ma pâ to, kemin vo le vêrê ; ache,

cen que savê, lo savê ; y'é prod oubliâ oque, mas pas tot, coment vos le vèrréd ; asse,

que je savais, je le savais ; j'ai beaucoup oublié, mais pas tout, comme vous le verrez ; ainsi,

kan Moncheu l'inkourâ, din chè pridzo, parlâvè d'ichtoire dou to vilyo tin, che chè

quand Monsiœr l'encurâ, dens ses préjos, parlâve d'histouères du tot vielyo temps, se sè

quand M. le curé, dans ses prêches, parlait d'histoires du tout vieux temps, s'il se

tronpâvè, nè pou nè rin, chavé prou le vêre. Che l'avé oujâ ly-aré prou de :

trompâve, ni pou ni ren, savê prod lo vêre. Se l'avê osâ lui arê prod det :

trompait, de presque rien, je savais bien le voir. Si j'avais osé je lui aurais bien dit :

"Perdenâ mè, Moncheu, n'è pâ tot-a-fé dinche".

"Pardonâd-mè, Monsiœr, n'est pas tot à fêt d'ense".

"Pardonnez-moi, Monsieur, ce n'est pas tout à fait ainsi".

M'in vé vo parlâ chta né d'la vela dè Ràma. Ha vela ly-è bin la mityi

M'en vé vos parlar ceta nuet de la vela de Roma. Cela vela el est ben la mêtiêt

Je m'en vais vous parler ce soir de la ville de Rome. Cette ville est bien de moitié

plye grôcha tiè ha dè Friboa. Ly-è-j-ou keminhya pê dou bon bouébo k'iran

plles grôssa que cela de Fribôrg. El est yu comenciê per doux bons bouèbos qu'érant

plus grande que celle de Fribourg. Elle a été fondée par deux bons garçons qui s'appelaient

anon Romulus è Rémus ; chin èthi di-j-infan abandenâ dè chèna è dè dona ke

a nom Romulus et Rèmus ; cen étêt des enfants abandonâs de senior et de dona que

Romulus et Rémus ; c'était des enfants abandonnés de père et de mère qui

chon-j-ou alityi d'on là ; afin vètinke, n'irè prou pâ le lâ ke ly-alityivè, irè ouna

sont yus alêtiês d'un lop ; enfin vê-t-inque, n'ére prod pas le lop que y alêtiêve, ére una

ont été allaités par un loup ; enfin voilà, ce n'était pas un loup qui allaitait, c'était une

luva ke lè tzahyà lyavan tiâ chè piti è ly-a prê a la pyêthe hou dou-j-infan

lôva que les chaciors lyé avant tuâ ses petits et el at prês a la pllàce celos doux enfants

louve dont les chasseurs avaient tué les petits et elle a pris à la place ces deux enfants

alityi, pê-la-mô ke le lathi ly faji mô, kemin i tchivrè pâ ariâyè. Hou dou

alêtiês, per l'amôr que le lacél lyé fasêt mâl, coment ux chiévres pas arriâyes. Celos doux

à allaiter, parce que le lait lui faisait mal, comme aux chèvres non traites. Ces deux

frârè kan chon-j-ou grô è ke ly-an-j-ou kotiè méjenètè dè lou velèta, chè chon tyâ

frâres quand sont yûs grôs et qu'ils ant yu quârques mèsonètes de lor velèta, sè sont tuâs

frères quand ils ont été grands et qu'ils ont eu quelques maisonnettes de leur petite ville, se

l'on-l'ôtro.

l'un l'ôtro.

sont tués l'un l'autre.

Du inke ly-a-jou a Ràma thin ou chi rè, chalyi lè-j-on du ché, lè-j-ôtro du lé ; le

Dês inque y at yu a Roma cinq ou siéx rês, salyis les uns dês cé, les ôtros dês lé ; le

Dès lors il y a eu à Rome cinq ou six rois, sortis les uns d'ici, les autres de là ; le

dèri irè on chertin Taquin ke l'amâvan pâ grô, pè la mô k'irè on orgolyà fè

dèrriér ére un cèrtin Tarquin que l'amâvont pas grôs, per l'amôr qu'ére un orgolyox fêt

dernier était un certain Tarquin qu'ils n'aimaient guère, parce que c'était un orgueilleux fait

è fournê, on pavon tiè ! Èputhè èthi pâ prou vuitin avi lè fèmalè ; chin ne vô

et forni, un pavon què ! Et puéthe éthêt pas prod gouetent avouéc les femèles ; cen ne vôt

et fini, un paon quoi ! Et ensuite il n'était pas si regardant avec les femmes ; cela ne vaut

rin, mè-j-èmi, krêdè-mè ; n'a rin dè parlyè po fére a tzère kôkon le ku din

ren, mes àmis, crêde-mè ; n'at ren de pariér por fére a chêre quârqu'un le cul dens

rien, mes amis, croyez-moi ; il n'y a rien de pareil pour faire tomber quelqu'un le cul dans

l'îvouè. Lè Romain n'an don rin mé volu dè hou rê plyin d'orgouè mônè ;

l'égoue. Les Romens n'ant donc ren més volu de celos rês pllens d'orguely mâl-net ;

l'eau. Les Romains n'en ont donc plus voulu de ces rois pleins de sale orgueil ;

ly-an betâ bâ Takin a pou pri in mimo tin ke nothrè-j-anhyan ly-an yu

ils ant betâ bâs Tarquin a pou prés en mémo temps que nouthros ancians ils ant viu

ils ont renversé Tarquin à peu près en même temps que nos ancêtres ont vu

ch'indalâ le konto dè Grevire. Chin fà ke lè Gruèrin è lè Romain chè chon betâ

s'end alar le comto de Gruviére. Cen fêt que les Gruverens et les Romens sè sont betâs

s'en aller le comte de Gruyère. Cela fait que les Gruérins et les Romains se sont mis

in rèpublike le mim'an.

en rèpublica le mémo an.

en république la même année.

Du inke ly-an nonmâ di konchul ; chin ly-è le mimo afére tiè nothrè

Dês inque ils ant nommâ des consuls ; cen l-est le mémo afére que nouthros

Dès lors ils ont nommé des consuls ; c'est la même chose que nos

konchelyé d'Ètha, tiè ke là n'in d'avan dou tandi ke no-j-in fô chate.

conseliérs d'Èthat, què que lé nend avant doux tandis que nos en fôt sèpt.

conseillers d'Etat, sauf que là il y en avait deux tandis qu'il nous en faut sept.

Ly-è kotiè tin apri chti tzandzèmin (né djèmé pu chin oublyâ) ke chon-j-ou

Il y est quârque temps aprés ceti changement (n'é jàmés pu cen oubliâ) que sont yu

C'est quelque temps après ce changement (je n'ai jamais pu oublier cela) qu'ils ont été

prindre on gènèrô permi lè payijan. Chè kriyan ke to irè fotu ; di krouyo vejin,

prendre un g∙ènèrâl permié les payisans. Sè crèyant que tot ére fotu ; des crouyos vesins,

prendre un général parmi les paysans. Ils croyaient que tout était foutu ; des mauvais voisins,

lè Chavoyâ ke krêyo, iran vunu a Ràma po to betâ a fu è a chan, ly alâvan a to

les Savoyârds que crèyo,érant venus a Roma por tot betar a fuè et a sang, y alâvant a tot

les Savoyards je crois, étaient venus à Rome pour tout mettre à feu et à sang, ils allaient tout

tyâ ; lè Romain gurlâvan dè pouère. Kan chon-j-ou anonhyî a chti payijan ke falyi

tuar ; les Romens grolâvont de pouere. Quand sont yu anonciér a ceti payisan que falyêt

tuer ; les Romains tremblaient de peur. Quand ils ont été annoncer à ce paysan que c'était lui

ly po dre i chudâ : Vorwerts ! lan trôvà ke tignè lè kouârnè dè cha tsèru, in

lui por dere ux sodârds : Vorwärts ! l'ant trovâ que tegnêt les cuernes de sa chàrrue, en

qu'il fallait pour dire aux soldats : Vorwärts ! ils l'ont trouvé qui tenait les cornes de sa charrue, en

foumin cha pupèta dè tèra. Chin ly-èthi le furi, ly-èthi chin mandzè è to mou dè tzô.

fument sa pipèta de tèrra. Cen l-èthêt le forél, il èthêt sen manges et tot môl de chôd.

fumant sa pipe de terre. C'était le printemps, il était sans manche et trempé de chaleur.

Kan ly-a yu inke di moncheu dè Ràma ke vignan dèvejâ avi ly d'la pâ

Quand il at viu inque des monsiors de Roma que vegnant devesar avouéc lui de la pârt

Quand il a vu là des messieurs de Rome qui venaient parler avec lui de la part

di mètre, i lou di : "N'è pâ le to, atindè ouna vouèrbèta po mè dre vothron

des mêtres, il lor dit : "N'est pas le tot, atende una vouèrbèta por mè dere vouthron

des maîtres, il leur dit : "Ce n'est pas le tout, attendez un moment pour me dire votre

butin ; mè fô adi mè rèvoudre on bokon po vo rèchouêdre." Chu chin lè mênè a cha kabâna

butin ; mè fôt adés mè revôrdre un bocon por vos recêvre."Sur cen les mène a sa cabâna

affaire ; il me faut encore m'arranger un peu pour vous recevoir". Là-dessus il les mène à sa cabane

è lè fâ achètâ. Hè ! ke brâmè à cha fèna, pouârta mè ché mè bounè tzôhè dè vélu, ouna

et les fât assietar. Hè ! que brâme a sa fèna, puerta-mè cé mes bônes chôces de velu, una

et les fait asseoir. Hé ! crie-t-il à sa femme, porte-moi ici mon bon pantalon de velours, une

tzemije blyantze, ma gravata dè chèya, ma bouna roba a lamè è mon tzèpi di

chemise bllanche, ma gravata de sèya, ma bôna roba a lames (pans) et mon chàpél des

chemise blanche, ma cravate de soie, ma bonne robe à pans et mon chapeau des

demindzè, i fô adi ithre onîtho avi lè dzin. Kan chè-j-ou lavâ, tzandji,

demenges, il fôt adés éthre honétho avouéc les gens. Quand s'est yu lavâ, changiê,

dimanches, il faut toujours être convenable avec les gens. Quand il se fut lavé, changé,

rèblyantzi, irè rin mé le mîmo. Ora, ke lou di, ora chu ché po vo-j-akutâ ; ditè-mè chin

rebllanchi, ére ren més le mémo. Ora, que lor dit, ora su cé por vos acutar ; déte-mè cen

reblanchi, il n'était plus le même. Maintenant, leur dit-il, je suis là pour vous écouter ; dites-moi ce

ke vo-j-è a mè dre. Kan ly-a chu lè-j-afére i lou fâ : choche n'è rin po rire, no fô

que vos éd a mè dere. Quand il at su les aféres, il lor fât : ço-ce n'est ren por rire, nos fôt

que vous avez à me dire. Quand il a su l'histoire, il leur fait : ceci n'est pas pour rire, il ne nous faut

pâ betâ dou pî din n'a bota, ma toparè no volin pâ modâ a fan. Apri

pas betar doux pieds dens na bota, mas tot-pariér nos volens pas modar a fam. Aprés

pas mettre deux pieds dans une botte, mais tout de même nous n'allons pas partir affamés. Après

avi rupâ la choupa, le bakon, le tro dè linju ke cha fèna lou-j-avi potadji, chè chon

avêr rupâ la sopa, le bacon, le troc de lendiôl que sa fèna lor-s-avêt potagiê, sè sont

avoir bien mangé la soupe, le bacon, le morceau de saucisson que sa femme leur avait

inbreyâ.

embrèyês.

préparé, ils se sont mis en route.

Ly-è damâdzo ke ly-alichan pâ mè ou dzoa d'ora, tzertchi lè gènèrô è lè

Il est damâjo qu'ils aléssont pas més u jorn d'ora, chèrchiér les g∙ènèrâls et les

Il est dommage qu'ils n'aillent plus aujourd'hui chercher les généraux et les

kolonel pêrmi lè payijan, chin ly-oudrè bin mì. Chi ke vo dyo ly-a betâ lè Romain

colonèls permié les payisans, cen y alrêt ben mielx. Cél que vos dio il at betâ les Romens

colonels parmi les paysans, ça irait bien mieux. Celui dont je vous parle il a sorti les Romains

fro dè pochyin ; ly-a to menà a bouna fin bin tan rido ke ly-a onko pu chè rèintornâ

fôr des pensents ; il at tot menâ a bôna fin ben tant rudo que il at oncor pu sè rentornar

de leurs soucis ; il a tout mené à bonne fin si rapidement qu'il a encore pu s'en retourner

intche-ly po trère lè pre-de-tèra. Ly-è du inke ke lè Romain chon vignè

enchiéz lui por trère les peréts-de-tèrra. Il est dês inque que les Romens sont vegnêts

chez lui pour arracher les pommes de terre. C'est depuis lors que les Romains sont devenus

tan inradji apri lè dyèrè, pè la mô ke tot'irè bin jelâ. Kan puyan pâ

tant enragiês aprés les guèrres, per l'amôr que tot ére ben z-alâ. Quand poviant pas

si enragés de guerres, parce que tout s'était bien passé. Quand ils ne pouvaient pas

tôpâ lè-j-èthrandzo, chè batan intrè là kemin di tzin.

tapar les èthranjos, sè batant entre lor coment des chins.

taper sur les étrangers, ils se battaient entre eux comme des chiens.

Ly-avan achebin a Râma on Gran Koncheil ke ly dejan le Chèna. Ly-avi inke

Il y avêt asse-ben a Roma un Grant Consèly qu'ils desant le Sènat. Il y avêt inque

Il y avait aussi à Rome un Grand Conseil qu'ils appelaient le Sénat. Il y avait là

on dèputé k'irè anom Katon. Chi inke irè totèvi grindzo kemin on patè, djèmé le

un dèputà qu'iré a nom Caton. Cél-inque ére totes-vies grinjo coment un patiér, jamés le

un député du nom de Caton. Celui-ci était toujours grincheux comme un chiffonnier, jamais

viyan grahyà ; totèvi trôvàvè a rèdre chu choche ou chu chin.

veyant graciox ; totes-vies trovâve a redere sur ço-ce ou sur cen.

on ne le voyait gracieux ; toujours il trouvait à redire sur ceci ou sur cela.

Ly-avi adon hou dè Kartàje ke fajan la pota a hou dè Ràma. Katon n'avi

Il y avêt adonc celos de Cartâge que fasant la pota a celos de Roma. Caton n'avêt

Il y avait alors ceux de Carthage qui cherchaient noise à ceux de Rome. Caton n'était

rin tan chin a grâ, i dejè adi ou Gran Koncheil : "I fô fetchi le fu a Kartàje, i fò

ren tant cen a grât, il desêt adés u Grant Consèly : "Il fôt fechiér le fuè a Cartâge, il fôt

pas content de cela, il disait toujours au Grand Conseil : "Il faut mettre le feu à Carthage, il faut

grelyi Cartâje." L'a t'an de k'a la fin l'an fè. Lè Romain ly-an pachâ la golye chu

grelyér Cartâge." Il at tant dét qu'a la fin l'ant fêt. Les Romens ils ant passâ la gôlye sur

griller Carthage." Il a tant dit qu'à la fin ils l'ont fait. Les Romains ont passé la mare (= mer)

di batò a vapeu è chon jelâ frekachi Kartâje avi di bombè.

des batôs a vapœr et sont z-alâs frecassiér Cartâge avouéc des bombes.

sur des bateaux à vapeur et ils sont allés fricasser Carthage avec des bombes.

Chi Katon ly-avi achebin ouna din, ouna fièrta din kontre lè fèmalè ; poré

Cél Caton il avêt asse-ben una dent, una fierèta dent contre les femèles ; porrê

Ce Caton il avait aussi une dent, une fière dent contre les femmes ; je ne pourrais pas

pâ vo dre por tiè. Chi, ly-ari fê on fiè l'inkourâ : ne voli pâ chufri lè danthè,

pas vos dere porquè. Cél, il arêt fêt un fier l-encurâ : ne volêt pas sofrir les dances,

vous dire pourquoi. Celui-là, il aurait fait un fier curé : il ne voulait pas souffrir les danses,

tapadjivè kontre lè vêlyè, povi pâ chintre lè luron ; voli pâ léchi betâ di botyè

tapagiêve contre les velyês,povêt pas sentre les lurons, volêt pas lèssiér betar des boquèts

tapageait contre les veillées, ne pouvait pas sentir les lurons, ne voulait pas laisser mettre des fleurs

i tzêpi i fèmalè ; i l-intindè ke lè damè è lè damejalè chè vithichan a la vilye

u chapél ux femèles ;il entendêt que les dames et les damesouèles sè vethéssant a la vielye

au chapeau des femmes ; il entendait que les dames et demoiselles s'habillent à la vieille

moûda, avi di kouêthè nêrè, di fourdâ a bâvèri è le motchà karnâ avô lè

môda, avouéc des couèthes nêres, des fordârs a bâverél et les mochiors carronâs avâl les

mode, avec des coiffes noires, des tabliers à bavettes et les fichus à carreaux en bas des reins;

rin ; enfin i volê ke chan vihyè per dèchu. Lou rèkemandâvè fermo lè motchâ

rens ; enfin il volêt que seyont vethues per dessus. Lor recomandâve fèrmo les mochiors

enfin il voulait qu'elles soient habillées par dessus. Il leur recommandait ferme les fichus

è lè fourdâ fi-mimo ; lè gran ruban, lè tchoto, lè tzapolè, lè tapa-ku kemin

et les fordârs fêts mémo ; les grants rubans, les chiotos, les chapolèts, les tapa-cul coment

et les tabliers faits soi-même ; les grands rubans, les beuveries, les petits chapeaux, les tilburys

fan ora ly alâvan pâ, irè tiè le mô k'irè tru pou akutâ. Ly-avi fê a vôtâ ou Gran

fant ora lui alâvont pas, ére que le mâl qu'ére trop pou acutâ. Il avêt fêt votar u Grant

comme on fait à présent ne lui allaient pas, il n'y avait que le mal qui était trop peu écouté (sens obscur). Il avait fait voter au Grand

Koncheil di lê kontre l'orgouè è lè danthè ; i puyan danhyi nè po pou, nè po

Consèly des louès contre l'orguely et les dances ; ils poviant danciér ni por pou, ni por

Conseil des lois contre l'orgueil et les danses ; on ne pouvait danser ni peu ni prou ;

prà ; n'è pâ kemin pèche ou dzoa d'ora, in payin i puyon adi veri, choutâ è

prod ; n'est pas coment per-ce u jorn d'ora, en payent ils pôviont adés veriér, sôtar et

ce n'est pas comme par ici aujourd'hui, en payant on peut toujours tourner, sauter et

begoulâ tantiè ou gran dzoa. Krêdè pi ke lè fèmalè ne l'amâvan pâ tru chti

begôlar tant que u grant jorn. Crêde pir que les femèles ne l'amâvont pas trop ceti

s'amuser jusqu'au grand jour. Croyez bien que les femmes ne l'aimaient pas trop ce Caton,

Katon, le puyan nè vêre, nè chintre ; ly dejan rintiè vilyo ché, vilyo lé, vilyo fou,

Caton, le poviant ni vêre, ni sentre ; lui desant ren que vielyo cé, vielyo lé, vielyo fôl,

elles ne pouvaient ni le voir ni le sentir ; elles ne l'appellaient que vieux ci, vieux là, vieux fou,

vilyo rounèri, vilyo plyumâ, ora n'oujâvan adi pâ le dre per dèvan ly. Ly-è moâ

vielyo roneriér, vielyo pllumâ, ora n'osâvont adés le dere per devant lui. Il est môrt

vieux rouspéteur, vieux plumé, mais elles n'osaient pas toujours le dire par devant lui. Il est mort

galyâ anhyan chi Katon, ê l'an dèvan cha moâ i lyêji adi chin bèrihlyo l'èrmana dè

galyârd ancian cél Caton, et l'an devant sa môrt il liesêt adés sen berécllo l'àrmanac de

joliment vieux ce Caton, et l'année avant sa mort il lisait encore sans lunettes l'almanach de

Bêrna è Vevê.

Bèrna et Vevê.

Berne et Vevey.

Chin ke ly-a tan poutamin indui Caton kontre hou dè Kartâje ly-è-jou lè

Cen que y at tant pouetament enduit Caton contre celos de Cartâge il est z-yu les

Ce qui a si méchamment conduit Caton contre ceux de Carthage ç'a été les

diêrè d'Anibâle. Chi gènêrô ly-a pachâ Dzaman avi chèptanta mil chudâ è trè

guèrres d'Anibâle. Cél g∙ènèrâl il at passâ Jaman avouéc sèptanta mile sodârds et três

guerres d'Annibal. Ce général a passé le col de Zaman avec 70 mille soldats et trois

thin kanon po fotre bâ la vela dè Ràma. Lè Romain chon-j-ou arandji, hou

cents canons por fotre bâs la vela de Roma. Les Romens sont z-yu arrengiês, celos

cents canons pour abattre la ville de Rome. Les Romains ont été arrangés, ceux-là ;

inke ; chon-j-ou tapâ kemin di tzê dè fêmê, n'in dè mé chobrâ dè kutchi tiè

enque ; sont z-yu tapâs coment des chàrs de femiér, nend est més sobrâ de cuchiês que

ils ont été frappés comme des chars de fumiers, il en est plus resté de couchés que

dè lèvâ. Ma Anibâle n'a pâ chu chè teri innan kan falyê ; ou lyu dè choutâ chu Râma

de levâs. Mas Anibâle n'at pas su sè teriér en-ant quand falyêt ; u luè de sôtar sur Roma

de levés. Mais Annibal n'a pas su aller de l'avant quand il fallait ; au lieu de sauter sur Rome

kemin on tza chu n'a rata, kan ly-avè gnon mé dedin tiè kotiè moncheu è

coment un chat sur na rata, quand il avêt nion més dedens que quârques monsiors et

comme un chat sur une souris, quand il n'y avait plus personne dedans que quelques messieurs et

kotiè dâmè ke n'aran pâ chu lou dèfindre, tiè fâ-the ? Vathe-pâ, chi patô, chè

quârques dames que n'arant pas su lor dèfendre, què fâth-il ? Vath-il pas, cél patôd, sè

quelques dames qui n'auraient pas su se défendre, que fait-il ? Ne va-t-il pas, ce pataud, se

kutchi è dremi on chono din na velèta, ke ly dejan ché dza pâ mé kemin. Intrè

cuchiér et drœmir un sono dens na velèta, qu'ils desant sé ja pas més coment. Entre-

coucher et faire un somme dans sa petite ville, qu'on appelait je ne sais plus comment. Entre-

tin, lè Romain koton lè gran-pouârtè d'la vela, ly-an formâ dou rèjiman dè

temps, les Romens cotont les grants-pôrtes de la vela, ils ant formâ doux règ∙iments de

temps, les Romains étayent les grandes portes de la ville, ils ont formé deux régiments de

chapeu, katro dè kalonié, vin dè karabinié è chon jelâ avi chin rèvèlyi

sapœrs, quatro canoniérs, vengt de carabiniérs et sont z-alâs avouéc cen rèvelyér

sapeurs, quatre de canonniers, vingt de carabiniers et ils sont allés avec cela réveiller

Anibâle ke ronhlyâvè adi. Mati chè chon prou règrefâ, ma ly-t-an aprê a vigni

Anibâle que ronfllâve adés. Mas tués sè sont prod regrefâ, mas lui ant aprês a vegnir

Annibal qui ronflait encore. Mais tous se sont bien rebiffés, mais ils lui ont appris à venir

trinâ chè tzôthè per inke, chi malnitho ! Le t'an bin tan èkourdji ke ly a falyu chè

trênar ses chôces per inque, cél mâlhonéto ! Le t'ant ben tant ècorgiê que lui at falyu sè

traîner ses chausses par là, ce malhonnête ! Ils te l'ont tellement bien fouetté qu'il lui a fallu se

chôvâ tantiè intche-ly in travêchin la mâ chu on krouyo piti navè, du inke l'an

sôvar tant que enchiéz-lui en travèrsent la mar sur un crouyo petit navél, dês inque l'ant

sauver jusque chez lui en traversant la mer sur un mauvais petit navire, dès lors on ne l'a

pâ rèyu. Lè Romain ly-avan adon Milchiade k'irè kapetan, on kolonel ke ly

pas reviu. Les Romens ils avant adonc Milciade qu'ére capiténo, un colonèl que lui

pas revu. Les Romains avaient donc Miltiade qui était capitaine, un colonel nommé

dejan Chipion èputhè on chertin gènèrô anon Fabian. Lè lèvro dion ke chi

desant Scipion et puéthe un cèrtin g∙ènèrâl a nom Fabian. Les lévros diont que cél

Scipion et puis un certain général du nom de Fabien. Les livres disent que ce

Fabien irè fermo plyènè din chè-j-afére ; ora chin ke fajè le faji bin.

Fabian éro fèrmo pllanox dens ses aféres ; ora cen que fasêt le fasét ben.

Fabien était très lent dans son travail ; mais ce qu'il faisait il le faisait bien.

Bin di-j-an apri ly-an-j-ou a Ràma on vôrin ke ly dejan Katelna, i ne valyi pâ

Ben des ans aprés il y ant z-yu a Roma un vôren que ils desant Catelena, il ne valyêt pas

Bien des années après ils ont eu à Rome un vaurien appelé Catilina, il ne valait pas

ouna pupâ dè krouyo taba, i voli to betâ a fu è a chan pè Ràma è pâ oun'ârma n'in

una pipâ de crouyo tabac, il volêt tot betar a fuè et a sang per Roma et pas un ârma n'en

une pipée de mauvais tabac, il voulait tout mettre à feu et à sang dans Rome et personne n'en

chavi on mo tantiè ou dèri momin ; toparè, on di dou konchelyé, Chichèron, ly-a

savêt un mot tanque u dèrriér moment ; tot-pariér, un des doux conseliérs, Cicèron, il at

savait un mot jusqu'au dernier moment ; malgré tout, un des deux conseillers, Cicéron, a

to chin chu per on jandârme ; ora le jandârme du yô le chavi-the, poré pâ le vo dre.

tot cen su per un g∙endârme ; ora le g∙endârme dês yô le savêth-il, porê pas le vos dere.

su tout cela par un gendarme ; mais le gendarme d'où le savait-il, je ne pourrais vous le dire.

Adon, ouè ! ly-a fi bi oure ! Chichèron, in plyin Gran koncheil, dèvant to le mondo,

Adonc, ouè ! lui at fêt bél aoure ! Cicèron, en pllen Grant Consèly, devant tot le mondo,

Alors, oui ! il lui a fait bien entendre ! Cicéron, en plein Grand Conseil, devant tout le monde,

chè poutamin dèchodâ ; chè betè a fére ouna choutâye dou diâblyo a Katelna ke ly

s'est pouetament dèssodâ ; sè bète a fére una sôtâye du diâbllo a Catelena que il

s'est méchamment *emporté ; il se met à faire une attaque du diable à Catilina qui ne

ch'atindi pâ è ke fajê a kotô dè rin. "Tantiè kan, tzêropa, kagne ke te mè fâ,

s'atendét pas et que fasêt a *cotô de ren. "Tant que quand, chàropa, cagne que te mè fâs,

s'attendait pas et qui faisait semblant de rien. "Jusqu'à quand, escroc, vaurien que tu me fais,

tantiè kan, vindri-tho tè fotre dè no per inke è no menâ pè le nâ ! Vou-tho

tant que quand vindrés-thu tè fotre de nos per inque et nos menar per le nâs ! Vôs-thu

jusqu'à quand viendras-tu te foutre de nous par ici et nous mener par le nez ! Veux-tu

no-j-intzèréyi, kotyin, vôrin, bregan ke t'y !" È ly a fi di rètrahyon chu chi

nos enchàrreyér, coquin, vôren, bregand que t'és !" Et lui at fêt des rètracions sur cél

nous jeter des sorts, coquin, vaurien, brigand que tu es !" Et il lui a fait des reproches sur ce

ton oun'àra dè rèlodzo. Chèke Chichèron irè pâ imbarachi po menâ lè potè,

ton una hora de relojo. C'est que Cicèron ére pas embarrassiê por menar les potes,

ton une heure d'horloge. C'est que Cicéron n'était pas embarrassé pour jouer des lèvres,

chè-j-ou rèkordâ in betin di pêrètè dè lyére din la botze por aprindre a prou

s'est z-yu rècordâ en betent des pierrètes de gllére dens la boche por aprendre a prod

il avait étudié en mettant des caillous de rivage dans la bouche pour apprendre à très

bin dèvejâ. Chi, po fére di bi pârlèmin ! Nothron vilyo doyin pridzè prou bin,

ben devesar. Sé, por fére des béls parlements ! Nouthron vielyo doyen prége prod ben,

bien parler. Si, pour faire des beaux discours ! Notre vieux doyen prêche très bien,

ma n'ari rin montâ a Chichèron ; ô ! na, rin.

mas n'arêt ren montâ a Cicèron ; oh ! nan, ren.

mais il n'aurait en rien surpassé Cicéron ; oh ! non, en rien.

Ora djudjidè-vê che ly-an-j-ou pouêre pê Râma kan ly-an choche oyu ; che chon-

Ora jugiéde vêr s'ils ant z-yu pouere por Roma quand ils ant ço-ce aouyu ; sè sont

Maintenant jugez voir s'ils ont eu peur pour Rome quand ils ont entendu cela ; ils sont

j-ou inpontâ ! Catelna kan ly-a yu ke to chè chavê, ch'inchôvâ a vintro a tèra fro

z-yu empontâs ! Catelena quand il at viu que tot sè savêt, s'ensôvat a ventro a tèrra fôr

sortis de leurs gonds ! Catilina quand il a vu que tout se savait, s'ensauva ventre à terre hors

d'la vela. Chichèron ly-a invouyi apri ly on rèjiman dè jandârme. L'an atrapâ, ma

de la vela. Cicèron il at envoyê aprés lui un règiment de g∙endârmes. L'ant atrapâ, mas

de la ville. Cicéron a envoyé après lui un régiment de gendarmes. Ils l'ont attrapé, mais ils

n'an pâ pu le lyètâ chin ly teri dèchu. Chin ly-è arouvâ in mimo tin tiè

n'ant pas pu le gllètar sen lui teriér dessus. Cen est arrevâ en mémo temps que

n'ont pas pu le prendre par surprise sans lui tirer dessus. C'est arrivé en même temps que

ke Tzenô kudyivè betâ bâ le vilyo gouêrnèmin, ch'iran balyi mo, ma

que Chenâlx cudiêve betar bâs le vielyo govèrnement, s'érant balyê mâl, mas

quand Chenaux essayait d'abattre le vieux gouvernement, ils s'étaient donné du mal, mais ils

chon tidou tzeju in'èkouéche.

sont tués doux chesu en ècouèsse.

sont tombés tous deux en écroulement.

Ly-an-j-ou achebin a Râma dou frârè ke lou dejan lè frârè Grakus oubin

Ils ant z-yu asseben a Roma doux frâres que lor desant les frâres Gracus ou ben

Ils ont eu aussi à Rome deux frères qu'on appelait les frères Gracchus ou

Gra… ly-an prou rèbulyi lè-j-afére hou dou ; lou-j-a falyu lou-j-in dèfére kemin

Gracs… ils ant prod rebolyir les aféres celos doux ; lor at falyu lor en dèfére coment

Gracques… ils ont bien remué les affaires, ces deux-là ; il leur a fallu s'en défaire comme

ly-an pu. Chin ly-è di dzin mô kemoudo. I fô ke brathichan la pâtha, le pan ke lè-j-

ils ant pu. Cen est des gens mâl comôdos. Il fôt que braciéssont la pâtha, le pan que les

ils ont pu. C'est des gens pas commodes. Il faut qu'ils pétrissent la pâte, le pain que font les

ôtro fan n'è pâ bon. Chon kemin lè budzon, puyon pâ dzoure trantyilo : kemin

ôtros fant n'est pas bon. Sont coment les bujons, pôviont pas jore tranquilos : coment

autres n'est pas bon. Ils sont comme les fourmis, ils ne peuvent pas rester tranquilles : comme

lè dèrbon, i plyèkon pâ dè buthâ dèjo tèra. Dè hou dzin inke n'in d'irè plyin a

les darbons, ils pllacont pas de bouçar desot tèrra. De celos gens inque nend ére pllen a

les taupes, ils n'arrêtent pas de pousser sous la terre. De ces gens-là il y en avait plein à

Râma ! Ma chi ke mretè le ponpon po chin ly-è Jule Chèjâr ; n'in d'a-the ravadji d'

Roma ! Mas cél que merete le pompon por cen est Jule Cèsâr ; nend ath-il ravagiê de

Rome ! Mais celui qui mérite le pompon pour cela c'est Jules César ; en a-t-il ravagé de

l'afére chi inke pè Râma ! Po chè dèbarachi dè ly, le Gran koncheil l'invouyè in

l'afére cél-inque per Roma ! Por sè dèbarrassiér de lui, le Grand Consèly l'envoye en

l'affaire celui-là à Rome ! Pour se débarrasser de lui, le Grand Conseil l'envoie en

Franthe avi oun'armé k'irè plye grôcha tiè ha a Krichtofle dè Karignan ke n'avi

France avouéc un'armê qu'ére plles grôssa que cela a Cristôfle de Carignan que n'avêt

France avec une armée qui était plus grande que celle de Christophe de Carignan qui n'avait

tiè katre-vin payijan, è avi chin ly-a prê a-pou-pri lè trè tyè d'la Franthe.

que quatro-vengt payisans, et avouéc cen il at prês a pou prés les três tièrs de la France.

que quatre-vingt paysans, et avec cela il a pris à peu près les trois tiers de la France.

Ly-è damâdzo ke Napoléon chi vignê ou mondo tiè kotiè-j-an apri, ka

Il est damâjo que Napoléon sêt vegnêt u mondo que quârques ans aprés, câr

Il est dommage que Napoléon ne soit venu au monde que quelques années après, car il

n'ari pâ pu fére per lé to chin ke ly-ari volu. Ly-è vignê tantiè deché dou lé dè

n'arêt pas pu fére per lé tot cen qu'il arêt volu. Il est vegnêt tant que decé du lèc de

n'aurait pas pu faire par là tout ce qu'il aurait voulu. Il est venu jusque de ce côté-ci du lac de

Vevê, d'la pâ dè Lojena, è inke ly-a poutamin batu lè Chuiche ke fotan le kan,

Vevê, de la pârt de Losena, et inque il at pouetament batu les Suisses que fotant le camp,

Vevey, du côté de Lausanne, et là il a méchamment battu les Suisses qui foutaient le camp,

ly-avan avi là on fiè gènèro, Aloîje Rèdingue dè Friboa. Du inke ly-è vignê

ils avant avouéc lor un fier g∙ènèrâl, Aloyise Redingue de Fribôrg. Dês inque il est vegnêt

ils avaient avec eux un fier général, Aloïs *Reding de Fribourg. De là il est venu

din la Grevire, è mafê ly chè bin plyé ; ly-a trovâ le payi a cha dyija è lè dzin bin

dens la Gruviére, et ma fê il s'est ben pllés ; il at trovâ le payis a sa guisa et les gens ben

dans la Gruyère, et ma foi il s'est bien plu ; il a trouvé le pays à sa guise et les gens bien

onîtho, kemin chon adi ora. I dejê ke ly-âmèri mi ithre chindike a

honéthos, coment sont adés ora. Il desêt qu'il âmerêt mielx éthre sendeco a

honnêtes, comme ils sont toujours aujourd'hui. Il disait qu'il aimerait mieux être syndic à

Monbovon, a Bro oubin a Lecho tiè d'ithre in chèkon ran a Râma. Ly-è chi Chèjâr

Montbovon, a Broc ou ben a Lèssoc que d'éthre en second rang a Roma. Il est cél Cèsâr

Montbovon, à Broc ou bien à Lessoc que d'être en second rang à Rome. C'est ce César

ke ly-a bâti le tzathi dè Grevire ; ly-alâvan adon a la mècha a Bro, n'avi tiè chi

qu'il at bâti le châthél de Gruviéres ; ils alâvont adonc a la mèssa a Broc, n'avêt que cél

qui a bâti le château de Gruyère ; ils allaient alors à la messe à Broc, il n'y avait que cette

mohyi din la kotze. Hou Romain iran mathon tan k'on volê, iran intrèpido

mothiér dens la coche. Celos Romens érant maçons tant qu'on volêt, érant entrèpidos

église dans le coin. Ces Romains étaient maçons tant qu'on voulait, ils étaient intrépides

po bâti, ora i fô to dre, iran achebin di to diâblyo po dèchtruire. Chti Chèjâr

por bâtir, ora il fôt to dere, érant asseben des tot diâbllos por dèstruire. Ceti Cèsâr

pour bâtir, cependant il faut tout dire, ils étaient aussi de tout diables pour détruire. Ce César

ly-a don korê deché è delé in fajin di dyêrè, irè todoulon i pê avi

il at donc corêt decé et delé en fasent des guèrres, ére tot du long en pêls avouéc

a donc couru de-ci de-là en faisant des guerres, il était tout le temps à se crêper avec

kôkon, n'avi dè dzouyo tiè kan povi chè batre. Eputhè chi po fère a dzuyi

quârqu'un, n'avêt de jouyo que quand povêt sè batre. Et puéthe cél por fére a jouyér

quelqu'un, il n'avait de joie que quand il pouvait se battre. Et puis (la joie) pour faire jouer

lè kanon : irè le premi kaloniè dè chon tin. I ly-è achebin jelâ du Grevire

les canons : ére le premier caloniérs de son temps. Il est asse-ben z-alâ dês Gruviére

les canons : il était le premier canonnier de son temps. Il est aussi allé de Gruyères

tantiè a Tzathidé in pachin pê le pertè d'la Tena ke ly-avi tan fan dè vêre,

tant qu'a Châthél d'Ex en passent per le pèrtués de la Tena qu'il avêt tant fam de vêre,

jusqu'au Château d'Œx en passant par le défilé de la Tine qu'il avait tant envie de voir,

è lé, va the pâ rinkontrâ, din on kabarè, Pompé ke bèvechi kartèta ; chtiche

et lé, vath-il pas rencontrar, dens un cabarèt, Pompê que bevessêt quartèta ; ceti-ce

et là, va-t-il pas rencontrer, dans un cabaret, Pompée qui buvait une chope ; celui-ci venait

vigni achebin du Râma ; lè dou chè tinâvan kemin la pojon pê-la-mô ke

vegnêt asse-ben dês Roma ; les doux sè tènâvont coment la poueson per l'amôr que

aussi de Rome ; les deux se détestaient comme le poison parce qu'ils

volan ti dou ithre mêtre. Chè chon don tzerkotâ è pu inpugni ; chè chon

volant tués doux éthre mêtres. Sè sont donc chèrcotâs et pués empouegnês ; sè sont

voulaient tous deux être maîtres. Ils se sont donc chicanés et puis empoignés ; ils se sont

tapâ, vugni, pigni, rôchi ; ly-an breji lè pètrole, chè tôpâvan a

tapâs, vougnês, pegnês, rossiês ; ils ant brisiê les pètroles, sè tôpâvont a

tapés, disputés, peignés, rossés ; ils ont cassé les lampes à pétrole, se sont bagarrés à

novéyon, enfin, to ly-è-j-ou inmèluâ. Hou dè Tzathidé ly-an inparâ Chèjâr,

non-veyon, enfin, tot est z-yu emmèluâ. Celos de Châthél d'Ex ils ant emparâ Cèsâr,

l'aveuglette, enfin, tout a été réduit en morceaux. Ceux de Château d'Œx ont soutenu César,

ché pâ por tiè, Pompé ly-è-j-ou bin tan poutamin batu ke n'in dè moâ kotiè

sé pas porquè, Pompê il est z-yu ben tant pouetament batu que nend est môrt quârques

je ne sais pas pourquoi, Pompée a été si méchamment battu qu'il en est mort quelques jours

apri. Ly-è-j-ou damâdzo dè chi Pompé, chavi tan bin fére lè pompê, ; ly-è

aprés. Il est z-yu damâjo de cél Pompê, savêt tant ben fére les pompiérs ; il est

après. Ç'a été dommage pour ce Pompée, il savait si bien faire les pompiers ; c'est

ly ke l'a fê hou ke le vilyo gouèrnèmin ly-a fê dè kadô a hou dè Lecho è a

lui qu'il at fêt celos que le vielyo govèrnement il a fêt des cadôs a celos de Lessoc et a

lui qui a fait ceux dont le vieux gouvernement a fait cadeau à ceux de Lessoc et à

hou d'Erbivouè pê-la-mô ke ch'iran pâ mèhlyâ d'la Rèvoluchion de Tzenô.

celos d'Àrbégoue per l'amôr qu'érant pas mècllâs de la Rèvolucion de Chenâl.

ceux d'Albeuve parce qu'ils ne s'étaient pas mêlés de la Révolution de Chenaux.

Ly-è adon ke ly-an keminhyi a apêchyêdre on chertin Mitridate, k'irè rê dè

Il est adonc qu'ils ant comenciê a apèrcêdre un cèrtin Mitridate, qu'ére rê de

C'est alors qu'ils ont commencé à apercevoir un certain Mithridate, qui était roi de

Pont, vo chédè, di chi tzathi ke chè trâvè dèjo Avry, to prî dè Pon-na-vela. Chi

Pont, vos séde, de cél châthél que sè trove desot Avri, tot prés de Pont-la-Vela. Cél

Pont, vous savez, de ce château qui se trouve sous Avry, tout près de Pont-la-Ville. Ce

Mithrîdate irè on fiê lyévo, kan ly-è-j-ou atakâ n'a pâ volu chè rindre nè

Mitridate ére un fier *lyévo, quand il est z-yu atacâ n'at pas volu sè rendre ni

Mithridate était un fier laid et méchant, quand il a été attaqué il n'a pas voulu se rendre ni

po pou, nè po prâ. Adon Chèjâr chè rèintornâ a Râma è ly chè trôvâ mêtre cholè, pâ

por pou, ni por prod. Adonc Cèsâr s'est rentornâ a Roma et il s'est trovâ mêtre solèt, pas

peu ni prou. Alors César est retourné à Rome et il s'est trouvé seul maître, pas

oun'ârma ly-avi ôtiè a ly dre, è vo ditè krère ke chin ne plyéji pâ a to

un'ârma avêt oque a lui dere, et vos dête crêre que cen ne pllésêt pas a tot

une âme n'avait quelque chose à lui dire, et vous devez croire que cela ne plaisait pas à tout

le mondo. Ache ! lè flanmachon ly-an dèchidâ intrè là dè l'invouyi din le payi di

le mondo. Asse ! mes francs-maçons ant dècidâ entre lor de l'envoyér dens le payis des

le monde. Ainsi ! les francs-maçons ont décidé entre eux de l'envoyer dans le pays des

tôpè ; volan chin fére din oun'athinblyâye yô ke dèvi chè trovâ. Che n'onhlyo, cha

tôpes ; volant cen fére dens un'assembllâye yô que devêt sè trovar. Son oncllo, sa

taupes ; ils voulaient faire cela dans une assemblée où il devait se trouver. Son oncle, sa

tanta, cha fèna è chon bio-frârè ly kudyivan prou dre : "Jule, ne t'inva pâ lé,

tanta, sa fèna et son biô-frâre lui cudiêvont prod dere : "Jule, ne t'en va pas lé,

tante, sa femme et son beau-frère essayaient de lui dire : "Jules, ne t'en va pas là,

tzouye, hou dzin tè volon rin dè bin" ; ly-avan dza achorolyi ôtiè ;

chaouye, celos gens tè vôlont ren de ben" ; ils avant ja èssorelyê oque ;

fais attention, ces gens ne te veulent rien de bien" ; ils avaient déjà entendu quelque chose en

ma ly n'a rin volu akutâ. Kan ly-è-j-ou achètâ chu cha chôla ouna

mas il n'at ren volu acutar. Quand il est z-yu assietâ sur sa sèla una

écoutant aux portes ; mais lui n'a rien voulu écouter. Quand il s'est assis sur sa chaise une

trintanna dè hou flanmachon le t'an inverenà, lè-j-on ly terivan di kou dè

trentêna de celos francs-maçons le t'ant enveronâ, les uns lui teriévont des côps de

trentaine de ces francs-maçons te l'ont environné, les uns lui tiraient des coups de

rèvolver, lè-j-ôtro ly infelâvan di kuti dè majalê to frè molâ din lè bui

rèvolvèr, les ôtros lui enfelâvont des cutéls de maseliér tot frès molâs dens les bouêls

revolver, les autres lui enfilaient des couteaux de boucher tout frais aiguisés dans les boyaux

tantiè ke ly-è-j-ou ètherbalâ. Chi ke ly-a balyi le mindro kou ly-è-j-ou on Brutus,

tant que qu'il est z-yu ètharbelâ. Céli que lui at balyê le muendro côp est z-yu un Brutus,

jusqu'à ce qu'il tombe violemment. Celui qui lui a donné le moindre coup ç'a été un Brutus,

Brute ; ly dejan dinche pê-la-mô ke ly-irè grobo kemin n'a chevîre, Chèjar irè

Brute ; lui desant d'ense per l'amôr qu'il ére grobo coment na ceviére, Cèsâr ére

Brute ; on l'appelait ainsi parce qu'il était grossier comme un brancard à fumier, César avait

portan-j-ou bin bon por ly.

portant z-yu ben bon por lui.

pourtant été bien bon avec lui.

Apri Chèjâr ly-è vunu Oguchte. Ly-irè on galé omo chi Oguchte ; mon

Aprés Cèsâr est venu Ôguste. Il ére un galès homo cél Ôguste ; mon

Après César est venu Auguste. C'était un bel homme cet Auguste ; mon

gran pérgran, kan irè chudâ la-j-ou yu a ouna rèyuva ; ly-irè le parin a Guchte de la

grant pére-grant, quand ére sodârd l'at z-yu a una reviua ; il ére le parent a Guste de la

arrière-grand-père, quand il était soldat il l'a vu à une revue ; c'était le parent à Guste de la

Fin d'amon, le pérgran dè chi ke ly a ora. Por avi la pé ly-a keminhyi a

Fin d'amont, le pére-grant de cél qu'il y at ora. Por avêr la pèx il a comenciê a

Fin d'en haut, le grand-papa de celui qu'il y a maintenant. Pour avoir la paix il a commencé à

ètherbalâ totâ ha rakalye dè flanmachon ke ly-avan achachinâ Chèjâr. Apri chin ly-è

ètharbelar tota cela racalye de francs-maçons que avant assassinâ Cèsar. Aprés cen il est

massacrer toute cette racaille de francs-maçons qui avaient assassiné César. Après cela il est

achebin vunu dyétâ din la Grevire yo ke ly-avi Antoine ke kortijâvè ouna chertèna

asse-ben venu guètâ dens la Gruviére yô qu'y avêt Antouène que cortisâve una cèrtêna

aussi venu guetter en Gruyères où était Antoine qui courtisait une certaine

gandoula anom Clèopatre, ke n'irè rin tan a la dyija di Romain. Vètinke mon

gandôla a nom Clèopatre, que n'ére ren tant a la guisa des Romens. Vête-inque mon

sorcière du nom de Cléopâtre, qui n'était pas tellement du goût des Romains. Voilà mon

Têno tot'èpuiri kan ly-a apêchu Oguchte per inke. I chè chôvè a vintro dèbotenâ

Touèno tot èpoueriê quand il at apèrçu Ôguste per inque. Il sè sôve a ventro dèbotonâ

Toine tout apeuré quand il a aperçu Auguste par ici. Il se sauve à ventre déboutonné

tantiè a Methru. I châtè chu le lé avi chè chudâ è cha grelôta din di

tant que a Mœthrolx. Il sôte sur le lèc avouéc ses sodârds et sa grelôta dens des

jusqu'à Montreux. Il saute sur le lac avec ses soldats et sa pouffiasse dans des

bârkètè. Oguchte ly-a achebin trachi a la kouête apri ly è la atrapâ. Chè chon batu

barquètes. Ôguste il at asse-ben traciê a la couète aprés lui et l'at atrapâ. Sè sont batu

barquettes. Auguste rapidement aussi l'a poursuivi et l'a attrapé. Ils se sont battus

ko-to din le lé dè Vevè chu di navè a la Compagni dè navigachion dè Chin

com' tot dens le lèc de Vevê sur des navéls a la Compagnie de navigacion de Sent-

comme tout dans le lac de Vevey sur des bateaux de la Compagnie de navigation de Saint-

Chaforin è on boulè dè kanon ly-è vunu kontre le navè a Antoine ke ly-a bètekukâ è chi

Saforin et un bôlèt de canon est venu contre le navél a Antouène que l'at bèteculâ et cél

Saphorin et un boulet de canon est venu contre le bateau à Antoine qui l'a renversé et ce

pouro Têno è cha bedouma chon jelâ lou maryâ ou fin fon dou lé.

pouro Touèno et sa bedouma sont z-alâs lor mariar u fin fond du lèc.

pauvre Toine et sa sale bonne femme sont allés se marier au fin fond du lac.

Vo kontèri on'ôtro devèlené le richto dè l'ichtoire d'Oguchte è dè hou ke

Vos conterêt un ôtro devers-le-nuet le résto de l'histouère d'Ôguste et celos que

Je vous conterai un autre soir le reste de l'histoire d'Auguste et de ceux qui

chon vignê apri ly. Tantiè a chin, on kou ke ly-è-j-ou empereu è mêtre cholè, ly-è-

sont vegnêts aprés lui. Tant que a cen, un côp qu'il est z-yu emperœr et mêtre solèt, il est

sont venus après lui. Jusque là, une fois qu'il a été empereur et seul maître, il s'est tenu plutôt

j-ou prou trantyilo ; irè dâ kemin on'êgni. Ora Oguchte, kan mimo gnon n'avi

z-yu prod tranquilo ; ére dox coment un àgnél. Ora Ôguste, quand mémo nion n'avêt

tranquille ; il était doux comme un agneau. Mais Auguste, quand bien même personne n'avait

rin a ly dre è ke kemandâvè a to le mondo, ly a falyu tzanhlyâ to kemin on

ren a lui dere et que comandâve a tot le mondo, lui at falyu *chanfllar tot coment un

rien à lui dire et qui commandait à tout le monde, il lui a fallu mourir comme un

ôtro ; ly-a topari chin a dre ke dè ti lè-j-empereu dè Ràma ly-è le chol ke chi

ôtro, il y at tot-pariér cen a dere que de tués les emperœrs de Roma il est le sol que sêt

autre ; il y a tout de même à dire que de tous les empereurs de Rome il est le seul qui soit

moâ din chon lyî ; ly-è le bouneu ke chouêto por vo è po mè mimo. Ly-è

môrt dens son liét ; il est le bonhœr que souhèto por vos et por mè-mémo. Il est

mort dans son lit ; c'est le bonheur que je souhaite pour vous et pour moi-même. C'est

adi din chon lyî k'on n'è le mî po muri porvu k'on ôchè l'èpâlhyo dè bin

adés dens son liét qu'on est le mielx por morir porvu qu'on usse l'*èpâcllo de ben

toujours dans son lit qu'on est le mieux pour mourir, pourvu qu'on ait la possibilité de bien

arandji chon butin è dè vêre arouvâ l'inkourâ.

arrengiér son butin et de vêre arrevar l'encurâ.

arranger ses affaires et de voir arriver le curé.

On pou pâ aprindre l'ichtoire to de n'a buthâye, le richto le vo kontèri on'

On pôt pas aprendre l'histouère tot de na buçâye, le résto le vos conterê un

On ne peut pas apprendre l'histoire en un seul moment, le reste je vous le conterai un

ôtro dèvêlené, vo fô adi bin rètini chin ke vo-j-é de ; ka chin ly-è ache veré tiè

ôtro devers-le-nuet, vos fôt adés ben retenir cen que vos é dét ; câr cen est asse veré que

autre soir, il vous faut toujours bien retenir ce que je vous ai dit ; car cela est aussi vrai que

ke le Molèjon ly-è plye hô tiè Grevire. Vo poudè vini tan ke vo vudrê, mè chu

que le Molèson est ples hôt que Gruviéres. Vos pouede venir tant que vos vodréd, mè su

le Moléson il est plus haut que Gruyères. Vous pouvez venir tant que vous voudrez, moi je ne

pâ kemin hou ke rèkouârdon pè lè koléje è per Otêruva, ke chè fan a payi lou

pas coment celos que recuerdont per les coléjos et per Hôtariva, que sè fant a payér lors

suis pas comme ceux qui étudient dans les collèges et à Hauterive, qui se font payer leurs

lethon ; ora toparê che vo mè payidè on yâdzo kartèta po m'umilyi lè botzè

leçons ; ora tot-pariér se vos mè payéde un viâjo quartèta por m'humiliér les boches

leçons ; mais tout de même si vous me payez une fois une chope pour m'assouplir les lèvres

cherè pâ dè rèfu.

serêt pas de refus.

ce ne serait pas de refus.

Lâ mon Diu ! to ly-è inke, le pour'anhyan ly-è parti po lè-j-ôtro mondo

Lâs mon Diô ! tot est inque, le pouro ancian il est parti por les ôtros mondos

Hélas mon Dieu ! tout est ici, le pauvre vieux il est parti pour l'autre monde

dèvan dè povi rè balyi ouna lethon.

devant de povêr re-balyér una leçon.

avant de pouvoir redonner une leçon.

Nouthron galé patâ

Nouthron galès patês

Notre joli patois

Denis PITTET



Extrait de l'ouvrage Nouthron galé patê, lévro publéyi a l'okajyon de l'anâye dou patê (1985), édité par l'Achochyachyon fribordzêre di j'èmi dou patê.

A l'occasion des 25 ans de l'Association cantonale.


Graphie ORB serrée.


Ti nouthrè pata chon galé, Tous nos patois sont jolis,

Tués nouthres patês sont galès, pata : la forme suisse est plus étymolog.

Fô lè j'amâ, chon di bon frârè, Il faut les aimer, ils sont de bons frères,

Fôt les amar, sont des bons frâres,

Kan on lè j'oû, deché delé Quand on les entend, de ci de là

Quand on les aouit, decé delé

Vo fan pachâ din balè j'àrè. Ils vous font passer de belles heures.

Vos fant passar des bèles hores.


Le gruvèrin, le rê di patê Le gruyérien, le roi des patois

Le gruveren, le rê des patês

Ko lè bî ryô dè montanye. Comme les beaux ruisseaux de montagne.

Com' les béls riâls de montagne.

L'è la bala hyà dou kurti, C'est la belle fleur du jardin,

'l est la bèla flor du cortil,

Fô pâ li tsartchi tsekanye. Il ne faut pas lui chercher chicagne.

Fôt pas lui chèrchiér checagne.


Galé broyâ t'i bin d'amâ, Joli broyard tu es bien à aimer,

Galès broyârd t'és ben d'amar, broyâ : de la région de la Broye

Te san lou lé, te san la pyanna. Tu sens le lac, tu sens la plaine.

Te sens lo lèc, te sens la pllanna.

T'â din z'idé ke no z'an pâ. Tu as des idées que n'avons pas.

T'âs des idês que nos ens pas.

Dèveza-lou, n'in vô la pinna. Parle-le, il en vaut la peine.

Devesa-lo, nen vâlt la pênna.


Dè mon kouètsou tyè n'in deré ? De mon quetzo qu'en dirai-je ?

De mon couètso què nen deré ? kouètsou : de la région du 'Quoetz'

Ran dè pye bî tyè chan k'on âmè. Rien de plus beau que ce qu'on aime.

Ren de ples bél que cen qu'on âme.

Lou dyon grobou, l'è pâ veré, On le dit grossier, ce n'est pas vrai,

Lo diont grobo, 'l est pas veré,

M'a j'on fê vèchâ din lègremè. Il m'a fait verser des larmes.

M'at z-yu fêt vèrsar des legremes.



Vouèrdin bin ti nouhrè patâ, Gardons bien tous nos patois,

Gouàrdens ben tués nouthros patês,

Pêr d'avô è chu lè montanyè. Par d'en bas et sur les montagnes.

Per d'avâl et sur les montagnes.

Dèvejin-lè don fon don kà, Parlons-les du fond du cœur,

Devesens-les du fond du côr,

Ti, tsanton kemin din chenayè. Tous, ils chantent comme des sonnailles.

Tués, chantont coment des senalyes.


Fédè mon Dyu ke todonlon Faites mon Dieu que pendant

Féde mon Diô que tot du long

Ke lè patâ rèdzoyichan l'ârma, Que les patois réjouissent l'âme,

Que les patês rejouyéssont l'ârma,

Ora ke tan pâch'a rèkolon Maintenant que tant passe vers l'arrière

Ora que tant pâsse a reculon

A pâ yon, kotin trû la pouârta. Nous ne fermions trop la porte à aucun.

A pas yon, cotens trop la puerta.

LES PSAUMES

en patois vaudois

traduits d'après l'hébreu par le Pasteur Pierre GUEX en 1999

ORB serrée



LÈ CHÔMO de la SANTA BIBLYA, transplliantâ ein Patois Vaudois

LES PSÔMOS de la SANTA BIBLLA, transpllantâs en Patouès Vôdouès


Lo premî lâivro

Lo premiér lévro


1


1 Benhirâo l'hommo que ne martse pas

1 Benhérox l'homo que ne mârche pas

d'aprî lo conset dâi mètcheint,

d'aprés lo consely des mèchients,

que ne va pas pè lo tsemin

que ne vat pas per lo chemin

dâi croûyo guieu et ne va pas

des crouyos gœx (pèchiors) et ne vat pas

sè setâ avoué lè moquèrant.

sè sietar avouéc les moquerants.


2 Mâ que prein dâo plliési à cein

Mas que prend du pllèsir a cen

que vâo l'Èternè et que mouse

que vôt l'Ètèrnèl et que muse

à cein lo dzo et la né.

a cen lo jorn et la nuet.


3 Sarâ quemeint on âbro plliantâ

3 Serat coment un âbro pllantâ

dècoûte on riô, que balye sè fri

de-coute un rio, que balye ses fruits

quand l'è lo momeint,

quand il est lo moment,

et que son folyâdzo n'è djamé flyapî.

et que son folyâjo n'est jamés fllapi.

Tot cein que l'a quemeincî rèusserâ.

Tot cen qu'il at comenciê reussirat.


4 Ne sarâ pas dâo mîmo po lè mètcheint.

Ne serat pas du mémo por les mèchients.

Sarant quemeint de la pailloutse

Serant coment de la palyouche (palye)

que l'oûra einvoue bin lyein.

que l'oura envoye ben luen.


5 L'è por cein que lè mètcheint

5 Il est por cen que les mèchients

ne porrant pas tenî âo dzo

ne porrant pas tenir u jorn

dâo dzudzemeint, ne lè croûyo guieu

du jugement, ni les crouyos gœx

dein la tenâblya dâi djusto.

dens la tenâblla (assemblâ) des justos.


6 L' Èternè eimpare lo seindâ dâi djusto,

6 L'Ètèrnèl empâre lo sendèt des justos,

mâ lo seindâ dâi mètcheint

mas lo sendèt des mèchients

va tot drâi à la rina.

vat tot drêt a la ruina.


22


1 Dâo mâitro de tsant. Su : "Betse de l'auba". Chômo de Davî.

1 Du mêtro de chant. Sur : "Beche de l'ârba". Psômo de David.


2 Mon Diû, mon Diû, porquie m'a-to abondounâ ?

2 Mon Diô, mon Diô, porquè m'âs-tu abandonâ ?

Porquie reste-to lyein, sein mè sècorî, sein accutâ mon djeint ?

Porquè réstes-tu luen, sen mè secorir, sein acutar mon gent* ? *ma plenta

3 Mon Diû, crio lo dzo, te ne repon pas ; la né, min de repoû.

3 Mon Diô, crio lo jorn, te ne rèponds pas ; la nuet, min* de repôs. *pouent

4 Portant t'î lo Sant que ton trôno, l'è einverounâ dâi louandze d'Istraèl.

4 Portant t'és lo Sant que ton trôno, il est enveronâ des louanges d'Israèl.

5 No z'anchan sè sant fiâ à tè ; l'ant z'u confience ein tè et te lè z'a dèlivrâ.

5 Nos ancians sè sont fiâs a tè ; ils ant z-yu confience en tè et te les at dèlivrâs.

6 L'ant criâ vè tè et l'ant ètâ sauvâ : sè sant confiâ à tè, et n'ant pas ètâ trompâ.

6 Ils ant criâ vers tè et ils ant ètâ sôvâs : sè sont confiâs a tè, et n'ant pas ètâ trompâs.

7 Mâ mè, su on vè, na pas on hommo ;

7 Mas mè, su un vèrm, nan pas un homo ;

lè dzein mè mèpresant, su de la bourtyâ por lo peuplyo.

les gens mè mèprisont, su de la bourtiê* por le pœpllo. *rebut

8 Trétî clliâo que mè vâyant mè mourgant, riguenant, fant la potta, breinnant la tîta.

8 Très-tués celor que mè vèyont mè mourgont, ricanont, fant la pota, brènant la téta.

9 "Se l'è permi lè z'âise de l'Èternè,

9 "S'il est permié les éses de l'Ètèrnèl,

que l'Èternè l'eimparâi, que lo dèlivrâi, du que l'ame."

que l'Ètèrnèl l'empareye, que lo dèlivreye, dês que l'âme."

10 Oï, l'è tè que te m'a terî du lo veintro de ma mére

10 Ouè, il est tè que te m'âs teriê dês lo ventro de ma mére

et te m'a consolâ ein mè beteint su son tieu.

et te m'âs consolâ en mè betent sur son cœr.

11 M'ant confiâ à tè man du lo dzo que su z'u betâ âo mondo :

11 M'ant confiâ a tes mans dês lo jorn que su z-yu betâ u mondo :

du lo veintro de ma mére, t'î mon Diû.

dês lo ventro de ma mére, t'és mon Diô.

12 Ne resta pas lyein de mè quand la malapanâïe l'è proûtse ;

12 Ne résta pas luen de mè quand la mâla-panâye* est prôche ; *dangiér, pouer

quand lâi a nion por mè sècorî.

quand y at nion por mè secorir.

13 À l'einto de mè, dâi bâo,

13 A l'entôrn de mè, des bôfs,

dâi pucheint tsasso de Bashân m'einverounant.

des pouessients chassos* de Bach∙âne m'enverônont. *tôréls

14 L'âovrant lâo mor contro mè, stâo lion que dèvourant et que rudzant.

14 Ils ôvront lor morro contro mè, cetor lions que dèvôront et que rujont*. *rugissent

15 Su quemet l'îguie que câole : mè z'oû sant dèmeimbrâ,

15 Su comènt l'égoue que cole : mes ôs sont dèmembrâs,

mon tieu l'è quemet la cera, fond dein mon pètro.

mon cœr est comènt la cira, fond dens mon petro.

16 Mon dzé l'è chè quemet on carron ; la leinga s'apèdzene à mon

16 Mon jet est sèc comènt un carron ; la lengoua s'empègene a mon

pîgno d'amont ; et te m'a cutsî dein la puffa de la moo.

pégno d'amont* ; et te m'at cuchiê dens la puça de la môrt. *palais de la bouche

17 Dâi tsin mè cernant : onna beinda de croûyo guieu

17 Des chins mè cèrnont : una benda de crouyos gœx

m'a eintourâ ; l'ant percî mè man et mè pî :

m'at entourâ ; ils ant pèrciê mes mans et mes pieds :

18 Porré comptâ tî mè z'oû ! Mè guegnant, mè vâyant, leu.

18 Porrê comptar tués mes ôs ! Mè guegnont, mè vèyont, lœr.

19 Partadzant ma vetîre eintre leu ; mè z'halyon, lè tîrant âo soo.

19 Partâjont ma veture entre lœr ; mes hâlyons, les tiront u sôrt.

20 Tè, ô Èternè, ne t'ein va pas lyein de mè,

20 Tè, ô Ètèrnèl, ne t'en va pas luen de mè,

t'î ma fooce, âo sècoo ! mâ vito !

t'és ma fôrce, u secors ! mas vito !

21 Sauva mon âma de la dagga ; de la patta dâo tsin, mon uniqua vià ;

21 Sôva mon âma de la daga ; de la pata du chin, mon unica via ;

22 De la gâola dâo lion, tré-mè ; et de la couârna de la bîta, ma poûra vià.

22 De la gola du lion, trè-mè ; et de la côrna de la bétye, ma poura via.

23 Y'annoncerî ton nom à mè frâre ; derî ta louandze âo mâitein de l'asseimblyâïe.

23 Y'anoncieré ton nom a mes frâres ; deré ta louange u méten de l'assembllâye.

24 Vo que vo respètâde l'Èternè, tsantâde sè louandze ; trétî vo,

24 Vos que vos rèspèctâde l'Ètèrnèl, chantâde ses louanges ; très-tués vos,

semein de Djacob, dite son honneu ; redoutâ-lo, trétî vo, semein d'Istraèl.

sement de Jacob, déte son honœr ; redôtâd-lo, très-tués vos, sement d'Israèl.

25 L'è veré, n'a pas mèpresî, n'a pas reinvouyî lo poûro dein sa miséra ;

25 Il est veré, n'at pas mèprisiê, n'at pas renvoyê lo pouro dens sa misèra ;

ne lâi a pas catsî son vesâdzo, mâ l'a accutâ quand stisse l'a criâ.

ni lui at pas cachiê son vesâjo, mas l'at acutâ quand ceti-ce l'at criâ.

26 Derî tè louandze dein la grant'asseimblyaïe :

26 Deré tes louanges dens la granta assembllâye :

mè promèsse, lè tindrî dèvant clliâo que tè respètant.

mes promèsses, les tindré devant celor que tè rèspèctont.

27 Lè maulhirâo l'arant à medzî et sarant soûlâ de vicaille.

27 Les mâlhérox aront a megiér et seront soulâs de vicalye.

Clliâo que tsertsant l'Èternè derant sa louandze. Voûtron tieu sâi à djamé viveint !

Celor que chèrchont l'Ètèrnèl deront sa louange. Voutron cœr sêt a jamés vivent !

28 Tî lè peuplyo de la terra sè sovindrant de l'Èternè et revindrant vè li ;

28 Tués les pœpllos de la tèrra sè sovindront de l'Ètèrnèl et revindront vers lui ;

totè lè famelye dâi nachon sè beterant à dzènâo dèvant son vesâdzo.

totes les famelyes des nacions sè beteront a genoly devant son vesâjo.

29 L'è bin à l'Èternè que sant lo régno et la pucheince su lè nachon.

29 Il est ben a l'Ètèrnèl que sont lo règno et la pouessience sur les nacions.

30 Tî lè prècaut de la terra sè beterant à dzènâo dèvant son vesâdzo ;

30 Tués les prècôts* de la tèrra sè beteront a genoly devant son vesâjo ; *grands

dèvant li sè clliennerant clliâo que retornant à la puffa.

devant lui sè cllineront celor que retôrnont a la puça.

31 Lè z'aprî-vegneint lo servetrant ;

31 Les aprés-vegnents lo sèrvitront ;

parlerant dâo Seigneu âo peuplyo dâi bouîbo ;

parleront du Sègnœr u pœpllo des bouèbos ;

32 Vindrant proclamâ sa djustice et derant cein que Diû l'a fé,

32 Vindront procllamar sa justice et deront cen que Diô at fêt,

âi dzein que sarant betâïe âo mondo.

ux gens que seront betâyes u mondo.



23


1 Chômo de Davî.

1 Psômo de David.


L'Èternè l'è mon berdzî, n'arî fauta de rein.

L'Ètèrnèl est mon bèrgiér, n'aré fôta de ren.


2 Dein la ball'erba mè fâ djitâ ; vè l'îguie treinquilla mè meinne.

2 Dens la bèla hèrba mè fât jietâr ; vers l'égoue trànquila mè mène.

3 Requinque ma vià ; mè fâ martsî dein lè seindâ

3 Requinque ma via ; mè fât marchiér dens les sendèts

de la djustice po l'amoû de son nom.

de la justice por l'amôr de son nom.

4 Mîmameint se vé pè la vau de l'ombro de la moo, n'é pas pouâire dâo mau,

4 Mémament se vé per la vâl de l'ombro de la môrt, n'é pas pouere du mâl,

du que t'î avoué mè. Ta crossa et ton chèton m'eincoradzant.

dês que t'és avouéc mè. Ta crossa et ton saton* m'encorajont. *ta houlette et ton bâton

5 Te prepare 'na trâblya por mè dèvant clliâo que mè persècutant ;

5 Te prèpares na trâblla por mè devant celor que mè pèrsècutont ;

te vèsse de l'oûlyo su ma tîta, ma copa l'è pllieinna à tsavon.

te vèrse de l'ôlyo sur ma téta, ma copa est pllêna a chavon.

6 Oï, lo bounheu et la fidèlitâ mè chèdrant tî lè dzo de ma vià

6 Ouè, lo bonhœr et la fidèlitât mè cièrdront tués les jorns de ma via

et dèmorerî tot âo long dâi dzo dein la carrâïe de l'Èternè.

et demoreré tot u long des jorns dens la carrâye* de l'Ètèrnèl. *mêson


34


1 De Davî, lo dzo que, dèvant Abimèlek, l'a fé asseimblyeint d'ître fou. Tsassî, s'ein va.

1 De David, lo jorn que, devant Abimèlèque, il at fêt assembllant d'étre fôl. Chaciê, s'en vat.

2 Adan, bènetrî l'Èternè ein tot tein,

2 Adonc, benitré l'Ètèrnèl en tot temps,

adî sa louandze dein ma botse.

adés sa louange dens ma boche.

3 Bin sû que mon honneu l'è ein li.

3 Ben sûr que mon honœr 'l est en lui.

Lè dzein simplye m'oûyant et sè redzoyant.

Les gens simples m'aouyont et sè rejouyont !

4 Contâde avoué mè la grantiaô de l'Èternè,

4 Contâde avouéc mè la grantior de l'Ètèrnèl,

einseimblyo, proclamein son nom !

ensembllo, proclamens son nom !

5 Dèmando mon tsemin à l'Ètdrnè, li, mè repond ;

5 Demando mon chemin a l'Ètèrnèl, lui, mè rèpond ;

mè tré fro dè totè mè pouâire.

mè trèt fôr de totes mes poueres.

6 Ein regardeint vè li, l'ant lo vesâdzo plliein de clliére

6 Ein regardent vers lui, 'ls ant lo vesâjo plen de cllère

et n'ant pas fauta dè rodzèyî.

et n'ant pas fôta de rogeyér.

7 Fâ dâi bouâilâïe, cllî maulhirâo, l'Èternè l'oû

7 Fât des borlâyes, çli mâlhérox, l'Ètèrnèl l'aouit

et lo tré dè totè sè misére.

et lo trèt de totes ses misères.

8 Gârda por clliâo qu'honorant l'Èternè,

8 Gouârda por çlor qu'honoront l'Ètèrnèl,

l'andze veille et lè dègadze.

l'ange velye et les dègage.

9 Hé ! Venîde agotâ et vère quemet l'Èternè l'è bon !

9 Hè ! Venéde agôtar et vêre comènt l'Ètèrnèl 'l est bon !

Benhirâo clli que tsertse ein li son avri !

Benhérox çli que chèrche en lui son avri !

10 Invoquâde l'Èternè avoué respet, vo que l'a consacrâ ;

10 Invocâde l'Ètèrnèl avouéc rèspèct, vos qu'il at consacrâs ;

n'ant fauta de rein, clliâo que l'invoquant avoué respet.

n'ant fôta de ren, çlor que l'invocont avouéc rèspèct.

11 Jamé, quand bin mîmo lè lion cougnèssant la fam,

11 Jamés, quand ben mémo les lions cognessont la fam,

jamé rein ne fâ fauta à clliâo que tè tsertsant.

jamés ren ne fât fôta a çlor que tè chèrchont.

12 Lè z'einfant, accutâ-mè !

12 Les enfants, acutâd-mè !

Vo vu einsègnî lo respet de l'Èternè.

Vos vôl ensègnér lo rèspèct de l'Ètèrnèl.

13 Mâ, quin l'hommo l'ame la vià

13 Mas, quint l'homo 'l âme la via

et vâo vivre daî long dzo dè bounheu ?

et vôt vivre des longs jorns de bonhor ?

14 Ne lâi faut pas dere dâo mau, mâ vouardâ

14 Ne lui fôt pas dére du mâl, mas gouardar

sa leinga et sè potte dè tota guieuserî.

sa lengoua et ses potes de tota gœserie.

15 Ora, fira lyein dâo mau et fâ lo bin ;

15 Ora, *fui luen du mâl et fâ lo ben ;

tsertse la pé et dappia fermo aprî li.

chèrche la pèx et *d-apiar fèrmo aprés lyé.

16 Po lè djusto, lè get de l'Èternè ;

16 Por les justos, les uelys de l'Ètèrnèl ;

por accutâ lâo djeint, sè z'orolye.

por acutar lors *gends, ses orelyes.

17 Quant à clliâo que fant lo mau, l'Èternè vîre son vesâdzo contro leu

17 Quant a çlor que fant lo mâl, l'Ètèrnèl vire son vesâjo contro lœr

et vaô tsampâ vîa lâo sovenî de dèssu la terra.

et vôt champar viâ lor sovenir de dessus la tèrra.

18 Reclliâmant, l'Èternè l'einteind

18 Recllâmont, l'Ètèrnèl 'l entend

et vin âo sècoo de totè lâo misére.

et vint u secors de totes lors misères.

19 Sè tin tot prî de clliâo que l'ant lo tieu bresî ;

19 Sè tint tot prés de çlor que 'ls ant lo cœr bresiê ;

sauve lè z'esprit accablyâ.

sôve les èsprits acabllâs.

20 Tant de malheu que l'a lo djusto,

20 Tant de malhœr que 'l at lo justo,

tî lè yâdzo, l'Èternè lo dèlivre.

tués les viâjos, l'Ètèrnèl lo dèlivre.

21 Uniqua protecchon po sè z'oû, ne vâo pas

21 Unica protèccion por ses ôs, ne vôt pas

que sèyant bresî, mîmameint pas ion.

que sèyont bresiês, mémament pas yon.

22 Vède-vo, lo mètcheint sobrerâ damachein sa croûyèrâ,

22 Vêde-vos, lo mèchient sobrerat *damassent sa croyerâ,

lè z'einnemi dâo djusto l'arant lâo punechon.

les ènemis du justo 'ls aront lor punicion.

23 L'Èternè ratsîte la vià de clliâo que lo servant,

23 L'Ètèrnèl rachérte la via de çlor que lo sèrvont,

et por clliâo que trovant avri prî dè li,

et por çlor que trovont avri prés de lui,

n'âi a min de condanachon.

n'y at min de condanacion.






96

1 Chantâde a l'Ètèrnèl un cantico novél !

Chantâde a l'Ètèrnèl, tota la tèrra !


2 Chantâde a l'Ètèrnèl, benéde son Nom,

anonciéde son salut jorn aprés jorn !


3 Racontâde son honor permié les nacions,

permié tués les pœpllos sos merâcllos !


4 Prod sûr, l'Ètèrnèl est grand et fèrmo louangiê,

Il est ben plles redôtâbllo que tués les diôs ;


5 Ora, tués les diôs des pœpllos sont muens que ren,

et l'Ètèrnèl at fêt les cièls.


6 L'ècllat et la biôtât rovelyenta sont devant ton vesâjo,

l'honor et la grantior sont dens ta santa pllace.


7 Famelyes des pœpllos, acordâde a l'Ètèrnèl,

acordâde a l'Ètèrnèl rèspèct et honor !


8 Acordâde a l'Ètèrnèl rèspèct por son nom !

Aportâde cen que vos éd a ofrir et entrâde dens ses *agiérs !


9 Cllinâd-vos devant l'Ètèrnèl dens na santa vetura.

Trembllâde devant lui, tota la tèrra !


10 Déte permié les nacions : l'Ètèrnèl est rê ;

adonc, lo mondo est fèrmo, ne trabèche pas ;

l'Ètèrnèl juge les pœpllos ben a drêt.


11 Que les cièls sè rejouyont, et que la tèrra sêt dens un grand jouyo ;

Que lo grand lèc èlèveye sa vouèx avouéc tot cen qu'il est en lui,


12 Que la campagne fasse la féta avouéc tués ses fruits,

que très-tués les âbros de la jor l-hucheyont,


13 Devant l'Ètèrnèl ! Ouè, vin. Ouè, vin por jugiér la tèrra ;

jugierat lo mondo d'aprés la justice, et les pœpllos d'aprés sa fidèlitât.


LO SABLLIÂI D'OO.

Pierre Guex-Borgeaud


LO SABLLIÂI.

LO SABLLIÉR

LE SABLIER


Quemet la sabllia, la cheindre Comme le sable, la cendre

Comènt la sablla, la cindre

Dinche ta vyà et tè dzo Ainsi ta vie et tes jours

D'ense ta via et tes jorns

Câolant et s'ein vant dècheindre. Coulent et s'en vont descendre.

Colont et s'en vant dèscendre.

Vâi, l'ombro crè dein lè dzo. Vois, l'ombre croît dans les bois.

Vê, l'ombre crêt dens les jors.


Tot pllian firâvant lè z'hâore, Tout doucement s'enfuient les heures,

Tot pllan fuirâvont les hores,

Nion n'a yu lo tein passâ. Personne n'a vu le temps passer.

Nion n'at viu lo temps passar.

T'a bî martsî, t'a bî corre Tu as beau marcher, tu as beau courir

T'âs bél marchiér, t'âs bél corre

Te dèpatsî, tè prissâ, Te dépêcher, te presser,

Tè dèpachiér, tè préssar,


Crâi-mè, n'âi a rein à fére. Crois-moi, il n'y a rien à faire.

Crê-mè, n'y at ren a fére.

La sabllia, dein lo sablliâi Le sable, dans le sablier

Lo sablla, dens lo sablliér

Tsî, recta, te pâo cein vère, Tombe, recta, tu peux voir cela,

Chêt, rècta, te pôs cen vêre,

Tsô pou, min d'atteintèvâi. Peu à peu, *point d'«attends voir».

Châ pou, *min d'«atend-tè-vêr».


Mâ tè, mon tieu, ma poûr'âma, Mais toi, mon cœur, ma pauvre âme,

Mas tè, mon cœr, ma poura âma,

Vâitcé que pè lé dèrrâi Voici que par derrière

Vête-cé que per lé dèrriér

L'è la moo, sta pouta dama. C'est la mort, cette vilaine dame.

'l est la môrt, ceta poueta dama.

T'attein ; n'a-to pas comprâi ? Elle t'attend ; n'as-tu pas compris ?

T'atend ; n'âs-tu pas comprês ?



LO PAYÎSAN DÈVANT LA MOO.

LO PAYISAN DEVANT LA MÔRT

LE PAYSAN DEVANT LA MORT


Vilyo payîsan, rein m'èbaye. Vieux paysan, rien ne m'étonne.

Vielyo payisan, ren m'èbaye.

Y'é dein la grandze ma mèsson, J'ai dans ma grange ma moisson,

Y'é dens la grange ma mêsson,

Y'é fé de l'oodre ein ma méson, J'ai fait de l'ordre en ma maison,

Y'é fêt de l'ôrdre en ma mêson,

Vouardâ lo gran, laissî la paille. Garder le grain, laisser la paille.

Gouardar lo gran, lèssiér la palye.


Y'é verî dâi mouî de râye, J'ai retourné des tas de sillons,

Y'é veriê des mouéls de rayes,

Coulyî lè frî d'on bî l'âoton, Cueilli des fruits d'un bel automne,

Cuelyi les fruits d'un bél ôton,

Tondu la lanna dâi muton. Tondu la laine des moutons.

Tondu la lanna des moutons.

L'è tot por vo, ye lo vo balyo. Tout est pour vous, je vous le donne.

'l est tot por vos, ye lo vos balyo.


Adan, y'attein que zonne l'hâora Dès lors, j'attends que sonne l'heure

Adonc, y'atend que zone l'hora

De la fîvr' et dâi refreson, De la fièvre et des frissons,

De la fiévra et des refresons,

Por allâ vè cein que dèmâore. Pour aller vers ce qui demeure.

Por alar vers cen que demôre.


Mon coo s'ein âodra dein la terra Mon corps s'en ira dans la terre

Mon côrp s'en alrat dens la tèrra

Yô droumetrî sein 'na couson Je dormirai sans un souci

Yô drometré sen 'na coueson

Tant qu'âo dzo de vère lo Pére. Jusqu'au jour de voir le Père.

Tant qu'u jorn de vêre lo Pére.


À NOÛTRÈ Z'AMOÛ.

A NOUTRES AMÔRS

A NOS AMOURS


L'è revegnu, lo tein de noûtron bî l'amoû,

'l est revegnu, lo temps de noutron bél amôr,

Il est revenu, le temps de notre bel amour,

Clli que l'a eimbrasâ noûtrè dzouven' annâïe,

Celi que l'at embrasâ noutres jouven's anâyes,

Celui qui a embrasé nos jeunes années,

La fooce de la vyà. Pu dein lè grand tsamp moû,

La fôrce de la via. Pués dens les grands champs mous,

La force de l'âge. Puis dans les grands champs mouillés,

Arreve la mèsson de la granna sènnâïe.

Arreve la mêsson de la granna senâye.

Arrive la moisson de la graine semée.


Revivre lo passâ por ein fére on preseint

Revivre lo passâ por en fére un present

Revivre le passé pour en faire un présent

Âo vilyo tein d'âoton et cougnâitre lo dzoûyo

U vielyo temps d'ôton et cognêtre lo jouyo

Au vieux temps d'automne et connaître la joie

Que no z'a eimpougnî lâi a dzà prâo grantein,

Que nos at empouegnê y at ja prod grand-temps,

Qui nous a saisi il y a déjà assez longtemps

Po dâotrâi mot d'amoû. Lè z'âoblyâ, bin m'ein tsoûyo.

Por doux-três mots d'amôr. Les oublliar, ben m'en chaouyo.

Pour deux trois mots d'amour. Les oublier, je m'en garde bien.


Na, no n'ein rein pèsu de clli pucheint bounheu,

Nan, nos n'ens ren pèrdiu de celi pouessient bonhœr,

Non, nous n'avons rien perdu de ce puissant bonheur,

Mâ no z'ein rafoncî sti l'amoû que no liette,

Mas nos ens rafonciér ceti-l amôr que nos gllète,

Mais nous avons *approfondi cet amour qui nous lie,

Tsampâ vîa tota dètse à noûtron l'honneu,

Champâ viâ tota dèche a noutron l-honœr,

Jeté au loin toute tache à notre honneur,

Tî lè doû confient, tot quemet 'na felyetta.

Tués les doux confients, tot coment na felyèta.

Tous deux confiant, tout comme une petite fille.


No faut bâire, ô mon tieu, à noûtron teindr'amoû

Nos fôt bêre, ô mon cœr, a noutron tendro amôr

Il nous faut boire, ô mon cœur, à notre tendre amour

Âo passâ que revi, âo z'hâore tant plliéseinte

U passâ que revit, ux hores tant pllèsentes

Au passé qui revit, aux heures si plaisantes


Yô no z'avâ mâorâ, tot dzoyâo d'ître doû.

Yô nos avans morâ, tot jouyox d'étre doux.

Où nous avons mûri, tout joyeux d'être deux.

À la vilyondze, po sè flyanme non dètiente.

A la vielyonge, por ses fllammes non dètientes.

A la vieillesse, pour ses flammes non éteintes.



LA ROÛSA, PÂO-TE MOURÎ ?

LA ROUSA, PÔS-TU MORIR ?

LA ROSE, PEUX-TU MOURIR ?


– Quand la roûsa l'è tant balla, – Quand la rose est si belle,

– Quand la rousa 'l est tant bèla,

Âoverta dein mon courti Ouverte dans mon jardin

Uvèrta dens mon cortil

Faut-te la vère mourî ? Faut-il la voir mourir ?

Fôt-il la vêre morir ?

Y'ameré qu'adî novalla, J'aimerai que toujours nouvelle,

Y'ameré qu'adés novèla,

Douréye à jamé por tè, Elle dure à jamais pour toi,

Dureye a jamés por tè,

Que lo cheinbon de sta roûsa Que le parfum de cette rose

Que lo sent-bon de çta rousa

Mèpreseint lè portè clliousse. Méprisant les portes closes.

Mèprisent les pôrtes cllôsses

Reimplyâi l'ottô tant qu'âo tâi. Remplisse la maison jusqu'au toit.

Remplleye l'hotâl tant qu'u têt.


– A-to pèsu la réson ? – As-tu perdu la raison ?

– Âs-tu pèrdiu la rêson ?

Tota vià, l'é misèrâblya Toute vie, elle est misérable

Tota via, 'l est misèrâblla

Eimbrasâïe pè lo diâblyo Embrasée par le diable

Embrasâye per lo diâbllo

Que no mâitrèye à tsavon. Qui nous maîtrise à fond.

Que nos mêtrèye a chavon.

Tote lè dzein, dio bin tote, Tous les gens, je dis bien tous,

Totes les gens, dio ben totes,

(Pourè roûse dâo furî) (Pauvres roses du printemps)

(Poures rouses du forél)

On dzo, devètrant mourî. Un jour, ils devront mourir.

Un jorn, devetront morir.


Pu dere que cein me cote. Je peux dire que cela me coûte.

Pouè dere que cen me côte.

Et se l'è dinse avoué no, Et s'il en est ainsi avec nous,

Et se 'l est d'ense avouéc nos,

Se no faut binstou tot pèdre S'il nous faut bientôt tout perdre

Se nos fôt ben-setout tot pèrdre

Ne vaudrâi-te pas mî chèdre Ne vaudrait-il pas mieux choisir

Ne vâldrêt-il pas mielx cièrdre

De ne pas vère lo dzo ? De ne pas voir le jour ?

De ne pas vêre lo jorn ?


– Se la roûsa l'è tant balla, Si la rose est si belle

– Si la rousa 'l est tant bèla,

Se tant ballè sant sè clliâo, Si ses fleurs sont si belles,

Se tant bèles sont ses fllors,

L'è po dere à trétî clliâo C'est pour dire à tous ceux

'l est por dere a très-tués çlos

Qu'atteindant 'na vià novalla : Qui attendent une vie nouvelle :

Qu'atendont na via novèla :

De la moo, n'aussî pas pouâire. De la mort, n'ayez pas peur.

De la môrt, n'usséd pas pouere.

Quand la roûsa l'a chètsî, Quand la rose a séché,

Quand la rousa 'l at sechiê,

Vo pouâide cheintre derrâi li Vous pouvez sentir derrière elle

Vos pouede sientre dèrriér lyé

Son oudeu su la tserrâire. Son odeur sur la route.

Son odœr sur la chàrriére.

LE MAN

LES MANS

LES MAINS

Armandine JÉRUSEL, Aymavilles (Val d'Aoste)

(Paroles du Pays, p. 57)



Lo Bondzeu no s-at fet un splendido cadò

Lo Bon Diô nos at fêt un splendido cadô

Le Bon Dieu nous a fait un splendide présent

in no baillen le man pe vivre et travaillé,

en nos balyent les mans per vivre et travalyér,

en nous donnant les mains pour vivre et travailler,

y est de dzente man que san fëre de ço

il est de gentes mans que sant fére de ço

il est de belles mains qui savent faire de ceci

que san fëre de cen, neissue pe intsanté.

que sant fére de cen, nèssues por enchantàr.

qui savent faire de cela, nées pour enchanter.


Le man di medecin que copòn noutro cor,

Le man des mèdecins que copont noutro côrp,

Les mains des médecins qui coupent notre corps,

retsertsòn et sognòn pe lo régénéré,

rechèrchont et souegnont por lo reg∙ènèràr,

recherchent et soignent pour le régénérer,

le man di notéro qu'écriòn tot lo dzor

les mans des notéros qu'ècrivont tot lo jorn

les mains des notaires qui écrivent tout le jour

pe fëre le s-atto et leissé partadzé.

por fére les actos et lèssiér partagiér.

pour faire les actes et laisser partager.


Man de meusicien, man de bon s-enseignan,

Mans des musiciens, mans des bons ensègnants,

Mains des musiciens, mains des bons enseignants,

man forte di magnin et çalle di poutë,

mans fôrtes des magnins et celes des potiérs,

mains fortes des chaudronniers et celles des ferblantiers,

man blantse de pintre, d'atre di comerçan,

mans blanches des pintres, d'ôtres des comèrçants,

mains blanches des peintres, d'autres des commerçants,

man di petsout berdzé, man di noutre freutë.

mans des petiôts bèrgiérs, mans de noutros frutiérs.

mains des petits bergers, mains de nos fromagers.





Man di campagnar, fan creitre noutro pan

Mans des campagnârds, fant crêtre noutro pan

Mains des campagnards, elles font pousser notre pain

et çalle di maman, fan intendre reison…

et celes des mamans, fant entendre rêson…

et celles des mamans, elles font entendre raison…

i s-ommo et i meinou ; san dirigé tot plan,

ux homos et ux menots ; sant dirigiér tot plan,

aux hommes et aux enfants ; elles savent diriger doucement,

man d'agriculteur et coueitse de maison…

mans d'agricultœrs et coueches (mêtres) de mêson…

mains d'agriculteurs et maîtres de maison…


Artiste di bouque le s-artisan de no

Artistos du bouesc les artisans de nos

Artistes du bois les artisans de nous

l'an le man solide pe tsapoté a fon,

'l ant les mans solides por chapotàr a fond,

ils ont les mains solides pour travailler le bois,

l'an le man levette p'achouedzé su et bo,

'l ant les mans levètes p'assuegiér sur et bâs,

ils ont les mains légères pour lisser en haut et en bas,

fan chourtë un baron yaou n'ayet qu'un tron !

fant sortir un baron yô n'aviêt qu'un tronc !

ils font sortir un baron où il n'y avait qu'un tronc !


Et le rabeilleur ? L'an de man p'arandzé

Et les rhabelyœrs ? 'l ant des mans p'arrengiér

Et les rebouteux ? Ils ont des mains pour replacer

noutre ous dépeillà, come fan a savei ?

noutros ôs dèpelyês, come fant a savêr ?

nos os démis, comment font-ils pour savoir ?

L'estrechon conte po, gninca trop étédzé,

L'enstruccion compte pas, nion *qu'a trop ètudiér

L'instruction compte pas, pas même trop étudier,

et adon çalle man qui l'at baillà-le lei ?

et adonc celes mans qui l-at balyê-les lui ?

et alors ces mains, qui les lui a données ?

N'at de man que san po fëre leur devoer,

'n at des mans que sant pas fére lœr devouèr,

Il y a des mains qui ne savent pas faire leur devoir,

todzor guedéye mal, de man de traïson

tojorn guideye mâl, des mans de trayison

qui toujours guide mal, des mains de trahison

man irresponsable ? man de désespoer

mans irrèsponsâbles ? mans de dèsèspouèr

mains irresponsables ? mains de désespoir

que fan sensa savei, que van sensa reison.

que fant sensa savêr, que vant sensa rêson.

qui font sans savoir, qui vont sans raison.


Que de man ! Que de man ! totte pe no servi,

Que de mans ! que de mans ! totes por nos sèrvir,

Que de mains ! que de mains ! toutes pour nous servir,

fot le lévé choven, man djunte pe préyé,

fôt les levàr sovent, mans juentes por preyér,

il faut les lever souvent, mains jointes pour prier,

ëtre recouegnissen et dëre bien merci

étre recognessent et dére bien marci

être reconnaissant et dire bien merci

a cit que compren tot, i Bondzeu su per lé…

a cél que comprend tot, u Bon Diô sur per-lé…

à celui qui comprend tout, au Bon Dieu qui est là-haut…

PIODZE SEU LA COHSTA

PLLOGE SUR LA COUHTA

PLUIE SUR LA CÔTE

Lucio DUC, Châtillon (Val d'Aoste)

(Paroles du Pays, p. 41)



'Na piodze fiina, fiina

Na plloge fina, fina

Une pluie, fine, fine

campe aia seu lé foye di veugne,

campe ora sur les fôlyes de vegne,

tombe maintenant sur les feuilles de vigne,

seu lé gros tsahstagnì,

sur les grôs châhtagniérs,

sur les grands châtaigniers,

seu lé prà endormì…

sur les prâts endormis…

sur les prés endormis…

Apré tan dé solei tsaat,

Aprés tant de solely chôd,

Après tant de soleil chaud

que grahe dou Bon Ghieu, hi piodzì !

que grâce du Bon Diœ, cél pllogiér !

que grâce du Bon Dieu, ce pleuvoir !

La terra, la boua terra d'en-tsi-no

La tèrra, la bôna tèrra d'enchiéz nos

La terre, la bonne terre de chez nous

tie lo fià, béi sensa fin

tire lo fllâr, bêt sensa fin

tire le souffle, boit sans fin

heutta ève que veun lein

ceta égoue que vint len

cette eau qui vient facilement

pé lo tsan case case brujà,

per lo champ quâsi quâsi brusiê,

par le champ presque presque brûlé,

pé lé treufolle, pé lo prà…

per les trufoles, per lo prât…

par les pommes de terre, par le pré…

E dzo que l'acmo vère e sentì

Et jo que l'â(c)mo vêre et sentir

Et moi qui aime la voir et sentir

me catso desot lé tsahstagnì…

mè cacho desot les châhtagniérs…

je me cache sous les châtaigniers…

séi à souhsta e sentesso pian pian

su a souhta et sentésso pllan pllan

je suis à l'abri et je sens doucement


lé gotte campé, souì 'na meseucca

les gotes campàr, sonar na musica

les gouttes *tomber, sonner une musique

que tsandze selon lé foye, lé bran

que change selon les fôlyes, les brans

qui change selon les feuilles, les coups

que se confon avò lo son di rive,

que sè confond avouéc lo son des rives,

qui se confond avec le son des ruisseaux

di piquiot valléi,

des petiôts valiérs,

des petits torrents,

dé tuit lé usé vignà guéi,

de tués les uséls vegnêts guês,

de tous les oiseaux devenus gais,

di bouie, di rat, di-s-anveyê,

des *bouyes, des rats, des avelyes,

des serpents, des rats, des abeilles,

di tisson, di gorpeuil

des tàssons, des gorpelys

des blaireaux, des renards

que van vià daré l'ève

que vant viâ dèrriér l'égoue

qui s'en vont derrière l'eau

que enviouê à tsanté

que enguène a chantàr

qui commence à chanter

de tuit lé coté.

de tués les coutàs.

de tous les côtés.

Seu la cohsta son tuit conten,

Sur la couhta sont tués contents,

Sur la côte tous sont contents,

tot reverdeye e respire pieu lein

tot revèrdeye et rèspire plus len

tout reverdit et respire plus doucement

lo fià seu fresc de la piodze,

lo fllâr si frès de la plloge,

le souffle si frais de la pluie,

contein totte lé spéanhe di dzen

contint totes les èspèrances des gens

contient toutes les espérances des gens

pé lé dzor que devon encôa vignì…

por les jorns que dêvont oncora vegnir…

pour les jours qui doivent encore venir…

L'OUTON (Tzanthon)

L'ÔTON (Chançon)

L'AUTOMNE (Chanson)

Cyprien RUFFIEUX (Tobi di j'Elyudzo)

(Dou vilyo è dou novi, 1928, p. 28-31)



I I

A chta chêjon to vin rochè, A cette saison, tout devient roux,

A çta sêson tot vint rossèt,

To chè rèthrin, rin mé ne krè ; Tout devient petit, plus rien ne grandit.

Tot sè rethrend, ren més ne crêt ;

Lè-j-ojalè foton le kan, Les petits oiseaux s'en vont,

Les uselèts fotont le camp,

Ly-an pouêr dou frê, kringnon la fan, Ils ont peur du froid, craignent la faim

Ils ant pouer du frêd, crengnont la fam,

In ch'indalin ti in tziron, Et s'en vont tous en tas.

En s'end alent tués en chiron (téche),

Van no chublyâ lou redzingon ; Ils vont nous siffler leur gazouillis ;

Vant nos subllar lor regingon (gazouillis);

Ch'invan tréti in tzantolin Ils s'en vont tous en chantonnant

S'en vant très-tués en chantolent

Din on payi yô cheron bin. Dans un pays où ils seront bien.

Dens un payis yô seront ben.


II II

Lè-j-armalyi kan vin l'outon Les armaillis quand vient l'automne

Les armalyérs quand vint l'ôton

Ne chàbron pâ mé lè-d'amon, Ne restent plus là-haut,

Ne sobront pas més lé-d'amont,

Galyâ kontin, intrètzantâ, Très contents, tout enchantés,

Galyârd contents, entrechantâs,

Van rètrôvâ le payi-bâ. Ils vont retrouver le pays bas.

Vant retrovar le payis bâs.

Pouârton tréti a lou tzêpi Ils portent tous à leur chapeau

Puertont très-tués a lor chàpél

La bal'èthêla dou vani ; L'edelweiss du rocher.

La bèl'ètêla du vanél ;

Kan la Goton lè vê vini Quand la Goton les voit venir

Quand la Goton les vêt venir

Choutè fro po lè-j-abranchi. Elle saute dehors pour les embrasser.

Sôte fôr por les embranciér.









III III

Kan lè bagnè chon din lè prâ Quand les vaches sont dans les prés,

Quand les bagnes (vaches) sont dens les prâts

On'oû rin mé tié hlyotzatâ ; On n'entend plus que carillonner

On aout ren més que cllochetar (trècodar);

Deché, delé, d'avô, d'amon Par ci, par là, en haut, en bas.

Decé, delé, d'avâl, d'amont,

Tyin dètertin, tyinta brijon ! Quel fracas, quel bruit !

Quint dètèrtin (vacârmo), quinta bruison !

Nothrè bouèbo in lè vouêrdin Nos garçons en les gardant

Nouthros bouèbos en les gouàrdent

Chè pâyon dou galyâ bon tin Se payent du bien bon temps ;

Sè payont du galyârd bon temps ;

To pri d'on fu ke bourlè bin, Tout près d'un feu qui brûle bien,

Tot prés d'un fuè que bourle ben,

Chè règalon in pupotin. Ils se régalent en essayant de fumer.

Sè regalont en pipotent (tâchient de pipar).


IV IV


Teché vini la bènichon, Voici venir la bénichon,

Tin-cé venir la beniçon,

On va danhyi dèchu le pon, On va danser sur les ponts.

On vat danciér dessus les ponts,

Redyè ko to, nothrè grahyà Légers comme tout, nos gracieux

Re-guês com' tot, nouthros graciox

Tzanton, yithon, chon to dzoyà Chantent, youtzent, sont tout joyeux.

Chantont, huchont, sont tot jouyox

Chon bènirà ko di pindzon Ils sont bienheureux comme des pinsons

Sont benherox com' des pinjons

Kè rèvignon du la mèchon Qui reviennent de la moisson,

Que revegnont de la mêsson

Ka ly-an chtou dzoa to pri dè là Car ils ont ces jours tout près d'eux

Câr ils ant çtos jorns tot prés de lor

Ha ke lou gatolyè le kà, Celles qui leur chatouillent le cœur.

Çla que lor gatolye le côr.


V V

Kan ly-an prou grantin rèdroblyà, Quand ils ont assez longtemps redoublé,

Quand ils ant prod grant-temps redrobllâ,

Choutâ, tzantâ è begoulâ, Sauté, chanté et gambadé,

Sôtâ, chantâ et begolâ (gambadâ),

Ch'inbriyon kontre la méjon Ils s'en vont vers la maison

S'embrèyont contre la mêson

Po rupâ kotiè bon bokon : Pour manger quelques bons morceaux :

Por rupar (megiér) quârques bons bocons :

La dzanbêta, le grô ruthi, Le jambon, le gros rôti,

La jambèta, le grôs ruthi,

Lè krijètè, lè bi brèchi ; Les merveilles, les beaux bricelets.

Les cresètes (mèrvelyes a megiér), les béls brecéls ;

La dona pouârtè dou bon vin La mère porte du bon vin

La dona (mâre) puerte du bon vin

Po règalâ totè chtou dzin. Pour régaler toutes ces personnes.

Por regalar totes cetes gens.


VI VI

Apri lè dzoua dè bènichon Après les jours de bénichon,

Aprés les jorns de beniçon,

Fô travalyi tot'a dèbon. Faut travailler sérieusement

Fôt travalyér tot a de bon.

Po rèvoudre le grô kurti, Pour récolter le gros jardin.

Por revoudre le grôs cortil,

Ch'aji dè chè dègremilyi. Il s'agit de s'éveiller.

S'ag∙it de sè dègremelyér.

La nê, ou dèchu dou vani La neige, au sommet des vanils

La nê, u dessus du vanél

Elêrdzè dza chon blyan manti ; Elargit déjà son blanc manteau ;

Èlàrgét ja son bllanc mantél ;

Ly-è le momin dè to rintrâ, C'est le moment de tout rentrer,

'l est le moment de tot rentrar,

To rapertchi, to ramachâ. Tout rechercher, tout ramasser.

Tot rapèrchiér (rassemblar), tot ramassar.

LE CRI-CRI ET LE BUDZON

LE CRICRI ET LE BUJON (FROMIA)

LE GRILLON ET LA FOURMI

Pierre Bovet, patois "kuètzo", de la région du Gibloux

la traduction est libre et versifiée

(Dou vilyo è dou novi, 1928, p. 34-35)



On pouro pitit grelet Un tout gentil petit grillon

Un pouro petit grelyèt

Que ly'avi tsantâo tru granteim, Ayant bien trop longtemps chanté,

Que l-avêt chantâ trop grant-temps,

Sè trovâo trétô pouret Se vit au fond de son sillon

Se trovat très-tot pourèt

Vê la fin dou tsauteim. Tout pauvre à la fin de l'été :

Vers la fin du chôd-temps.

Pâo la moindra breka dè vê, Pas le moindre morceau de ver,

Pas la muendra bréca de vèrm,

Nè dè tsenille po l'hevê, Ni de chenille pour l'hiver !

Ni de chenélye por l'hivèrn,

Tyè fér'adon ? tyè dèvini ? "Que faire alors ? Que devenir ?

"Que fére adonc ? que devenir ?

Craigno la fam po l'avini Je crains la faim pour l'avenir ?

Cregno la fam por l'avenir

Sè dezai tot solet A lui-même se dit,

Sè desêt tot solèt

Nouhron pouro grelet. Notre pauvre cri-cri.

Nouthron pouro grelyèt.

Ne vudré portant pâo muri Je ne veux pas mourir pourtant

Ne vodrê portant pas morir

Dèvant d'avê yu lou furi. Avant d'avoir vu le printemps".

Devant d'avêr viu lo forél".

Vê le budzon va sè grouzâo Vers la fourmi alors, il va se plaindre

Vers le bujon vat sè grousar (plendre)

Veire… di cou… se per hazâo Et voir si… par hasard… elle veut lui prêter

Vêre… des côp… se per hasârd

Voli pâo li bailli, o li prèthâo Afin de pouvoir subsister,

Volêt pas lui balyér, ou lui préthar

Dein sti tristo bèjein Dans ce triste et pressant besoin,

Dens çti tristo besouen

Ein boun aèmi, proutso vezin. En bon ami, proche voisin,

En bon ami, prôcho vesin,

On pitit bokenet dè pan Un tout petit morceau de pain

Un petit boconèt de pan

Por apéjî sa grôssa fam. Pour apaiser sa grosse faim.

Por apèsiér sa grôssa fam.

Lou tè randri, n'ossi couzon "N'aie nullement souci, en aucune façon

"Lo tè rendré, n'usse coueson

Quand rèvindrè l'autra messon. Je te rendrai le tout la prochaine moisson".

Quand revindré l'ôtra mêsson."

Que li dit le pouro cri-cri. Lui dit le rossignol des prés.

Que lui dit le pouro cricri.

Shu ma fêi dè grelet dè Prî "Sur ma foi de bourgeois de Prez

"Sur ma fê de grelyèt de Preéls

Quand mimou shu pâo retzou Bien que riche je ne sois pas,

Quand mémo su pas recho

Shu adi on brâovou kuetsou. Suis un brave du Pays-Bas".

Su adés un brâvo couècho.

Ma le budzon, que prîthet grâe Mais la fourmi, qui prête difficilement

Mas le bujon, que préthe grêf (dificilament)

Li dit : Tyè fassé-thoudi-mè, à la mèsson ? Lui répartit : "Que faisais-tu à la moisson ?

Lui dit : "Que fassês-thu di-mè, a la mêsson ?

– A la mèsson ? que li répond to-dreît, A la moisson ? répondit-il piteusement

– A la mêsson ? que lui rèpond tot drêt,

Oh ; dzouar et né tsantâovou ma tsanthon. Le jour, la nuit, je chantais ma chanson.

Oh, jorn et nuet chantâvo ma chançon.

– Ah ! te tsantâvet, mon aèmi, – Ah ! tu chantais, ami, et cela te plaisait ;

– Ah ! te chantâves, mon ami,

Eh ! bein, hora te pâou danhyî ! Eh ! bien, qu'en dis-tu ? Si maintenant tu

Eh ben, ora te pôs danciér ! dansais !…

Po le premi dou mi d'ou

Por le premiér du mês d'oût

Pour le premier août

B. KOLLY

traduction libre d'origine

(Fernand Ruffieux, Dou vilyo è dou novi, 1928, p. 82-85)


I

Pèrmètè-mè, lè j'èmi, puchke no chin din on payi yo, Diu chi béni, no j'an

Pèrmète-mè, les àmis, puésque nos sens dens un payis yô, Diô sêt benit, nos ens

Permettez-moi, les amis, puisque nous sommes dans un pays où, Dieu soit béni, nous avons

onko nouthro galé patè, dè vo rapèlâ lè chovigni ke no fithin chè chta né.

oncor nouthros galès patês, de vos rapelar les sovegnirs que nos féthens cé ceta nuet.

encore notre joli patois, de vous rappeler les souvenirs que nous fêtons ce soir.

Ly vu mè permètre dè vo rèdere kemin le bon vilyo Têne à la Trenpa kontâvè

Ye vuel mè pèrmetre de vos redere coment le bon vielyo Touèno a la Trampa contâve

Je veux me permettre de vous redire comment le bon vieil Antonin à la Boiteuse racontait

on yadzo a chon piti filyu, Déni a Frantholè chin ke no fithin chta né. Apri avi

un viâjo a son petit felyôl, Denis a Françolèt cen que nos féthens ceta nuet. Aprés avêr

une fois à son filleul, Denis au petit François, ce que nous fêtons ce soir. Après avoir

vudyi, in la tapin chu le kra dè la man, cha pupa "Kudéfè", ch'achitè dévan la

vouediê, en la tapent sur le crox de la man, sa pipa "*Cul-de-fèr", s'assiete devant la

vidé, en la frappant dans le creux de la main, sa pipe "Kudéfè", il s'assied devant la

méjon, ou chélà, chu la pèra a intzèpyâ in betin cha vilye krochétà pri dè li, chu

mêson, u solely, sur la piérra a enchàpllar en betent sa vielye crochèta prés de lui, sur

maison, au soleil, sur la pierre à amincir les faux en mettant sa vieille canne près de lui, sur

le ku dou no ; tuchè, krêtzè, chè betè dè chon mi chu la chatze dè l'intzapiâre,

le cul du *nôch ; tusse, cràche, sè bete de son mielx sur la sache de l'enchapllor,

le bout du bassin. Il tousse, crache, se place de son mieux sur le sac qui recouvre cette pierre,

prin chon piti Déni drè pri dè li, apoyi kontre chon dzéna è apri l'avi vuityi on

prend son petit Denis drêt prés de lui, apoyê contre son genoly et aprés l'avêr gouétiê un

prend son petit Denis droit près de lui, appuyé contre son genou et après l'avoir fixé un

momin keminthè dinche :

momet comence d'ense :

instant commence ainsi :

"Vi-tho, mon piti Déni, che ora, non chin, din nouthron payi, di dzin ke chon pâ

"Vê-thu, mon petit Denis, se ora, nos sens, dens nouthron payis, des gens que sont pas

"Vois-tu, mon petit Denis, si maintenant, nous sommes, dans notre pays, des gens pas

tot-à-fé tru mô, no le dêvin à kotiè fiê luron dè bâ pè chu lè-j-Aleman,

tot a fêt trop mâl, nos le devens a quârques fiers lurons de bâs per sur les Alemands,

trop mal placés, nous le devons à quelques fiers lurons du côté de la Suisse allemande,

ke lyan fi on pacte intrè lâ, po lou défindre kontre lè djê dou payi ke li dejan

qu'ils ant fêt un pacte entre lor, por los dèfendre contre les Jius du payis qu'ils desant l'

qui ont conclu un pacte entre eux pour se défendre contre les Juifs du pays nommé

l'Autriche. Y volan ithre mêtre intche-lâ, è rin mé avi à contréyi avui hou

Ôtrich∙e. Ils volant éthre mêtres enchiéz lor, et ren més avêr a contreyér avouéc celos

Autriche. Ils voulaient être maîtres chez eux et ne plus devoir se quereller avec ces

lôchtro dè bâ per davô.

lôstros de bâs per d'avâl.

drôles de là-bas.

Ouna tôla né chè chon balyi mo po ch'incontrâ à novéyon delé d'na golye, on pou

Una tâla nuet sè sont balyê mot por s'encontrar a non-veyon delé d'una golye, un pou

Une nuit ils s'entendirent pour se rencontrer dans l'ombre, au delà d'un lac un peu

plye grôcha tiè la nouthra dè Luchy. Kan lya-j-ou fyè la miné pè lè kotiè

plles grôssa que la nouthra de Lussi. Quand il at z-yu fièrt la mi-nuet per les quârques

plus grand que le nôtre de Lussy. Quand minuit eut frappé aux quelques

mohyi dè chi tin, chè chon don dèvejâ in katzon ; iran bin kotiè-j-on per

mothiérs de cél temps, sè sont donc devesâ en cachon ; érant ben quârques-uns per

clochers de ce temps-là, ils se causèrent en secret. Ils étaient assez nombreux,

in-ke, ma lè "meneurs" iran dè hou fiè chtak di piti tyinton, ke lou dejan :

inque, mas les "menœrs" érant de celos fiers staques des petits càntons, que lor desant :

mais les chefs étaient trois fiers gaillards des petits cantons. Ils se nommaient :

Mertâl, Vatfourcht è pu Achtigouse, (liè nouthron vilyo incourâ ke m'a-j-ou

Mèrtâl, Vate Fourste et pués Atigouse (il est nouthron vielyo encurâ que m'at z-yu

Melchtal, Walter Furst et Attinghausen. (C'est notre vieux curé qui m'a

choche kontâ). Hou trè zigue lyan tréti de lou mo ; on lya dèvejâ a pou pri

ço-ce contâ). Celos três zigues ils ant très-tués dét lors mots ; un il a devesâ a pou prés

conté cela). Ces trois braves prirent tous la parole. L'un causa à peu près

dinche : "Mè-j-èmi, ora lyé bon avui chti komèrche dè chignà ke no-j-inmêrdon

d'ense : 'Mes àmis, ora il est bon avouéc ceti comèrce de sègnors que nos emmèrdont

comme ceci : "Mes amis, maintenant nous avons assez de ce commerce de seigneurs qui nous

per inke ; no volin rin mé dè chin intche no ; lèvi du pêchiâtre tota ha

per inque ; nos volens ren més de cen enchiéz nos ; lé-vers dês per-ce-outre tota cela

importunent. Nous n'en voulons plus chez nous. Loin d'ici toute cette

binda de kagnè. No chi chin rin di-j-infan ke chè léchon panâ la moka. No

benda de cagnes. Nos cé sens ren des enfants que sè lèssont panar la moca. Nos

bande de canailles. Nous ne sommes pas des enfants qui se laissent encore moucher. Nous

volin dza guêrnâ nouthron payi no mimo. Hou ke chon d'akouâ, ke le diéchan".

volens ja govèrnar nouthron payis nos-mémos. Celos que sont d'acôrd, que le deséssont'.

voulons déjà gouverner notre pays nous-mêmes. Que ceux qui sont d'accord le disent".

L'yari faliu our lè tyintè bramâyè lyan tréti fi per inke. Mertal lya adon

Il arêt falyu aoure les quintes bramâyes ils ant très-tués fêt per inque. Mèrtâl il at adonc

Il aurait fallu entendre les cris que chacun poussa. Melchtal prit alors

dèvejâ a pou pri ko choche : "No chin tyè di payijan, di-j-ermalyi, di

devesâ a pou prés com' ço-ce : 'Nos sens que des payisans, des àrmalyérs, des

la parole à peu près comme ceci : "Nous ne sommes que des paysans, des armaillis et des

vajilyè, ma no-j-an pâ fôta dè ti hou bi moncheu dè bâ per lé, po

*vasilyes (bèrgiérs), mas nos ens pas fôta de tués celos béls monsiors de bâs per-lé, por

pâtres, mais nous n'avons pas besoin de tous ces messieurs de là-bas pour

medji nouthron fre grâ, à nouthrè potè, in ch'infotin dè no. Lyè bon chi kommerche !

megiér nouthron frut grâs, a nouthres potes, en s'en fotent de nos. Il es bon cél comèrce !

manger notre fromage gras en se moquant de nous. C'est bon ce commerce.

Fotin mè fro tota ha binda dè gala-bontin è d'inpliumatchi. No volin ithre

Fotens-mè fôr tota cela benda de gala-bon-temps et d'empllomachiês. Nos volens éthre

Chassons cette bande de profiteurs empanachés. Nous voulons être

lè mêtre intche no. Tiè vo chinblyè-the, à voj'ôtro, lè-j-èmi ?".

les mêtres enchiéz nos. Què vos semble-th-il, a vos ôtros, les àmis ?".

les maîtres chez nous. Que vous semble-t-il à vous autres, les amis ?".



Bravô, bravô, ke lyan tré ti lulâ in aleman, ouna bonna vouèrba.

Bravô, bravô, qu'ils ant très-tus l-hurlâ en alemand, una bôna vouèrba.

"Bravo, bravo", applaudirent-ils tous pendant longtemps.

Le déri, Artigouse, lya adon choche de : "Lyè bon, lyè bon, bramâdè pâ tan ;

Le dèrriér, Atigouse, il at adonc ço-ce dét : "Il est bon, il est bon, bramâde pas tant ;

Le dernier, Attinghausen, leur dit ensuite ceci : "C'est assez ; ne criez donc pas tant ;

chon onko din le ka dè vinyi po no-j-èkâr, che no-j-oudzon ! No chin dè trè

sont oncor dens le câs de vegnir por nos ècorre, se nos aouisont ! Nos sens de três

ils seraient dans le cas de venir nous punir s'ils nous entendaient". Nous sommes dans trois

piti payi, no volin no-j-idyi à no dèfindre contre ti hou tûtche.

petits payis, nos volens nos édiér a nos dèfende contre tués celos tuches.

petits pays, nous voulons nous aider et nous défendre contre ces étrangers.

Balyin-no la man ; chi ke lyè lé-hô, delé d'la yê, i lyè chur por no.

Balyens-nos la man ; cél qu'il est lé-hôt, delé de la cièl, il est sûr por nos.

Donnons-nous la main. Celui qui est là-haut, au-delà du firmament, est sûrement avec nous.

No fô rintyè no djèmé tinâ lè-j-on, lè-j-ôtro, ê pu djêmé no contrèyi. Duj-ora

Nos fôt ren que nos jàmés tènar les uns les ôtros, et pués jàmés nos contreyér. Dês ora

Nous ne devons seulement jamais nous haïr et nous quereller. Dès à présent

no cherin on bi payi ke lyarè tiè le bon Diu po mêtre, no cherin la Chuiche, la

nos serens un bél payis qu'il aràt que lo bon Diô por mêtre, nos serens la Suisse, la

nous serons un beau peuple qui n'aura que Dieu pour maître ; nous serons la Suisse, la

Chuiche".

Suisse".

Suisse".

Lyan adon ti lèvâ la man ; lyan tsantâ duvè koblyè don tzan ke di :

Ils ant adonc tués levâ la man ; ils ant chantâ doves cobllèts d'un chant que dit :

Ils levèrent tous la main, chantèrent deux couplets d'un chant qui dit :

"On por ti, ti por on".

Un por tués, tués por un".

"Un pour tous, tous pour un !"

pu chè chon betâ à bère kartêta è à trochâ kotiè linju ke lyavan

pués sè sont betâ a bêre quartèta et a trossar (megiér) quârques lendiôls qu'ils avant

puis se mirent à boire un verre et à manger quelques saucissons qu'ils avaient

prê din lou fatè avui achebin dè la motèta dè tchivra è dutrè gujignon dè

prês dens lors fates avouéc asse-ben de la motèta de chiévra et doux-três quignons de

apportés dans leurs poches, avec aussi du fromage de chèvres et quelques croûtons de

pan rochè.

pan rossèt.

pain roux.

Te vè, Déni, nouthrè j-anhyan chon-j-ou d'èchtra d'attake ; tè fô djèmé chin oubliâ. Ora,

Te vês, Denis, nouthros ancians sont z-yu d'èxtra d'ataca ; tè fôt jàmés cen oubliâ. Ora,

Tu vois, Denis, nos anciens furent des braves ; il ne te faut jamais oublier cela. Maintenant,

tzanta mè ha tzanhon…, te châ prâ :

chanta-mè cela chançon…, te sês prod :

chantons cette chanson ; tu sais :

"Lè fe cheron digne di j'anhian !"

"Les felys seront dignos des ancians !"

Les fils seront dignes des pères.



II

Kan vèyo hou vilyo chudâ, a tan bala bârba, ke faran dzalà le plye bi

Quand vèyo celos vielyos sodârds, a tant bèla bârba, que farant jalox le plles bél

Quand je vois ces vieux soldats à belles barbes dont le plus beau capucin serait

kapuchin ; kan vêyo ti hou bi ê fiè luron, lè-j-ermalyi, ke ne vuêton pâ

capucin ; quand vèyo tuéc celos béls et fiers lurons, les àrmalyérs, que ne gouétont pas

jaloux ; quand je vois ces beaux et fiers lurons, les armaillis qui ne regardent pas

dè biga lè galéjè grahyàjè ke chon inke è ke tzanton tan bin, ne pu pâ

de bégot les galèses gracioses que sont inque et que chantont tant ben, ne pouè pas

de travers les jolies "gracieuses" qui sont là et qui chantent si bien, je ne puis

dè min tyè dè dèvejâ le lingâdzo dê nothrè-j-anhyan, ke chavan, achebin tyè no,

de muens que devesar le lengâjo de noutros ancians, que savant, asse-ben que nos,

m'empêcher de parler la langue de nos anciens qui savaient aussi bien que nous

tzantâ nothrè kalyoutsè, lè hôtè montagnè ke fan la byoutâ dè nothron payi.

chantar nouthros calyouchèts, les hôtes montagnes que fant la biôtât de nouthron payis.

chanter nos côteaux pierreux et les hautes montagnes qui font la beauté de notre pays.

Kan on'in d'è lyin, è kon chè trâvè din hou grantè plyannè di payi plyè,

Quand on end est luen, et qu'on sè trove dens celos grantes pllannes des payis pllàts,

Quand on en est loin et que l'on se trouve dans ces grandes plaines,

chinblyè ke vo mankè ôtyè, le chan vo rèfuyè, le chohlyo vo mankè.

semblle que vos manque oque, le sang vos refuit, le sôfllo vos manque.

on dirait qu'il nous manque quelque chose ; le sang se glace, le souffle manque.

Dêriremin, chu-j-ou balyi on toà din le midzoà d'la Franthe, ly-é achebin oyu

Dèrriérement, su z-yu balyê un tôrn dens le mijorn de la France, y'é asse-ben aouyu

Dernièrement, j'allai faire un tour dans le midi de la France, [] j'ai aussi entendu

d'la bala mujika, ma valyi pâ è lyin pâ, le chon di chenalyè è di hlyotzètè dè

de la bèla musica, mas valyêt pas et luen pas, les sons des sonalyes et des cllochètes de

de la belle musique mais elle n'a pas, de loin, les accords des sonnailles et des clochettes de

nothrè vatzè, kan ch'inbriyon totè dzoyàjè, le furi kontre nothrè montagnè :

nouthres vaches, quant s'embrèyont totes jouyoses, le forél contre nouthres montagnes :

nos vaches quand elles s'en vont toutes joyeuses, le printemps, vers nos belles montagnes.

rintyè dè ly moujà, le kà vo trebelyè.

ren que d'y musar, le côr vos trebelye.

Rien que d'y songer, on a le cœur tout ému.

Ache ! kan no chin rintrâ intche-no, è ke, du to lyin, no-j-an yu tralenâ

Asse, quand nos sens rentrâ enchiéz nos, et que, dês tot luen, nos ens viu *tralenar

Aussi, quand nous sommes rentrés et que de bien loin nous avons aperçu

le Molèjon, nothron kà chè betâ a rèfremyatâ è a batre a vintro dèbotenâ.

le Molèson, nouthron côr s'est betâ a refromiatar et a batre a ventro dèbotonâ.

le Moléson, notre cœur s'est mis à frissonner et à battre bien fort.

Otyè ke m'a grô èthenâ è ke m'a achebin rèdzoyi, ly-è dè vêre pêr lé di dzin portâ

Oque que m'at grôs èthonâ et m'at asse-ben rejouyi, il est de vêre per-lé des gens portar

Ce qui m'a beaucoup étonné et qui m'a aussi réjoui, c'est de voir là-bas des gens portant

le kochtumo, lè-j-âlyon d'ou payi. Ly-é adon moujâ a vo, mè-j-émi lè-j-ermalyi, a

le costumo, les hâlyons du payis. Y'é adonc musâ a vos, mes àmis les àrmalyérs, a

le costume du pays. J'ai pensé à vous, mes amis les armaillis, à

vothrè bredzon a mandzètè, a hou galéjè kapètè pojâyè tan krànamin chu l'orolye,

vouthros brejons a mangètes, a celes galèses capètes posâyes tant crânament sur l'orelye,

vos gilets à courtes manches, à ces jolies capettes si fièrement posées sur l'oreille


ke vo-j-i adon l'ê dè dre : "No chin d'intcheno, no chin intcheno : le

que vos éd adonc l'êr de dere : "Nos sens d'enchiéz nos, nos sens enchiéz nos : le

que vous avez alors l'air de dire : "Nous sommes de chez nous, nous sommes chez nous, le

plye bi payi dou mondo".

plles bél payis du mondo".

plus beau pays du monde !"

Viyé achebin nothrè dzoyàjè graphyàjè déjo lou bi bâveri, lou galéjè kouêthè a

Veyéd asse-ben nouthres jouyoses gracioses desot lor bél baverél, lors galèses couèthes a

Voyez aussi nos joyeuses gracieuses avec leurs beaux tabliers, leurs coiffes à

lârdzè pointè, lou kotilyon dè chêya : to chi galé rèvethèmin ke vo rin tan

lârges pouentes, lors cotelyons de sèya : tot cél galès revethement que vos rend tant

larges dentelles, leurs jupes de soie : tous ces jolis atours qui vous rendent si

alêgrè, tan chejintè.

alégres, tant sesentes.

aimables et si coquettes.

Po parèthre è po plyére, vo-j-i pâ fôta dè totè hou krintzemalichè ke pouârton

Por parêtre et por pllére, vos éd pas fôta de totes celes crencemalices que puertont

Pour paraître et pour plaire, vous n'avez pas besoin de tous ces colifichets que l'on porte

ou dzoa dè vouè è ke fan a poufâ dè rire : dè hou krouyo dzêkilyon ke monton bin

u jorn de houé et que fant a pôfar de rire : de celos crouyos jàquelyons que montont ben

aujourd'hui et qui font éclater de rire ; de ces mauvais corsages qui montent si

tan pêr déjo è ke déchindon bin tan per dèchu, ke chàbrè dyora

tant per-desot et que dèscendont ben tant per-dessus, que sobre dês ora

haut dessous et descendent si bas en haut qu'il ne reste bientôt

rin mé po katchi la vèrgogne.

ren més por cachiér la vèrgogne.

plus rien.

Nothrè grahyàjè dou vilyo tin, avi lou bâveri, lou balè robè d'èpine,

Nouthres gracioses du vielyo temps, avouéc lors baveréls, lors bèles robes d'èpine,

Nos gracieuses du vieux temps, avec leurs tabliers, leurs belles robes de soie,

trôvâvan ache chyâ on'omo dè rètyi, tyè nothrè pudzenè dou dzoa d'ora

troverant asse *sûr un homo de *requis, que nouthres pugenes du jorn d'ora

trouveraient aussi facilement des époux de choix que nos jeunettes (poussines) d'aujourd'hui

ke van in trinin lou grantè tzanbè dzônè chu lè tzemin è ke puyon fenamintè

que vant en trênent lors grantes chambes jônes sur les chemins et que pôviont finament

qui vont en traînant leurs grandes jambes jaunes sur les chemins et qui peuvent à peine

ateri a là kotyè polè chin krèta.

ateriér a lor quârque polèt sen crèta.

attirer quelque poulet sans crête.

Ache ! che vo vêdè dè hou pourè dèdyijâye fére l'ou fô-ri, lou-j-infotre

Asse ! se vos vêde de celos pouros dèguisâyes féré lors fôx-rires (sorires), lors enfotre

Aussi, si vous voyez quelques-uns de ces pauvres masques sourire et se moquer

dè vo, abadâdè lè-j-èpôlè è rèkathalâdè achebin.

de vos, abadâde les èpâles et *recafalâde asse-ben.

de vous, haussez les épaules et riez aussi.

Vouê, po l'anà dou Payi è le bon rènon dè Tsathy, vo, lè krâno-j-

Ouè, por l'honor du payis et le bon renom de Châthél(-Sent-Denis), vos, les crânos

Oui, pour l'honneur du pays et le bon renom de Châtel-St-Denis, vous les braves



armayli (sic), portâdè chovin, in tzôtin, la kapèta è le bredzon dè tridzo ; è in-evê,

armalyérs, portâde sovent, en chôd-temps, la capèta et le brejon de triejo ; et en hivèrn,

armaillis, portez souvent, en été, la capette et le bredzon de triège, et en hiver,

le frotzon ke tin tan bon tzô.

le frochon (mi-lana) que tint tant bon chôd.

la milaine qui tient si chaud.

Ly-è dinche vuthu, ke vo cheri onko lè plye bi.

Il est d'ense vethu, que vos seréd oncor le plles béls.

C'est ainsi vêtus que vous serez encore les plus beaux.

E vo, grahyàjè, n'ôchi pâ pouêre dè vo mothrâ kotiè yâdzo avoui le bi

Et vos, gracioses, n'usséd pas pouere de vos monthrar quârques viâjos avouéc le bél

Et vous, gracieuses, n'ayez pas peur de vous montrer quelquefois avec le beau

motchia è le galè bâveri. Kridè-mè, lè dzouno ke ne chon pâ bràtâ,

mochior et le galès bâverél. Crêde-mè, les jouenos que ne sont pas brâtâs (stupidos),

châle et le joli tablier. Croyez-moi, les galants qui ne sont pas sots

vêron ke dinche vihyè, vo-j-ithè nè mô chejintè, nè dèguignàjè ; è, i moujèron

vèrront que d'ense vethues, vos éthe ni mâl-sesentes, ni dèdègnoses ; et, ils museront

verront qu'ainsi vêtues, vous êtes aussi élégantes et agréables. Ils songeront

ke ly-è onko intche-vo ke tràvêron lè mèlyou dzouyo, ka, vo chédè plyére è bin

qu'il est oncor enchiéz vos que troveront les mèlyors jouyos, câr, vos séde pllére et ben

que c'est encore chez vous que l'on trouvera les meilleures joies car vous savez plaire et bien

tzantâ.

chantar.

chanter.



LA PIEDMONTOIZE

Bernardin Uchard

d'après l'édition critique avec traduction française par

Gaston TUAILLON



Loz abitan du Pont de Veyla

a Monseignau lo Maricha de la Deguiri, gliau Conto et Seignau

Los habitants du Pont-de-Vêla

a Monsègnor lo Marechâl de La Deguiére, lyor Comto et Sègnor

Les habitants de Pont-de-Veyle

à Monseigneur le Maréchal de Lesdiguières, leur Comte et Seigneur



O Francey, vrey Francey de gnon et de courajo,

O Francês (Françouès), v'ré Francês de nim et de corâjo,

O François, vrai Français et de nom et de cœur,

Tuy sé que san parla de vó fan siau messajo

Tués céls que sant parlar de vos fant cel mèssâjo

Tous ceux qui savent parler vous rendent cet hommage

Que, per avey landon en tuy ló fé de garra,

Que, por avêr landon (conduita) en tués los fêts de guèrra,

Que, pour l'art de conduire toutes les actions de guerre,

E gn'a gin de paret que vó dessu la tarra.

Il n'y at gint de pariér que vos dessus la tèrra.

Il n'y a pas votre pareil sur toute la terre.

L'Angliey et l'Espaignór, siau que nome Di, "Gost"

L'Angllès et l'Èspagnor, cel que nome Diô, 'Gott'

L'Anglais et l'Espagnol, celui qui appelle Dieu, "Gott"

Et sé deley la mar o fan voga per tot.

Et céls delé la mar o fant vogar pertot.

Et ceux d'au-delà des mers répandent cela partout.


Benetru sey lo jor, Di gard de má l'eteyla

Benetru sêt lo jorn, Diô gouârd' de mâl d'ètêla

Bienheureux soit le jour, que Dieu protège l'étoile

Que voz fichit u cór d'avey lo Pont de Veyla ;

Que vos fechiét u côr d'avêr lo Pont-de-Vêla ;

Qui a inspiré à votre cœur d'acquérir Pont-de-Veyle ;

L'ombra de votron gnon noz a tojor garda

L'ombra de voutron niom nos at tojorn gouardâs

L'ombre de votre nom nous a toujours gardés

Que jamé gendarmiau ne noz ey azarda,

Que jamés g.endarmel ne nos èye hasardâs,

Qu'une seule fois un soldat ne nous ait attaqués,

Oncor qu'é n'ey passa de compagni bin forte.

Oncor qu'il 'n est passâ de compagnies ben fôrtes.

Bien qu'il en soit passé des régiments bien forts.



Assito qui vezan fichat su notre porte

Assetout que veyant fechiê sur noutres pôrtes

Sitôt qu'ils voyaient gravé sur nos portes

Le lyon que rapey, tot drey san s'aréta.

Le lion que rampe-t, tot-drêt sen s'arrètar

le lion rampant sont les armes du Maréchal

Le lion rampant, cela leur faisait demi-tour

D'on demi revollon i ló fasset breta.

D'un demi-revolon il los fassêt bretar.

Et ils s'en allaient tout droit sans s'arrêter.

"Modan !", se fassant-i, en pregnan gliau carriri,

"Modens !", sè fassant-ils, en pregnant lyor carriére,

"Partons !" se disaient-ils, en reprenant la route,

"E n'i fa pa touchet sin qu'est à La Deguiri."

"Il n'y fôt pas tochiê cen qu'est a La Deguiére."

"Il ne faut pas toucher à ce qui appartient à Lesdiguières."


Se nó povan san mór détachet la boclietta

Se nos povans sen môrt dètachiê la bocllèta

Si nous pouvions sans mourir détacher la petite boucle

Que nó tin enfroma lo cór dan la fossetta,

Que nos tint enfremâ lo côr dens la fossèta,

Qui tient notre cœur enfermé dans la poitrine,

Nó n'arian per lo vey tertuy on gran desi,

Nos n'arians por le v'ré très-tués un grand dèsir,

Nous aurions vraiment tous envie de le faire,

Afin que vó vieussa le joye et lo pleysi

Afin que vos veyéssâd la jouye et lo plèsir

Afin que vous puissiez voir la joie et le plaisir

Que noz an que seyey notron Seignau et Métre.

Que nos ens que seyéd noutron Sègnor et Mêtre.

Que nous avons de ce que vous soyez notre Seigneur et Maître.

Mé puy qu'on ne po pa que singuit puisse étre,

Màs puésqu'on ne pôt pas que cen-qué pouesse étre,

Mais puisqu'on ne peut pas réaliser cela,

Nó vó vignan ufri lo cór, lo bin, la vya,

Nos vos vegnens ofrir lo côr, los bens, la via,

Nous venons vous offrir nos cœurs, nos biens, nos vies,

Que nóz empleyeran, quan vò n'arey l'envya.

Que nos empleyerans, quand vos 'n aréd l'envéya.

Que nous mettons à votre service, quand vous le désirerez.


LA PIEMONTEYZA

LA PIEMONTÊSA

LA PIÉMONTAISE



Eloge de François Lesdiguières


S'on dit, – ey e bin vey – que per gin de secossa,

Ce on dit, et est ben vêr (veré) – que por gint de secossa,

On dit – et c'est bien vrai – que devant un danger,

Jamé on cór hardi ne po deveni rossa,

Jamés un côr hardi ne pôt devenir rôssa,

Un cœur valeureux ne peut jamais devenir lâche,

Que siau qu'e ná garri ne fara ja la cagni ;

Que cel qu'est nâ guèrriér ne farat ja la cagne ;

Et que celui qui est né guerrier ne reculera jamais ;

Quant é fa bataillé, i se bute en campagni.

Quand il fôt batalyér, il sè bete en campagne.

Quand il faut se battre, il se lance en campagne.

Et siau que vau tatá dé pruniá de la garra,

Et cel que vôt tâtar des pruniérs (fuè, dangiérs) de la guèrra,

Qui veut tâter des périls de la guerre,

I ló chorche per tot, et per mar et per terra.

Il los chârche pertot, et per mar et per tèrra.

Il les cherche partout, et sur mer et sur terre.

Oncor que taveyse i po étre batu,

Oncor que *tâl-vêse (des vês) il pôt étre batu,

Bien que parfois il puisse être battu,

Son corajo n'e pa per to san abatu.

Son corâjo n'est pas por tot cen abatu.

Son courage pour cela ne peut être abattu.

I sat qu'é fa muri encuy ou bin deman,

Il sât qu'il fôt morir enqu'houé ou ben deman,

Il sait qu'il faut mourir aujourd'hui ou demain,

Et n'a que siau voley, qu'é sey l'épeya en man,

Et n'at que cel volêr, qu'il sey' l'èpèya en man,

Et n'a qu'un désir, que ce soit l'épée en main,

Per afin qu'on diey on jor apré sa mór :

Por afin qu'on desésse un jorn aprés sa môrt :

Pour qu'on dise un jour après sa mort :

"Siau soudar en vyvan étet homo de cór,

"Cel sodârd en vivant étêt homo de côr,

"Toute sa vie, ce soldat a été un homme brave,

Que n'etet pas poyrau quant é faille fiery,

Que n'étêt pas pouerox quand il falyêt ferir,

Qui ne tremblait pas quand il fallait se battre,

A la fin il et mór com'on bravo garry."

A la fin il est môrt come un brâvo guèrriér."

A la fin, il est mort en guerrier courageux."


Per trouva dé soudar que son plain de vaillancy,

Por trovar des sodârds que sont plens de valyance,

Pour trouver des soldats remplis de vaillance,

E gn'i a de fór tropé dan lo pay de Francy ;

Il 'n y at de fôrt tropél dens lo payis de France ;

Il y en a un grand nombre dans le pays de France ;

Mé per étre soudar et sajo capitan,

Màs por étre sodârd et sâjo capitan,

Mais être à la fois soldat et sage capitaine,

Mardy, vo dite vey, on n'en trouve pa tan.

Mardi (pardi), vos déte vêr, on n'en trôve pas tant.

Ma foi, vous dites vrai, on n'en trouve pas tant.

Per savey siau metier, é lo fá bin aprendre,

Por savêr cel metiér, il lo fôt ben aprendre,

Pour savoir ce métier, il faut bien l'apprendre,

On cour de granz azard, per bon métre s'y rendre,

On côrt de grands hasârds, por bon mêtre s'y rendre,

On court de grands dangers, pour y exceller en maître,

De cau de pistolet per ló bré, per la téta ;

Des côps de pistolèt per los brés, per la téta ;

(On risque) des coups de pistolets dans les bras, dans la tête ;

Coury dessey deley, san prendre fin, ne réta

Corir decé delé, sen prendre fin, ni réta

(Il faut) courir de tous côtés, sans arrêt, sans repos

Et cuche gambassia bin souven su la dura,

Et cuche gambassiê (crotâ) ben sovent sur la dura,

Et bien souvent coucher tout crotté, à même le sol,

Suffri de grossa fan et beyre d'æguy pura,

Sofrir de grôssa fam et bêre d'égoue pura,

Endurer la faim et boire de l'eau claire,

En esté, en l'huvar, ne tema chau, ne frey,

En étif, en l'hivèrn, ni temar (crendre) chôd, ni frêd,

En été et en hiver, ne craindre ni chaud ni froid,

Fare toujor lo guet, de pau d étre surprey,

Fâre tojorn lo guèt, de pouer d'étre surprês,

Faire toujours le guet, pour ne pas être surpris,

Quant é fa bataillet, étre pré quant e quan

Quand il fôt batalyér, étre prèst quant* et quant*

Quand il faut se battre, être prêt tout de suite

Et fare lo debvey d'on bon métre de cam.

Et fâre los devêrs d'un bon mêtre de camp.

Et remplir les devoirs d'un bon chef de camp.


On trouva dé Francey qu'ayan la rinomea

Ont' trovar des Francês qu'èyant la renomâye

Où trouver des Français qui aient la renommée

De bin fare to san et conduire un'armea,

De ben fâre tot cen et conduire un'armâye,

De bien faire tout cela et de bien conduire une armée,


Dressie déz éscadron et ló mettre en batailly,

Drèciér des èscadrons et los metre en batalye,

De ranger des escadrons et de les placer en ligne de bataille,

Savey baille l'assau, déffendre la murailly,

Savêr balyér l'assôt, dèfendre la muralye,

De savoir lancer un assaut ou défendre la muraille,

Attaqua, soubsteny, fare dé lymasson,

Atacar, sostenir, fâre des lemaçons,

D'attaquer ou de résister, de faire manœuvrer en limaçon,

Etre meytre garry en tote lé fasson ?

Étre mêre guèrriér en totes les façons ?

D'être un maître de guerre en toutes circonstances ?

I son bin cliar senna lé gé de sela sorta,

Ils sont ben cllâr-senâs les gens de cela sôrta,

Ils sont bien clairsemés les gens de cette sorte,

Et creyte que quasi la mare n'e bin morta.

Et crête que quâsi la mâre 'n est ben môrta.

Et vous pouvez croire que la mère en est morte.

Siet-ó qu'é gn'i a quaquion oncore d'éprouva,

Sêt-o qu'il 'n y at quârqu'yon oncore d'èprôva,

Supposé qu'il y en ait encore un qui ait fait ses preuves,

San sorty du pay, no lo pouvin trouva.

Sen sortir du payis, nos lo povens trovar.

Sans sortir du pays, nous pouvons le trouver.


Sa ! veny don tertuy, capitan et soudar,

Ça ! venéd donc très-tués, capitans et sodârds,

Çà ! venez donc tous, officiers et soldats,

Se voz ey lo dezi d'étre sou l'éstandar

Se vos éd lo dèsir d'étre sot l'ètendârd

Si vous voulez servir sous l'étendard

D'on dé plu gran garry que porteyze rapiry ;

D'un des ples grands guèrriérs que portése rapiére ;

D'un des plus grands guerriers qui porte bien l'épée ;

Veni voz an trouva lo Seignau La Deguiry.

Venéd-vos-en trovar lo Sègnor La Deguiére.

Venez-vous-en trouver le Seigneur Lesdiguières.

Ey e siau, ey e siau, que la Francy no baille,

Il est cel, il est cél, que la France nos balye,

C'est lui, ou c'est lui que la France nous donne,

Por étre nomparet u fé de le bataille,

Por étre non-pariér u fêt de les batalyes,

Comme étant sans pareil dans les actions guerrières,

Que montre en combatan on courajo d'Hétor

Que montre en combatant un corâjo d'Hèctor

Celui qui montre au combat le courage d'Hector

Et puyte en conseillan, l'émo d'on viau Nestor.

Et puéte en conselyant, l'èmo d'un viely Nèstor.

Et de plus au conseil, la sagesse du vieux Nestor.


Il et Francey de gnon et Francey de courajo,

Il est Francês de niom et Francês de corâjo,

Il est François de nom et Français de courage,

Que sa d'on bon garry ló tor et ló passajo.

Que sât d'un bon guèrriér los tôrns et los passâjos.

Celui qui sait les ruses et les voies d'un bon chef de guerre.

Oncor que per sept cruy, on po conta soz an,

Oncor que per sèpt crouèx, on pôt comptar sos ans,

Bien que par sept croix, on doive compter son âge,

La garra mé ne min est tot son passatan.

La guèrra més ni muens est tot son pâssa-temps.

La guerre à elle seule est son unique occupation.

On po dire per vey que depuy qu'il et ná,

On pôt dére per vêr que depués qu'il est nâ,

On peut dire vraiment que depuis qu'il est né,

Jamé ta garreyau ne fut en Derfiná,

Jamés tâl guèrreyor ne fut en Darfenâ,

Jamais tel homme de guerre ne fut en Dauphiné,

Qu'el a bin merita qu'on lo crie à bon drey :

Qu'il at ben meretâ qu'on lo crie a bon drêt :

Qu'il a bien mérité qu'on le déclare à juste titre :

Capitan, bon soudar et fea per son Rey ;

Capitan, bon sodârd et fèâl por son Rê ;

Capitaine, bon soldat et fidèle à son Roi ;

Qua, bin qu'on aye viau la Francy entricottá,

Câr, ben qu'on èye viu la France entrigotâ,

Car, bien qu'on ait vu la France en proie aux intrigues,

Jamé contre son Rey i ne s'et revortá ;

Jamés contre son Rê il ne s'est rèvortâ ;

Jamais contre son Roi il ne s'est révolté ;

Fermo, fermo tousjor, l a tousjor tenu bon

Fèrmo, fèrmo tojorn 'l at tojorn tenu bon

Ferme, ferme toujours, il a toujours tenu bon

Et n'a jamé quita la mayson de Bourbon.

Et n'at jamés quitâ la mêson de Bourbon.

Et n'a jamais abandonné la maison de Bourbon.

Henri lo grand Henri en porret devizá,

Hanri lo grand Hanri en porrêt devesar,

Henri, le grand Henri pourrait bien en parler,

Se la mór ne l'avet davoy no divisá.

Se la môrt ne l'avêt d'avouéc nos divisâ.

Si la mort ne l'avait pas éloigné de nous.

I savet qu'el étet et avey cogneyssancy

Il savêt qu'il étêt et avouéc cognessence

Ce roi savait ce qui'il était et avait compris

Que La Diguiry étet on dé pilly de Francy,

Que La Deguiére étêt un des piliérs de France,

Que Lesdiguières était un des soutiens de la France



Et qu'i l'avet servy à la bunn'équitá,

Et qu'il avêt sèrvi a la bôna èquitât,

Et qu'il avait servi en toute fidélité,

San jamé u besoin l'avey voulu quitá ;

Sen jamés u besouen l'avêt volu quitar ;

Sans jamais songer à le laisser quand il avait besoin de lui ;

Qu'oncore qu'i n'avet qu'on po de la Navarra,

Qu'oncore qu'il n'avêt qu'un pou de la Navarra,

Et que, bien que Henri n'eût encore que le petit royaume de Navarre,

Que pertan i fasset toujor per sey la garra.

Que portant il fassêt tojorn por sè la guèrra.

Lesdiguières pourtant ne combattait que pour lui.

Et u bezon assy qu'on cogney sun amy,

Et ux besouens assé qu'on cognêt son ami,

C'est dans les nécessités aussi qu'on connaît son ami,

Que per on grand éfrey ne demore écamy,

Que per un grand èfrê ne demôre ècami (emmorti),

Qui au milieu d'un grand danger ne reste pas sans réaction,

Et que voudret suffry cen mille fey la mór,

Et que vodrêt sofrir cent mile fês la môrt,

Et qui aimerait mieux souffrir cent mille fois la mort,

Pleto que d'endura gly fare quaque tór.

Pletout que d'endurar lui fâre quârque tôrt.

Plutôt que d'endurer qu'on fasse du tort à son ami.

En siau tan i fasset to san qu'i pouvet fare

En cél temps il fassêt tot cen qu'il povêt fâre

A cette époque, Lesdiguières faisait tout ce qu'il pouvait

Per lo bin de l'Etet et per servir lo pare

Por lo ben de l'Ètat et por sèrvir lo pâre

Pour le bien de l'Etat et pour servir le père

De notron Rey Loy, ore de miau en miau

De noutron Rê Louis, ora de mielx en mielx

De notre Roi Louis ; maintenant de plus en plus

I voudret, s'i pouvet, oncor servi son fiau.

Il vodrêt, s'il povêt, oncor sèrvir son fely.

Il voudrait, s'il le peut, servir encore son fils.



La politique de Lesdiguières envers le Duc de Savoie


Mé que lo voudra vey, é se fa dépachet,

Màs qui lo vodrat vêr, il sè fôt dèpachiér,

Mais si on veut le voir, il faut se hâter,

Qua lo viquia tot pré totore de marchet

Câr lo vê-que tot prés tot ora de marchiér

Car le voici sur le point de bientôt s'en aller

Vé lo Duc de Savoy, que l'a fé requery

Vers lo Duc de Savouè, que l'at fêt requerir

Chez le Duc de Savoie, qui lui a demandé


De se mettre en chemin per l'alá secory.

De sè metre en chemin por l'alar secorir.

De se mettre en route pour aller le secourir.

I n'a pa dit que non, quand l'a viau son messajo,

Il n'at pas dét que non, quand 'l at viu son mèssâjo,

Il n'a pas refusé, quand il a vu son message,

Mé tot appareilla et to plain de corajo,

Màs tot aparelyê et tot plen de corâjo,

Au contraire, prêt à tout et tout plein de courage,

"Oy da ! se gly fit-i, et mey et môz amy !

"Ouè-da ! se lui fit-il, et mè et mos amis !

Il lui a répondu : "Oui, bien sûr, pour moi et mes amis !

No noz i porterin, et tot lo biau premy,

Nos nos y porterens, et tot los biôs premiérs,

Nous nous y rendrons, et les tout premiers,

Se g'i devey mury et m'y fare ébolliet ;

Se j'y devê morir et m'y fâre èbolyér ;

Même si je devais y mourir et m'y faire éventrer ;

Tot san que fut promi u Marqui Rambolliet

Tot cen que fut promês u Marquis Rambolyèt

Il y a tout ce qui fut promis au Marquis de Rambouillet

Et que fut accorda didan la cita d'Asta,

Et que fut acordâ dedens la citât d'Asti,

Et qui constitue l'accord établi dans la ville d'Asti,

Siau que n'o tindra pa en portera la basta.

Cel que n'o tindrat pas en porterat la basta (rèsponsabilitât).

Celui qui ne s'y tiendra pas en portera la responsabilité.

Lo Rey déz Espaignór promit u Rey de Francy

Lo Rê des Èspagnors promét u Rê de France

Le Roi des Espagnols et le Duc de Savoie promirent

Et lo Duc de Savoy qu'el o vullian bin dancy ;

Et lo Duc de Savouè qu'ils o volyant ben d'ense ;

Au Roi de France de se satisfaire de cet accord ;

Notron Rey per tô dô se rendit cation

Noutron Rê per tôs doux sè rendét côcion

Notre Roi a donné à tous les deux sa garantie

De fare entreteni tale condition :

De fâre entretenir tâles condicions :

De veiller à l'exécution de ces conditions :

On vey ne per to san l'Espaignor entreprendre

On vêt *nen por tot cen l'Èspagnor entreprendre

Or, on voit, malgré tout cela, l'Espagnol prendre l'initiative

De garreyé lo Duc. Lo fat-ey pa défendre ?

De guèrreyér lo Duc. Lo fôt-il pas dèfendre ?

De faire la guerre au Duc. Ne faut-il pas le défendre ?

E iret de l'honau du Rey Loy, mon métre,

Il irêt de l'honor du Rê Louis, mon mêtro,

Il en irait de l'honneur du Roi Louis, mon maître,



A qui je ne serit et ne fu jamé trétre,

A qui je ne seré et ne fu jamés trètro,

A qui je ne serai pas et ne fus jamais infidèle.

Que quan bin j'an devrey en piece étre taillat,

Que quand ben j'en devrê en piéces étre talyê,

Même si je devais dans cette affaire être taillé en pièces,

E fadra manteny lo mot qu'on gli a baillat.

Il fôdrat mantenir lo mot qu'on lui at balyê.

Il faudra tenir la parole qu'on a donnée au Duc.


Lo Duc a fé to san que lo Rey a voulu ;

Lo Duc at fêt tot cen que lo Rê a volu ;

Le Duc a fait tout ce que le Roi a voulu ;

San sinquit noz étan sey et mey resolu

Sen cen-qué nos étans sè (lui) et mè rèsolus

Même sans cela nous étions, le Duc et moi, décidés

De ne jamé fourra l'épeya dan la guinna,

De ne jamés forrar l'èpèya dens la guèna,

De ne jamais mettre l'épée dans son fourreau,

San baillé à l'ennemy quaque buna fredinna.

Sen balyér a l'ènemi quârque bôna fredêna.

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